Plongée dans les océans - Sakina Ayata

La Galère portugaise ça pique !

La Galère portugaise ça pique !

Aujourd'hui, nous retrouvons Sakina-Dorothée Ayata, maîtresse de conférences en écologie marine à Sorbonne Université, pour sa chronique "Plongée dans les Océans" sur euradio.

Aujourd'hui vous allez nous parler de la galère portugaise, ce drôle d'animal que l'on a retrouvé, la semaine dernière, échoués en grand nombre sur les côtes de Vendée et de Charente-Maritime.

Oui, en effet, ce sont les écogardes de la communauté de communes Vendée Grand Littoral qui les ont signalées. Puis l'info a été relayée par le Parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, et par France Bleue La Rochelle.

À quoi ressemblent-elles, ces galères portugaises ?

Ce sont des organismes gélatineux, qui appartiennent à l'ordre des siphonophores, des cousins des méduses qui vivent sous forme de colonies de plusieurs milliers d'individus et peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Les galères portugaises, dont le nom latin est Physalia physalis, sont aussi appelées Vessies de mer ou Physalies. Elles sont appelées galères portugaises, car la partie qui flotte à la surface de l'eau ressemble aux petites galères à voiles de forme ronde utilisées par les navigateur·rices portugais·es.

C'est normal de les voir échouées sur nos côtes ?

Oui, même si elles vivent plutôt dans les mers tropicales et subtropicales. En effet, leur habitat principal se trouve dans les eaux chaudes de l'Atlantique Nord-ouest, comme aux Caraïbes, en Floride, aux Bahamas, ou en mer des Sargasses, dans les eaux chaudes de l'Atlantique Nord-est, comme aux Açores et aux Canaries, ainsi que les eaux chaudes de l’Océan Indo-Pacifique. Mais elles peuvent se retrouver ponctuellement échouées sur les côtes françaises, le long de la façade atlantique ou de la Manche, après avoir été transportées, un peu, par les courants, mais, surtout, pas les vents.

Transportées par les vents dites-vous ?

Oui ! Car les galères portugaises font partie du neuston, c'est-à-dire des organismes aquatiques que l'on trouve à la surface des eaux, et qu'elles possèdent un flotteur, rempli de gaz, qui dépasse de la surface de l'eau et qui, tout comme la voile d'un navire, leur permet de voyager au grès du vent. Ce flotteur, qui ressemble à une sorte de vessie, est appelé pneumatophore. Chez les galères portugaises, le flotteur est translucide, avec de magnifiques teintes bleu clair à rose vif, en passant par le bleu électrique et le violet fluo. Il peut mesurer une dizaine de centimètres et il flotte horizontalement à la surface de l'eau. La partie supérieure du flotteur est plus fine et dépasse de l'eau et c'est elle qui joue le rôle de voilure.

Mais j'ai cru comprendre qu'elles avaient aussi des tentacules ?

Oui, des tentacules très longs qui, eux, sont sous la surface de l'eau. Ils sont fins, rétractables, et peuvent atteindre 50 cm à plusieurs mètres de longueur. Certains de ces filaments ont un aspect perlé et leurs servent à se nourrir, car la galère portugaise est carnivore. Les « perles » contiennent des cellules urticantes, dont le venin, extrêmement toxique, va paralyser leurs proies. En laissant traîner ces filaments urticants dans l'eau, les galères portugaises réalisent une pêche à la traîne.

Et, que mangent les galères portugaises ?

Elles se nourrissent principalement de petits poissons, mais aussi de crevettes ou d'autres petits animaux planctoniques. Les tentacules urticants sont des armes redoutables, car un seul tentacule peut, à lui seul, tuer tout un banc de petits poissons. Ces tentacules vont donc paralyser les proies, les attraper, et les diriger vers d'autres filaments spécialisés dans la digestion et qui pendent sous la vessie. Ces tentacules, eux, sécrètent des sucs digestifs.

Et, quels sont leurs prédateurs ?

Les galères portugaises sont consommées par la tortue Caouanne mais aussi par de petits poissons, des pieuvres, des petits escargots, et des nudibranches, sortes de petites limaces des mers, qui sont immunisées contre le venin des galères portugaises. Ce sont donc des prédatrices spécialisées pour se nourrir de galères portugaises. Les nudibranches du genre Glaucus sont d'ailleurs eux-mêmes urticants, car après avoir mangé des galères portugaises, ils vont stocker les cellules urticantes de leurs proies dans des sacs spécialisés appelés cnidosacs.

Les galères portugaises que l'on retrouve échouées sur nos côtes sont-elles toujours urticantes ? 

Oui, car même mortes et à moitié sèches, les cellules urticantes des galères portugaises restent dangereuses plusieurs jours ou semaines. Leur venin cause des brûlures, un peu comme des orties, mais peut même causer, dans les cas les plus graves, des douleurs intenses, une gêne respiratoire, des vomissements, de la tachycardie, de l'hypertension artérielle ou une perte de connaissance. Les galères portugaises de grande taille peuvent même causer des envenimements mortels, pour les personnes qui se retrouveraient emmêlées dans leurs filaments venimeux. En tout cas, si vous en croisez échouées sur la place, ne les touchez surtout pas ! Ceci dit, pour finir sur une note plus positive, les galères portugaises sont aussi célèbres en médecine, car c'est grâce à l'étude de leurs toxines que l'on a découvert l'anaphylaxie et le choc anaphylactique, qui sont les manifestations les plus sévères d'une allergie, et qui sont due à une activation inappropriée des cellules du système immunitaire, qui libèrent alors massivement l’histamine, une molécule du système immunitaire à l’origine des symptômes allergiques. 

Entretien réalisé par Cécile Dauguet.

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