Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.
Alors que l’attention médiatique du monde entier est fixée sur le Moyen-Orient où la guerre fait rage, le président Volodymyr Zelenskyi était reçu le vendredi 13 mars à Paris – une visite qui rappelle que la guerre en Ukraine continue toujours. Quel était le but du déplacement de Zelenskyi à Paris ?
Cette douzième visite du président ukrainien en France depuis le début de l'invasion russe avait un agenda politique et militaire, mais aussi et surtout médiatique - remettre la guerre en Ukraine dans le collimateur des médias français alors que l’Ukraine a presque disparu des actualités depuis que Trump avec Israël a lancé son opération contre l’Iran.
D’abord, sur les objectifs politiques de cette visite qui ont, eux aussi, fortement influencés par la guerre au Moyen Orient. Un des sujets centraux en discussion par le président Zelenskyi et le président Emmanuel Macron était le maintien de la pression sur Moscou et notamment des sanctions contre la Russie. Tout cela dans un contexte où les États-Unis ont levé les sanctions contre le pétrole russe pour faire face à l’augmentation provoquée des prix du pétrole par la guerre en Iran. Est-ce que les Européens ne suivront pas le même chemin alors que le prix du baril a dépassé 100 dollars avec les conséquences économiques ? Le président Macron a assuré à son homologue ukrainien un soutien qui ne faiblira pas, de la part de la France et de l’Europe.
Les européens ont déjà passé 19 trains de sanctions qui visent, entre autres, la flotte fantôme russe qui permet à Poutine de financer sa guerre en Ukraine. Il y a quelques jours, les pays de l'UE ont approuvé la prolongation des sanctions contre la Russie alors que le 20e train de sanction est bloqué par la Hongrie et la Slovaquie.
Sur les objectifs médiatiques de cette visite du président ukrainien à Paris, l'Élysée a affirmé sa volonté d'"éviter absolument" d'éclipser le conflit en Ukraine par la guerre en Iran. A Paris, le Président Zelenskyi a accordé un rare entretien à France Inter où il a remercié les Français pour leur soutien et est revenu sur les enjeux d’aide continue à l’Ukraine.
Finalement, cette guerre au Moyen Orient est très liée à la guerre en Ukraine – plus que ce qui peut paraître vu la géographie des deux théâtres d’opération.
Tout à fait. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, la Russie est un allié de l’Iran. Les drones Shahed qui attaquent les civils ukrainiens chaque nuit depuis quatre ans sont des drones iraniens à la base qui, aujourd’hui, attaquent les civils au Qatar, en Arabie saoudite, au Bahreïn et aux Émirats arabes unis (EAU). L’Iran a lui-même reconnu que la Russie était un partenaire stratégique important, y compris dans le domaine de production militaire. Dans un entretien à Politico, le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araghchi a confirmé que Téhéran a une bonne coopération politique, économique et militaire avec la Russie. Cette coopération a été d’ailleurs formalisée dans un traité de partenariat stratégique global signé entre la Russie et l’Iran en janvier 2025.
Ensuite, l’Ukraine a une expérience sans précédent dans la lutte anti-drone, y compris contre les drones Shahed. Cette expertise est aujourd’hui recherchée par les pays du Golfe qui subissent les attaques des drones iraniens. Les spécialistes ukrainiens ont été d’ailleurs envoyés pour consulter les défenses aériennes de la région.
Le Moyen Orient, par exemple les Émirats Arabes Unis, le Qatar ou bien la Turquie ont également joué un rôle dans le cadre du règlement de la guerre en Ukraine.
Effectivement, le Qatar et les Émirats Arabes Unis ont accueilli à plusieurs reprises les délégations ukrainienne, russe et américaine pour les négociations trilatérales sur le cessez-le-feu en Ukraine. Aujourd’hui, bien évidemment, ils ne peuvent plus servir des intermédiaires dans ce processus à cause de la guerre en Iran. Enfin, sur ce dernier point, la prochaine étape des négociations entre l’Ukraine et la Russie devait se tenir cette semaine. Mais les États Unis sont occupés par la guerre en Iran, les négociations n’avancent pas et avec le prix du pétrole en hausse et la levée des sanctions, la Russie profite de la vente de son pétrole pour produire plus de missiles pour tirer sur l’Ukraine.
Un entretien réalisé par Laurent Pététin.