Fréquence Europe

40 ans de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal à l’UE

Photo de Callum Parker sur Unsplash 40 ans de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal à l’UE
Photo de Callum Parker sur Unsplash

Toutes les deux semaines sur euradio, retrouvez « Fréquence Europe », la chronique de Radio Judaïca et l’Europe Direct Strasbourg, présentée par Olivier Singer.

Il y a quarante ans, le 1er janvier 1986, l’Espagne et le Portugal entraient dans la Communauté économique européenne. Deux pays entrés ensemble dans la Communauté européenne le 1er janvier 1986, après de longues années de dictature. Une date anniversaire qui a été rappelée récemment au Parlement européen, lors d’une séance solennelle, en présence du roi d’Espagne Felipe VI et du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa.

Pourquoi l’adhésion de l’Espagne et du Portugal était-elle si particulière à l’époque ?


Parce qu’il ne s’agissait pas seulement d’un élargissement économique, mais avant tout d’un choix politique. Ces deux pays sortaient tout juste de dictatures.
L’Espagne et le Portugal sortent alors de décennies de régimes autoritaires : la dictature franquiste en Espagne, renversée après la mort de Franco en 1975, et la dictature salazariste au Portugal, tombée avec la Révolution des Œillets en 1974. Tant pour l’Espagne que pour le Portugal, l’Europe a servi de point d’ancrage démocratique.

Les candidatures sont déposées en 1977, peu après celle de la Grèce. Mais les négociations sont longues et difficiles. Les neufs préfèrent négocier séparément, et craignent les conséquences économiques de l’entrée de pays plus pauvres, très agricoles, avec un chômage et une inflation élevée.

Il faudra près de dix ans de discussions, notamment bloquées par des résistances françaises, avant la signature des traités en 1985 à Madrid et Lisbonne. L’adhésion devient effective le 1er janvier 1986.

À l’époque, cet élargissement est présenté comme un pari. Pourquoi ?


C’est un pari double.

Pour l’Espagne et le Portugal, d’abord : ils doivent ouvrir leurs économies à la concurrence européenne, moderniser leur industrie, leur agriculture, leurs infrastructures, et rattraper un retard économique et social considérable.


Mais c’est aussi un pari pour la Communauté européenne elle-même, qui s’élargit vers le Sud et devient plus hétérogène. L’objectif est clair : consolider la démocratie, réduire les écarts de développement et affirmer que l’Europe n’est pas seulement un marché, mais un projet politique fondé sur des valeurs.

Quarante ans plus tard, peut-on dire que le pari est réussi ?

Globalement, oui.

L’adhésion a profondément transformé les deux pays. Grâce aux fonds européens, l’Espagne et le Portugal ont modernisé leurs infrastructures, amélioré leur système éducatif, leur système de santé et leur niveau de vie.

Le PIB réel a plus que doublé dans les deux pays depuis 1986. Des millions de citoyens ont bénéficié de la libre circulation, de l’espace Schengen, des programmes Erasmus, des programmes de recherche. Les deux pays ont aussi trouvé leur place dans le projet européen. L’Espagne est aujourd’hui un acteur économique et diplomatique majeur au sein de l’UE. Le Portugal, malgré des crises difficiles, reste l’un des États membres les plus attachés à l’intégration européenne. l’ancrage européen n’a jamais été remis en cause. Au contraire, l’Union européenne est restée une référence de stabilité.


Ce deuxième élargissement nous dit-il quelque chose sur les élargissements à venir de l’Union européenne ?


Oui, très clairement.

L’adhésion de l’Espagne et du Portugal rappelle que l’élargissement est d’abord un outil de stabilisation démocratique. C’est exactement la logique à l’œuvre aujourd’hui avec les Balkans occidentaux, l’Ukraine ou la Moldavie.

Mais il montre aussi que l’élargissement prend du temps, qu’il nécessite des réformes profondes et un engagement durable, des deux côtés.

Quarante ans après l’élargissement ibérique, l’Union européenne se retrouve face au même dilemme : élargir pour sécuriser et stabiliser le continent, tout en veillant à préserver sa cohésion interne.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.