Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
L’été 2026, entre autres choses, a été marqué par le passage de dizaine de milliers de migrants de la frontière depuis le Maroc vers la ville espagnole de Ceuta en passant à la nage par l’épi de El Tarajal.
Clairement Laurence, ces images du 30 juillet 2026 ont sorti les Européens de leur torpeur mais elles ne sont pas inédites. Toutefois, le bilan des blessés et décédés et la situation sécuritaire dramatique ont amené au déploiement de troupes espagnoles.
Ce qui est marquant aussi c’est que les jours suivants, nous avons appris que de nombreux posts sur les réseaux sociaux ont appelé à une seconde entrée massive pour le 15 août.
Clairement, la réponse européenne à ce drame humain soulève plus de questions qu’elle ne propose des solutions.
Madrid a quand même obtenu des fonds d’urgence pour faire face à la situation humanitaire.
Oui, au niveau UE, la réponse institutionnelle est pragmatique. Coté Etats européens qui composent l’UE, il y a de quoi être sceptique. L’Italie de Giorgia Meloni a suspendu unilatéralement l’accord Schengen avec l’Espagne pour un mois, et a instauré des contrôles ciblés sur les voyageurs arrivant d’Espagne. Mesure rapidement imitée par la France et soutenue par la Finlande et le Danemark.
Mais Ceuta se trouve sur le continent africain et n’appartient pas à l’espace Schengen !
En effet, tout est fait, depuis le départ, pour empêcher tout mouvement secondaire des migrants en provenance d’outre-mer – dirons-nous - vers le reste de l’UE.
C’est plutôt égoïste voire de mauvaise foi quand on se rappelle qu’en 2023, lors de la crise de Lampedusa, Madrid avait soutenu Rome au lieu d’isoler l’Italie.
L’ironie est d’autant plus amère que l’Italie elle-même fait face à des défis d’accueil similaires et récurrents : Lampedusa, île de 20 km2, principale porte d’entrée de la route méditerranéenne centrale, enregistre 17 000 arrivées par mer depuis le début de 2026, et les centres de réception de l’île fonctionnent régulièrement au-delà de leur capacité, comme ce fut le cas lors de la crise de septembre 2023.
Donc là en 2026, la solidarité est réduite à son minimum grâce au fonds d’urgence de l’Union européenne.
Voilà. Dans les faits, les exécutifs montrent leurs petits muscles. Le 8 août, l’Espagne riposte en instaurant des contrôles réciproques sur les voyageurs en provenance d’Italie jusqu’au 7 septembre. La crise humanitaire devient une dispute diplomatique révélant la fragilité du principe de solidarité européenne face à l’épreuve des faits.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.