« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.
Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?
Après avoir fait une descente vingt milles lieues sous les mers la semaine dernière, nous voilà partis pour un voyage au centre de la Terre. Aujourd’hui, nous parlons volcans et dérèglement climatique !
C’est une perspective intéressante. On parle effectivement peu de la relation entre ces deux phénomènes.
C’est exact. D’autant que je m’intéresse aujourd’hui à cette relation en sens inverse. En effet, l’influence du volcanisme sur le climat est bien documentée. Avec un exemple très connu : l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années. Pour certains scientifiques, la chute de l’astéroïde a joué un rôle central. Mais pour d’autres, ce sont les conséquences d’épisodes volcaniques intenses dans la province du trapps du Deccan qui sont la cause principale de l’extinction de masse des espèces. Une chose est certaine : les effets combinés du volcanisme n’ont pas aidé. Entre le dégazage volcanique de soufre et de fluor, le manque de luminosité et le refroidissement de l’atmosphère liés aux nuages de cendres émis par les éruptions, les écosystèmes ont été soumis à rude épreuve.
Parmi les arguments climatosceptiques, il n’est pas rare d’entendre que le changement climatique n’est pas d’origine anthropique mais simplement d’origine naturelle avec par exemple une influence de l’activité volcanique. Est-ce vrai que l’activité volcanique agit sur le climat ?
C’est effectivement une réalité mais à nuancer. Lors d’une éruption, un volcan rejette des millions de tonnes de gaz à effet de serre et d’aérosols dans l’atmosphère, ce qui peut avoir des incidences sur le climat à l’échelle globale, sur la couche d’ozone, voire même causer des pluies acides. Cependant, ces impacts restent difficiles à déterminer, relativement locaux et limités dans le temps : le dérèglement climatique ne leur est donc pas attribuable et est bien d’origine anthropique. D'autant que les éruptions volcaniques ont surtout pour conséquence un refroidissement mondial. C’est le cas de la célèbre éruption du volcan Tambora en 1816, très meurtrière et considérée comme un « petit âge glaciaire ».
Et si l’on envisage à présent cette relation en sens inverse comme vous l’indiquiez tout à l’heure ? Qu’en est-il de l’influence du dérèglement climatique sur l’activité volcanique ?
C’est là où l’inversion prend tout son sens. Car l’actuelle hausse de l’activité volcanique pourrait probablement s’expliquer par les liens qu’elle entretient avec certains phénomènes climatiques. Une éruption volcanique est effectivement liée à des facteurs internes, comme la pression de la chambre magmatique, mais aussi à des facteurs externes. Sur lesquels agit le changement climatique.
Nous avons ici affaire à un effet boule de neige : le dérèglement climatique entraîne une baisse des précipitations dans certains régions du globe, une variation du niveau de la mer ainsi que la fonte des glaciers. Or, les volcans raffolent des câlins. Leur stabilité émotionnelle est assurée par la compression et le poids exercés par les nappes phréatiques et les glaciers sur la croûte terrestre. Le problème, c’est qu’avec le réchauffement climatique, cet effet stabilisateur disparaît plus brutalement durant la saison sèche. C’est cet effet rebond entre compression en hiver et perte de poids en été qui cause l’insécurité affective de nos volcans. Ce qui crée des failles, déstabilise leur sous-sol, et in fine cause des éruptions. Ce phénomène est observé depuis longtemps en Islande, où la fonte saisonnière des glaciers entraîne une augmentation de l’activité du Grimvsotn et du Katla en été.
Merci Fanny pour ces explications qui montrent bien la complexité de ces phénomènes. Chaque changement du climat a des conséquences en chaîne difficiles à imaginer…
C’est exact. Le problème, c’est que comprendre la Terre requiert une fine connaissance scientifique et que c’est difficile à expliquer simplement. Alors même que les implications sont concrètes pour nous autres humains… Certains chercheurs considèrent en effet que « si le réchauffement climatique se poursuit sans contrôle, l’incidence de l’activité volcanique augmentera sur plus de 700 volcans dans le monde. » Avec pour conséquence la mise en danger de près de 60 millions de personnes vivant à proximité de ces zones. Vous voyez l’intérêt de se questionner sur des sujets complexes. Car toute causalité peut avoir un double sens.
Merci Fanny. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.