Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Kyiv sous les attaques : la Suède et le Danemark livrent des systèmes antiaériens
- X dans le viseur : perquisition en France, enquête au Royaume-Uni
- L’Espagne veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
On ouvre ce journal en Ukraine, où la guerre s’intensifie en plein hiver, entre frappes massives et défis cruciaux en matière de défense aérienne. Avec une annonce très concrète côté européen.
La Suède et le Danemark vont financer ensemble l’achat et la livraison à Kyiv de systèmes de défense antiaérienne mobiles TRIDON, développés par BAE Systems Bofors. Montant total : 2,6 milliards de couronnes suédoises (environ 290 millions de dollars), avec une contribution majoritaire de Stockholm. Les deux ministres ukrainiens en suédois expliquent que cette aide doit permettre à l’Ukraine de constituer une capacité de défense aérienne de type « bataillon », tout en soutenant la montée en cadence de la production.
Cette aide arrive après de nouvelles attaques d’ampleur.
Les autorités ukrainiennes dénoncent l’une des plus grosses attaques de l’hiver, avec un volume record de missiles et de drones, visant prioritairement l’énergie civile. Dans la nuit de lundi à mardi, la Russie a ainsi lancé sa « plus puissante » attaque de drones et de missiles depuis le début de l’année, selon les autorités ukrainiennes, laissant des centaines de milliers de personnes sans chauffage par des températures glaciales. A Kiev, plus d’un millier d’immeubles restaient privés de chauffage, malgré les efforts de rétablissement annoncés par le vice-premier ministre Oleksii Kuleba.
Dans ce contexte, le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, en visite à Kyiv, accuse la Russie de « semer le chaos ».
Selon Mark Rutte, des frappes aussi massives ne ressemblent pas à un camp engagé sérieusement dans une désescalade, surtout au moment où la diplomatie tente de reprendre de l’espace.
Et sur le volet politique, une nouvelle séquence de discussion s’ouvre aux Emirats arabes unis.
Une série de discussions trilatérales Ukraine–États-Unis–Russie est annoncée à Abu Dhabi, au lendemain de ces bombardements. Volodymyr Zelensky dit vouloir ajuster le mandat et la posture de la délégation ukrainienne après l’attaque, estimant que Moscou cherche à maximiser les dégâts tout en « jouant la montre » dans le format de négociation.
Et côté français, Emmanuel Macron affirme œuvrer à la reprise du dialogue avec Vladimir Poutine.
Le président francais a affirmé qu’une dialogue avec son homologue russe « se prépare », tout en soulignant que l’intensité des frappes ne signale pas, pour l’instant, une volonté de compromis.
On continue ce journal en évoquant un front européen qui se durcit contre Elon Musk et sa plateforme X, avec deux signaux forts coup sur coup : la justice qui passe à l’action en France, et le régulateur des données qui ouvre une enquête au Royaume-Uni.
Oui, ce mardi, les locaux parisiens de X ont été perquisitionnés par la brigade cyber de la police, dans le cadre d’une enquête pilotée par le parquet de Paris. L’enjeu n’est pas symbolique : une perquisition vise à saisir des éléments concrets — procédures internes, échanges, traces techniques — pour déterminer si la plateforme a, par action ou par négligence, facilité la diffusion de contenus illégaux, dont des images d’exploitation sexuelle de mineurs et des “deepfakes” sexualisés.
Que vise cette perquisition en France ?
Elle devrait permettre aux enquêteurs d’aller au-delà des déclarations publiques et d’examiner comment la modération fonctionne réellement — et comment l’entreprise coopère (ou non) avec les autorités.
Et quid de l'enquête au Royaume-Uni ?
Ce mardi 3 février également, l'autorité britannique chargée de la protection des données a ouvert une enquête visant X et xAI après des signalements d’images sexuelles non consenties générées via l’outil d’IA Grok. Ici, le cœur du sujet, c’est la protection des données personnelles : utiliser des photos de personnes réelles pour générer du contenu explicite sans consentement peut constituer une violation grave du cadre britannique inspiré du RGPD - le reglement européen sur la protection de données. Et ce n’est pas seulement “retirer après coup” : le régulateur compte aussi analyser les garde-fous en amont, la conception de l’outil, la prévention, et la capacité à empêcher les détournements.
On continue ce journal en évoquant une offensive de plus en plus large contre les réseaux sociaux chez les mineurs. Ce mardi, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé vouloir interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, avec une exigence centrale : une vérification d’âge “réelle”, et pas de simples cases à cocher.
Oui Madrid dit vouloir protéger les adolescents d’un “Far West numérique” : exposition à des contenus illégaux, harcèlement, addiction, mais aussi dérives liées aux images générées par l’IA. Le gouvernement espagnol veut intégrer cette mesure dans un texte plus large de protection numérique des mineurs, en débat au Parlement — avec une difficulté : la coalition de Pédro Sánchez n’a pas de majorité solide, ce qui rend l’adoption incertaine.
Et l’Espagne n’est pas seule.
Cette annonce s’inscrit dans une dynamique européenne : en France, le 26 janvier 2026, les députés ont adopté une loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. D’autres pays, comme le Danemark et le Portugal, ont aussi lancé des initiatives pour renforcer la barrière d’âge et la responsabilité des plateformes.
Comment faire appliquer ces nouvelles réglementations ?
Tout se jouera sur la capacité à imposer une vérification d’âge efficace… sans créer une surveillance généralisée. Et derrière l’âge, c’est un rapport de force plus large qui se dessine : jusqu’où les États peuvent-ils contraindre les plateformes à protéger les mineurs, sans attendre une réponse uniforme au niveau européen ?
Un journal de Lucas Savino et Giona Melotto.