Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
L’Etat de droit est de plus en plus violemment critiqué, on en a parlé plusieurs fois dans cette chronique, mais dans ce contexte international fort angoissant, il est maintenant attaqué frontalement.
Malheureusement loin d’être anecdotiques, les attaques manifestes dirigées contre des personnalités du droit, ces derniers mois, en témoignent tout particulièrement. D’abord, en août 2025, 6 juges et 3 procureurs se retrouvent sous le coup de sanctions américaines décidées par D. Trump.
Oui, le juge français à la Cour pénale internationale, Nicolas Guillou, avait exposé les effets de ces sanctions sur sa vie quotidienne et son travail, dans une interview donnée au Monde.
C’est là qu’on réalise notre dépendance aux Etats-Unis. Le juge Guillou et sa famille se trouvent totalement interdits de recours à toute société américaine – qui ont envahi notre quotidien. Le pire étant l’impossibilité d’utiliser un quelconque système de paiement dématérialisé, étant donné le monopole américain actuel.
En ce début d’année 2026, cette ombre autoritaire de revanche plane sur le procès en appel de Marine le Pen condamnée dans l’affaire des assistants parlementaires.
Oui, une inquiétude inhabituelle des juges chargés de l’affaire est rendue publique depuis quelques jours. Cette alerte intervient alors que, selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, l’administration de Donald Trump aurait envisagé des sanctions à l’encontre des magistrats ayant condamné Marine Le Pen. On peut voir ça comme une ingérence et un soutien aux élus du Front national et à Marine Le Pen puisqu’en mars 2025, Donald Trump avait comparé la condamnation en première instance de Marine Le Pen à ses propres démêlés judiciaires et dénonçait les « gauchistes européens qui se servent de l’arme judiciaire pour faire taire la liberté d’expression » et l’empêcher de remporter l’élection présidentielle française.
Ça ne s’arrête pas à ces déclarations inquiétantes malheureusement.
En effet, le 24 décembre 2025, les États-Unis ont annoncé des sanctions visant 5 personnalités européennes engagées pour une stricte régulation de la tech. Parmi eux, l’ancien commissaire européen Thierry Breton connu pour être à l’origine, en particulier des DSA et DMA qui dérangent particulièrement les grandes plateformes numériques états-uniennes pour la plupart. On constate que l’administration Trump a sérieusement engagé un combat contre le droit au profit de la force. Nous, Européens, devons reconnaître la force du droit et lutter pour celui-ci avant qu’il ne disparaisse avec fracas.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.