Entendez-vous la Terre ?

À chaque espèce son espace

© Adrien Stachowiak via Unsplash À chaque espèce son espace
© Adrien Stachowiak via Unsplash

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Bonjour Fanny !

Bonjour Laurence !

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?

Après nous avoir parlé des espèces la semaine dernière, la Terre nous fait à présent découvrir les espaces protégés. Car protéger une espèce perd tout son sens si son habitat naturel est détruit ou dégradé. Or, c’est fréquemment le cas puisque plus de 80% des habitats naturels sont dans un mauvais état de conservation sur l’ensemble du continent européen.

D’où l’importance de mieux protéger les milieux et les services écosystémiques qu’ils fournissent. Pour revenir un peu en arrière, de quand datent les premières formes de protection des espaces naturels ?

Historiquement, elle s’est développée à des fins esthétiques au 19ème siècle. Ce sont les peintres romantiques de l’école de Barbizon qui ont créé en France la première réserve naturelle artistique au sein de la forêt de Fontainebleau en 1853. Mais cette protection, tout comme celle accordée aux sites classés, reste centrée sur la mise sous cloche d’un milieu idéalisé pour la beauté de ses paysages.

À partir du début du 20ème siècle, l’acquisition de droits fonciers sur des terrains pour des motifs de protection de la nature s’est largement développée. Mais à présent, c’est une conception scientifique de la protection de la nature qui prend le dessus.

Et quels sont les principaux régimes issus de cette nouvelle vision ?

Dans l’ordre, du moins contraignant au plus protecteur, ce sont les parcs naturels régionaux, les parcs nationaux, les réserves naturelles régionales et nationales, et enfin les réserves intégrales. Des arrêtés préfectoraux de protection de biotope ou d’habitats peuvent également être adoptés pour protéger localement des espaces qui abritent des espèces sensibles mais cette protection reste limitée géographiquement.

Cette liste à la Prévert doit probablement vous sembler difficile à comprendre. Retenez simplement que les outils les moins contraignants reposent plutôt sur une logique de conciliation des intérêts et des activités humaines plutôt que sur une protection stricte.

Un cas concret serait probablement plus parlant pour nos auditeurs.

Prenons l’exemple du Parc national du Mercantour. Comme chaque parc national, il est constitué de deux zones : le cœur où les activités humaines impactant le milieu naturel sont limitées, et l’aire d’adhésion où l’encadrement est simplement basé sur des orientations de protection non contraignantes.

Chaque parc est doté d’une charte qui précise quelles activités sont interdites ou réglementées en son sein. La chasse est ainsi interdite dans le parc du Mercantour mais ce n’est pas le cas de tous les parcs nationaux. Vous pouvez le constater, la gestion des espaces naturels est complexe car ceux-ci ne sont pas tous protégés de la même façon.

Mais alors, qu’en est-il des zones Natura 2000 ?

C’est vrai qu’il ne faudrait pas oublier cette forme de protection à l’échelle de l’Union européenne ! Le réseau Natura 2000 est un entre-deux entre conciliation des intérêts et protection. Il est constitué d’un ensemble de zones spéciales de conservation (ZSC) au titre de la Directive Habitats Faune Flore de 1992 et de zones de protection spéciale (ZPS) au titre de la Directive Oiseaux de 2009.

Au total, ce sont près de 27 000 sites naturels classés dans l’UE qui participent à protéger les habitats communautaires et leurs espèces. Soit environ 18,5% de la surface terrestre européenne.

Le réseau Natura 2000 est effectivement considéré comme l’une des grandes réussites de la politique environnementale de l’UE. Mais je suppose que la Commission n’a pas le loisir de se reposer sur ses lauriers, n’est-ce pas ?

Complètement Laurence, il y a encore tant à faire. Des dérogations permettent de porter atteinte à ces zones protégées, sous réserve du respect de différents critères. Or, la tendance actuelle est à la simplification des procédures de délivrance de ces dérogations alors que les écosystèmes sont en mauvais état. Cela justifie amplement l’ambition du règlement européen sur la restauration de la nature adopté en 2024.

En quelques mots, quels sont ses objectifs principaux ?

Tout d’abord, il affirme le principe de non-détérioration des habitats d’intérêt communautaire comme une obligation qui engage les États membres. Deuxièmement, il prévoit l’objectif de restaurer au moins 20% des espaces naturels terrestres et marins de l’UE d’ici 2030. Enfin, le but final visé est de restaurer au minimum 90% des habitats communautaires jugés en mauvais état d’ici à 2050.

L’esprit de ce règlement va bien au-delà de la protection de l’existant : il affirme une responsabilité de réparer les dégradations passées. C’est donc un règlement au grand potentiel qui donne l’espoir de beaux résultats. Affaire à suivre en septembre lors de la remise des Plans nationaux de restauration de la nature des États membres à la Commission !

Merci beaucoup Fanny Gelin. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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