« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.
Bonjour Fanny !
Bonjour Laurence !
Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?
Cette semaine, la Terre nous emmène à la découverte du cycle de vie de nos déchets. Plonger la tête dans nos poubelles, ça ne donne pas très envie. Et pourtant, c’est d’une grande importance.
Pour clarifier pour nos auditeurs, qu’est-ce que la notion de déchet recouvre concrètement ?
Dans le code de l’environnement, un déchet est défini comme « toute substance ou tout objet (...) dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention de se défaire. » Et ils sont innombrables : classiquement, il est de mise de les distinguer en fonction du type de producteur, du matériau, ou encore de leur dangerosité.
Mais ceux qui sont les plus présents dans notre quotidien sont les déchets ménagers, qui comprennent les déchets d’emballages. En moyenne, chaque Européen jette près de 190 kg de déchets d’emballages par an.
L’ensemble des déchets générés est effectivement colossal : en 2020, la France était en effet à l’origine de 310 millions de tonnes de déchets, soit environ 31 000 fois le poids de la Tour Eiffel !
L’expression « homo détritus » prend ici tout son sens. En effet, la production de déchets ne va absolument pas de soi : cette faculté de l’être humain de générer des déchets non biodégradables est une singularité dans le règne animal. Quand un déchet est produit, il y a plusieurs manières de le gérer en fonction des matériaux en question. Il peut soit être recyclé pour produire de nouveaux objets : c’est le cas du PET, le principal composant des bouteilles plastiques.
Il peut également être incinéré, avec la possibilité d’une valorisation énergétique grâce à l’utilisation de cette chaleur comme chauffage. Ou bien, il est éliminé. Éliminer, c’est un très beau mot. Pouf, le déchet disparaît magiquement et le problème est réglé.
Je suppose qu’il n’en est rien...
Si la magie existait, ce serait bien connu. Éliminer, cela signifie en général incinérer sans valoriser énergétiquement ou bien enfouir dans une décharge. Malheureusement, compte tenu du volume de déchets croissant émis au sein de l’UE, la mise en décharge diminue mais est loin d’avoir disparu. Pour vous donner une idée, c’est près de 25% des déchets d’emballages plastiques qui sont encore mis en décharge en Europe.
Mais alors, que fait l’Union européenne pour réglementer la gestion des déchets et promouvoir une économie circulaire ?
La réglementation européenne sur les déchets est très dense : elle vise les véhicules, les navires, les déchets d’équipements électriques et électroniques, les batteries ou encore les emballages et les déchets d’emballages. La méthode : fixer des objectifs de réduction des déchets et de leur mise en décharge ou des objectifs d’augmentation du taux de recyclage des déchets. S’il y a bien un élément à retenir de l’approche adoptée par la Commission européenne en la matière, c’est son principe de réduction à la source.
Qu’est-ce que ce principe implique ?
Il s’appuie sur la démarche des 3R « Réduire, Réutiliser et Recycler. » L’idée est de s’appuyer en premier lieu sur la réduction de la production de déchets. Dans la mesure du possible, les déchets restants doivent être réutilisés en l’état.
L’exemple par excellence est le « Pfand auf Mehrwegflaschen » allemand, c’est-à-dire la consigne pour réutilisation des bouteilles. Or, l’accent est fréquemment mis sur le dernier R : le recyclage. Pourquoi ? Parce que les déchets sont devenus un business juteux : la vente de matières recyclables est un marché à part entière.
Si je vous suis bien, cela signifie que les matières rentables sont échangées comme des produits à part entière alors que les matières difficilement recyclables sont éliminées, c’est bien ça ?
Fanny : Exactement. Mais vous voyez bien la contradiction se dessiner : la production de déchets continue à augmenter tandis que l’UE restreint les possibilités de mise en décharge et augmente ses objectifs de recyclage. Résultat : les capacités de traitement sont insuffisantes.
La solution, si tant est qu’elle soit considérée comme telle, consiste pour les États membres à exporter leurs déchets excédentaires moins rentables à recycler vers des pays tiers comme la Turquie, l’Égypte, la Malaisie ou l’Indonésie. Or, ces pays n’ont pas toujours les capacités de traitement nécessaires et les déchets finissent alors... Je vous laisse deviner Laurence.
En décharge je présume.
Bonne réponse ! La Commission tente progressivement de conditionner cette pratique à l’existence d’infrastructures de traitement suffisantes dans les pays d’envoi afin éviter le dumping environnemental. Mais en attendant, les pays du Sud subissent les conséquences de notre surconsommation. Alors peut-être qu’il serait temps que nous nous penchions tous à notre échelle sur notre poubelle afin d’éviter de finir un jour enseveli sous nos propres déchets.
Merci Fanny. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.