"Fragilisés" : c’est le mot que choisissent Nathalie Sonnac, professeure à Paris Panthéon-Assas et autrice de "Qui veut la peau de l’audiovisuel public ?", et Sylvain Bourmeau, producteur de "La Suite dans les idées" sur France Culture pendant plus de 25 ans.
Pour Sylvain Bourmeau, l’audiovisuel public est doublement attaqué : par l’extrême droite, mais d’abord par l’exécutif, qui a supprimé la redevance. Son budget étant voté chaque année, la dépendance au gouvernement n’a jamais été aussi forte en trente ans de carrière. France Télévisions voit sa dotation baisser de 47 millions d’euros en 2027, avec 90 millions d’économies à trouver. Nathalie Sonnac ne croit pas à une privatisation, économiquement impossible, mais redoute une défaillance de l’espace informationnel, dangereuse pour la démocratie. Le RN, rappelle-t-elle, prévoit la suppression du service public.
Son rôle ? Produire ce que le marché ne produit pas : création originale, présence sur tous les territoires, correspondants internationaux, programmes culturels coûteux. C’est aussi, dit Nathalie Sonnac, un espace commun où des millions de citoyens sont encore confrontés aux mêmes faits. Sylvain Bourmeau regrette que le service public ait perdu en spécificité en courant après l’audience.
Parmi les pistes, la sanctuarisation du financement arrive en premier. Une fusion de la radio et de la télévision est envisageable, à condition de supprimer la publicité, de garantir une production en interne et de s’inspirer réellement de la BBC.
Une interview menée par Florent Vautier pour l'émission "Médias : raviver, résister, ré-inventer", le 19 septembre 2026 à l'occasion des Journées européennes du patrimoine.