Bruxelles vue de Paris

Présidentielle et Union européenne : l’âge de raison ?

photo d'un écran affichant le rapport d'ipsos sur ses sondages pour le premier tour des élections présidentielles de 2027 en France. Par Thildesque sous la license © Creative Commons Attribution 4.0 Internationale. Présidentielle et Union européenne : l’âge de raison ?
photo d'un écran affichant le rapport d'ipsos sur ses sondages pour le premier tour des élections présidentielles de 2027 en France. Par Thildesque sous la license © Creative Commons Attribution 4.0 Internationale.

Tous les mois, Théo Verdier, co-directeur de l'observatoire Europe de la Fondation Jean-Jaurès, revient sur un développement récent dans l'actualité européenne, pour analyser sa réception dans le débat public français.

Dans ce nouvel épisode de Bruxelles vue de Paris, Théo Verdier analyse les premiers débats de la campagne présidentielle et les propositions qui concernent l’agenda politique européen. Où il est notamment question d’annulation de la dette.

Bonjour Théo Verdier, co-directeur de l'Observatoire Europe à la Fondation Jean-Jaurès.

Théo, la campagne présidentielle française a à peine démarré en cette rentrée, et les propositions européennes fusent déjà. Ces projets du futur président français à Bruxelles concernent de larges pans du débat, sur l’économie et les finances publiques, l’immigration, l’agriculture ou encore l’industrie. Et dans le ton du débat, vous notez déjà des évolutions substantielles avec les scrutins précédents.

En effet Florent, le premier débat de cette campagne a révélé la largeur du spectre européen dans les prémices de programme présentés aux Français. Réunis à la fin du mois d’août pour un premier débat organisé par le MEDEF, les candidats débattaient en premier lieu d’économie. Et on a pu observer que la teneur des échanges collait pour beaucoup à ce qui fait l’agenda politique européen.

Vous avez des exemples en tête ?

Citons-en deux. Sur l’appui à l’appareil productif et le soutien aux filières industrielles émergentes, on a retrouvé les questionnements sur le déséquilibre commercial du Vieux Continent avec la Chine, désormais partagé par les 27 États membres. Or, la Commission européenne vient de reprendre en cette rentrée des négociations avec Pékin. Et promis des mesures de protection du marché unique en cas d’échec des pourparlers.

Plus avant, sur l’intelligence artificielle et l’innovation en général, la campagne hexagonale nous a ramené au projet d’Union des marchés de capitaux. Ce dernier vise à favoriser l’investissement local, à limiter la fuite de l’épargne européenne aux États-Unis.

Une autre proposition a monopolisé la rentrée, celle de Jean-Luc Mélenchon.

Oui, on a encore parlé d’Europe sur la question des finances publiques. Le candidat Insoumis propose de « brûler la dette » ou « de la mettre au frigo », c’est selon, pour retrouver des marges de manœuvre budgétaire. Bien sûr, ce débat est avant tout européen puisque c’est la Banque centrale européenne qui détient le quart de notre endettement depuis le mouvement de rachat initié, par l’intermédiaire des banques privées, après la crise de la zone euro puis de la crise COVID.

De la provocation initiale, l’ancien socialiste est rapidement passé à un projet de coalition européenne. Une ligue de pays qui formulerait la même demande. « Si je suis élu, déclarait-il face au MEDEF, je trouverai des alliés dans les pays latins et sans doute aussi les Allemands car cette année ils vont passer les 3% de déficit. »

Et comment réagissent les Européens ?

À ce jour, les réactions rapides sur la scène européenne - je vous renvoie à celle très négative du patron de la Bundesbank – ont mis en lumière deux éléments. Un, le gel de la dette est difficile techniquement dans l’état des traités. Et ce, par rapport aux logiques « d’eurobonds ». L’endettement commun bénéficie désormais du retour d’expérience de plusieurs opérations réussies. Deuxièmement, la campagne française a un écho européen et nos partenaires nous écoutent attentivement.

Ce qui vous amène Théo à quelques leçons pour 2027.

Bien sûr, nous verrons refleurir dans cette campagne les propositions construites en opposition de principe à la lettre et à l’esprit des règles européennes. La campagne de 2022 avait donné lieu à une surenchère sur la question migratoire, avec comme objectif pour Marine Le Pen ou encore Michel Barnier – candidat à la primaire des Républicains à l’époque - d’inscrire dans la Constitution des mesures permettant de se mettre hors de portée de la Cour de Justice de l’Union.

On peut toutefois mesurer le chemin parcouru depuis 2017, dernière campagne aussi ouverte de l’histoire récente, quant à la radicalité vis-à-vis de l’Union. Aucun prétendant au second tour ne porte à ce stade de projet d’opposition frontale. La France insoumise a abandonné ses exigences de renégociation des traités. Le Rassemblement national a opté pour une stratégie de plaidoyer interne au jeu politique européen, fort de la dynamique continentale des partis d’extrême droite, qui constituent par exemple les 3e et 4e groupes en nombre d’élus au Parlement européen.

Alors, Théo sommes-nous rentrés dans un âge de raison quant à la teneur du débat européen en France ? 

Je n’affiche aucune certitude. Supposons cependant que la dimension européenne y sera omniprésente sur les enjeux économiques et géopolitiques. Et que l'ouverture du jeu électoral tricolore se couple à une meilleure connaissance des arcanes communautaires. Plusieurs partis français ont largement progressé dans ce domaine après 10 ans de domination de centre-droit dans les institutions françaises. Voilà trois réalités qui nous promettent une campagne de fond sur les questions européennes, un bienfait à souligner.

Un entretien réalisé par Florent Vautier.