Chaque semaine sur euradio, retrouvez la chronique de Bernard Guetta, député européen, qui effectue un retour sur les actualités et événements européens actuels.
Je ne devrais pas, je sais. Je ne devrais sans doute pas renoncer à ces deux principes cardinaux qui sont de ne jamais manquer à la politesse et de toujours défendre ses propositions plutôt que de critiquer celles des autres mais il est temps de dire que ce roi est nu, totalement et grotesquement nu.
C’est un devoir car à ne pas dire que Donald Trump n’est qu’un dangereux bouffon, on laisse s’installer l’idée qu’il n’y aurait rien d’anormal, choquant et inadmissible à son comportement et ses propos alors même qu’il nous fait revenir à des âges dont l’humanité venait d’enfin sortir.
Depuis Auschwitz, il n’était plus possible d’affirmer publiquement que le monde se diviserait entre races supérieures et inférieures. Aucun chef d’Etat ne l’aurait jamais pu sans risquer la destitution ou une condamnation universelle mais Donald Trump, dix heures durant, a laissé publier par ce qui est son site les visages de Barack et Michelle Obama sur des corps de singes. A cette heure, il ne s’en est pas même excusé et, bien pire encore, cette abomination n’a pas suscité de tollé mondial.
Logiquement occupé à se demander si les Etats-Unis entreraient ou non en guerre contre le régime iranien, le monde a passé cette trumperie, une de plus, par pertes et profits car cet homme a su nous habituer à admettre l’inadmissible. S’il s’autorise à imiter le Ku Klux Klan en assimilant les Noirs à des singes, c’est qu’il avait constaté qu’il lui était tout à fait possible, juste après avoir juré de respecter la Constitution, d’amnistier ses amis émeutiers qui, quatre ans plus tôt, s’étaient lancés à l’assaut du Congrès. Rien ne lui avait fait obstacle et pourquoi s’étonner alors qu’il ait poursuivi en si bonne voie ?