L'état de l'État de droit - Elise Bernard

AFD en Saxe-Anhalt

Fontaine Magdebourg. © adlihtam via Pixabay AFD en Saxe-Anhalt
Fontaine Magdebourg. © adlihtam via Pixabay

Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.

Depuis le 6 septembre, les inquiétudes quant à notre Etat de droit sont de plus en plus intenses.

Malheureusement oui Laurence, la petite région de Saxe-Anhalt - avec ses 1,7 millions d’électeurs - s’est retrouvée au centre de l’actualité européenne en accordant 43,8 % des voix à l’Alternative für Deutschland (AfD). 

On parle bien d’un parti de l’extrême droite la plus dure – tellement radicale que, même à l’extrême-droite, ses amis du Parlement européen, comme le Rassemblement National, la Lega italienne, le Vox espagnol, le PVV néerlandais, l’avaient trouvé infréquentable et expulsé de leur groupe commun au Parlement européen à la veille des élections de 2024. 

En effet, c’est parlant. D’ailleurs dans le programme de l’AfD, pas de place pour les droits fondamentaux : la Saxe-Anhalt doit mettre fin à tout droit d’asile, y compris pour les Ukrainiens ; il faut soutenir le christianisme mais pas celui des sympathisantes de l’immigration de masse ; il faut apprendre le russe à l’école ; honorer les soldats allemands morts pour la patrie, pour ne citer que ces points.

La progression de l’extrême droite européenne est d’abord une insurrection populiste nourrie par les crises démocratiques, sociales et écologiques.

C’est vrai que l’AfD en Allemagne et ses amis par intermittence incarnent cette dynamique, qui exploite le sentiment d’abandon et la défiance envers le « système ». Le problème est que ce système à rejeter implique aussi le rejet d’un Etat de droit exigeant.

En promettant de restaurer communauté et identité, ces mouvements simplifient la réalité, rien ne garantit que les citoyens vivront mieux!

Certainement pas! Moins de droits fondamentaux pour les immigrés n’apporteront pas plus de droits aux citoyens nationaux.

La situation est inquiétante car dans plusieurs Etats européens, on dirait que pour reconstruire du collectif, il faut sacrifier la diversité et les libertés!

C’est une position en effet, et le débat s’ouvre actuellement et très clairement sur ce point. C’est ce qu'on peut comprendre des élections législatives en Suède, qui se sont tenues une semaine plus tard. Le Premier ministre sortant avait alors promis de faire entrer l’extrême droite dans son gouvernement et « rendre à la Suède sa grandeur », selon la désormais célèbre formule de Donald Trump.

Pas sûr que cette vision de l’avenir ait convaincu les électeurs suédois, aussi déçus du système soient-ils !

Eh oui, alors que les sondages le donnaient gagnant quelques jours avant le scrutin, l’hypothèse de voir des ministres d’extrême-droite au gouvernement - et donc poursuivant un Etat de droit peu exigeant - semble avoir fait pencher la balance de l’autre côté.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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