Entendez-vous la Terre ?

Déroulez le tapis vert !

© Garley Gibson via Pexels Déroulez le tapis vert !
© Garley Gibson via Pexels

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Bonjour Fanny !

Bonjour Laurence !

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?

Cette semaine, la Terre nous emmène au festival de Cannes pour nous parler d’un évènement parallèle moins remarqué : la remise du prix Ecoprod.

Qu’est-ce donc que ce prix Ecoprod ?

Eh bien, ce prix est décerné par l’association homonyme pour récompenser une production cinématographique écoresponsable. Depuis 2021, ce prix a l’objectif de mettre en lumière les équipes techniques et artistiques d’un film qui se sont attachées à réduire leur impact environnemental tout au long du processus de réalisation. Et il y a de quoi faire !

C’est-à-dire ?

Selon l’association Ecoprod, une heure de contenu cinématographique tous genres confondus émettrait en moyenne 16 tonnes de CO2, soit l’équivalent carbone de 70 000 kilomètres parcourus en voiture. Pour vous donner une idée plus précise, c’est comme si vous faisiez près de 2 tours du monde en voiture thermique.

Et donc, comment procèdent les équipes pour éviter ces tours du monde ?

Avant toute chose, il s’agit d’adopter une réflexion holiste pour analyser chaque étape du processus de production cinématographique : transport, hébergement, alimentation, décors, costumes... Depuis 2024, chaque dossier de subvention déposé auprès du Centre national du cinéma et de l’image animée doit être accompagné de bilans carbones prévisionnel et définitif des émissions engendrées par les tournages. Le but : inciter les réalisateurs à réfléchir à leur impact et à s’engager pour le réduire. Mais cela n’est possible que si la maison de production arrive à embarquer l’ensemble de l’équipe dans une dynamique positive. C’est exactement ce que le réalisateur japonais Ryūsuke Hamaguchi a fait.

Je suppose qu’il est donc l’heureux lauréat du prix Ecoprod, c’est bien ça ?

Exactement Laurence. Son long-métrage Soudain a été récompensé par l’Ecoprod 2026 pour sa réussite à couper de 35% les émissions carbone de son projet. Cela a été rendu possible par le recrutement d’un coordinateur d’écoproduction, la centralisation des lieux de décor dans un périmètre limité, les achats de seconde main et l’embauche de techniciens directement au Japon, qui a permis d’éviter les déplacements en avion. Les mêmes principes ont été adoptés par le film d’époque Notre Salut, distingué par une mention spéciale du jury. L’équipe s’est fournie presque exclusivement en repas végétariens et locaux durant le tournage. Et les résultats sont là : des films dont la frugalité n’enlève en rien à la qualité. Bien au contraire, elle cultive la créativité cinématographique.

Avez-vous un exemple pour éclairer nos auditeurs ?

Eh bien, pour éviter d’avoir recours à de trop nombreux décors d’époque, à la fois coûteux et peu éco-responsables, les équipes du film Notre Salut ont privilégié les plans serrés en intérieur. Une sobriété étendue jusqu’aux techniques de tournage qui a finalement contribué à l’originalité de ce long-métrage. Au-delà du cinéma, l’ensemble des productions artistiques et de l’événementiel peuvent mener des démarches similaires et faire preuve de frugalité. Par exemple, sous le mandat du maire écologiste Pierre Hurmic, l’Opéra national de Bordeaux s’était engagé à privilégier l’utilisation de matériaux de seconde main pour réaliser les costumes et les décors des spectacles de la saison 2024-2025. Il est donc tout à fait possible de faire différemment, sans exploser son budget. Cela demande juste un peu de temps et de l’engagement.

Sans parler de l’aspect logistique et technique, le cinéma peut également s’emparer des sujets environnementaux pour dénoncer et sensibiliser sur grand écran.

C’est là tout le pouvoir du septième art ! Pour reprendre les mots de l’actrice Jane Fonda lors de l’ouverture du festival de Cannes, « le cinéma a toujours été un acte de résistance parce que nous racontons des histoires, et les histoires représentent ce qui construit une civilisation. » Que ce soit les classiques de l’animation japonaise Princesse Mononoké et Nausicaä de la vallée du vent, ou bien les films Soleil vert, Erin Brockovich, La promesse verte ou Le chant des forêts, ces œuvres témoignent de la volonté des réalisateurs et des équipes de faire bouger les choses. Le cinéma est loin d’être un simple divertissement : il est une liberté de critiquer, d’inventer, d’inspirer. Un art qui suscite émotions et réflexions. Alors, sans nous laisser éblouir par le luxe de Cannes, continuons à soutenir le cinéma engagé !

Merci Fanny. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.