Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Guerre en Iran : le cessez-le-feu fragilisé par de nouvelles tensions
- Législatives en Bulgarie : l’espoir d’un retour à la stabilité avec la victoire de l’ex-président Roumen Radev
- L’extrême droite européenne réunie à Milan
On ouvre ce journal dans le détroit d’Ormuz, où la trêve entre Washington et Téhéran, censée prendre fin dans quelques heures, ne tient déjà plus qu’à un fil.
Oui, dans la nuit de dimanche à lundi, les États-Unis ont saisi le cargo iranien Touska, qui tentait, selon Washington, de forcer le passage. Téhéran annonce “des mesures de représailles” contre ce que le porte-parole de l’état-major iranien qualifie de “piraterie”. L’Iran dit en outre soupçonner Washington de chercher à “trahir la diplomatie”. Le président iranien Massoud Pezeshkian dénonce en effet “des manquements et des comportements intimidants et déraisonnables des États-Unis”, alors qu’un cessez-le-feu provisoire reste officiellement en vigueur dans la région. Lors d’un entretien avec le premier ministre pakistanais, il a dit craindre que les Etats-Unis ne cherchent à gagner du temps pour préparer une nouvelle attaque.
Les États-Unis ont annoncé l’envoi d’une nouvelle délégation au Pakistan ce lundi, dans le cadre de possibles discussions avec Téhéran.
Oui, la Maison-Blanche a officialisé l’envoi de cette nouvelle délégation dimanche et a indiqué qu’elle devait être dirigée par le vice-président J. D. Vance. Alors que les dernières négociations entre les deux pays s’étaient soldées par un échec, Donald Trump a écrit sur Truth Social que ces nouvelles rencontres seraient l’occasion d’offrir à l’Iran, je cite, un “deal raisonnable”. En cas de refus de Téhéran, le président américain a de nouveau menacé de “détruire toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran”.
Mais la participation de Téhéran est loin d’être évidente.
Oui, la télévision d’État affirme qu’aucun nouveau cycle de discussions avec les Etats-Unis n’est prévu à ce stade, et plusieurs médias iraniens présentent désormais la levée du blocus naval américain comme une condition préalable à toute reprise des pourparlers.
Du côté européen, plusieurs États cherchent également à peser davantage sur ce dossier alors que le conflit pèse déjà lourdement sur leur situation économique.
Oui, autour de la France, de l’Allemagne, mais aussi de l’Italie et du Royaume-Uni, plusieurs pays européens ont annoncé vouloir lancer une mission dite “défensive” dans le détroit d’Ormuz. L’objectif affiché est de sécuriser la navigation dans cette zone stratégique, par laquelle transite une part importante des hydrocarbures mondiaux.
Et au Liban, où un fragile cessez-le-feu est théoriquement lui aussi en vigueur, Israël affirme avoir établi ce qu’il présente comme une “ligne jaune” de démarcation au sud du pays.
Oui, Tel-Aviv a annoncé cette ligne au deuxième jour de la trêve avec le Liban, entrée en vigueur vendredi selon le président libanais Joseph Aoun et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Mais malgré ce cessez-le-feu, l’armée israélienne dit avoir visé des hommes qu’elle accuse de s’être approchés de cette ligne. Les forces israéliennes ont aussi mentionné dans leur communiqué “des tirs d’artillerie”, destinés à “appuyer les forces terrestres opérant dans la zone”. Les démolitions d’infrastructures par Tel-Aviv dans plusieurs localités du sud du Liban, comme Bint Jbeil, se poursuivent donc malgré la trêve.
On poursuit ce journal en Bulgarie, où se sont tenues des élections législatives ce dimanche.
La formation de Roumen Radev, président du pays entre 2017 et 2026, est arrivée largement en tête, avec plus de 44% des voix, devant le GERB du conservateur Boïko Borissov. L’ex-président, qui disposait de pouvoirs largement honorifiques en Bulgarie, avait démissionné en janvier pour se présenter aux législatives. À la tête de “Bulgarie progressiste” (PB), groupe de centre-gauche qu’il présente comme une alternative au “cartel des vieux partis”, il a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption et l’oligarchie.
La question de la corruption reste en effet au cœur des tensions politiques en Bulgarie.
Oui, en décembre dernier, des dizaines de milliers de citoyens étaient descendus dans les rues pour dénoncer un système jugé gangrené, ce qui avait conduit le gouvernement alors en place à démissionner. Roumen Radev avait d’ailleurs ouvertement soutenu ces manifestations.
Cette élection pourrait aussi être l’occasion de sortir d’un très long cycle d’instabilité politique.
Oui, car la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union européenne, est marquée par une forte instabilité gouvernementale : alors que les députés sont normalement élus pour quatre ans, ces élections législatives sont les huitièmes depuis 2021. Cette année-là, d’importantes manifestations anticorruption avaient provoqué la chute du gouvernement conservateur de Boïko Borissov, au pouvoir pendant près de 10 ans. Depuis, plusieurs coalitions fragiles se sont succédé.
Roumen Radev, s’il présente un programme anti-corruption, défend également une ligne conservatrice sur plusieurs sujets et ambiguë sur la Russie.
Oui, il se montre régulièrement critique à l’égard de l’Union européenne, notamment sur ses politiques environnementales. Mais c’est surtout son rapport à la Russie et à l’Ukraine qui inquiète les diplomates européens : il se dit partisan d’un rapprochement avec le Kremlin et opposé à l’envoi d’armes à l’Ukraine. Il rejette toutefois la politique du veto menée par Viktor Orban, assurant qu’il ne bloquera pas les décisions de Bruxelles. Une position liée aux avantages tirés de l’appartenance de la Bulgarie à l’Union européenne depuis 2007.
Ces élections ont aussi été marquées par une nette hausse de la participation, qui a atteint les 50%, son plus haut niveau depuis 2021.
Oui, l’espoir de changement et de retour à la stabilité porté par Roumen Radev a poussé les électeurs à se rendre massivement aux urnes. Un signal important dans un pays marqué par une défiance envers la classe politique. Ces dernières semaines, la police aurait d’ailleurs saisi plus d’un million d’euros destinés à des réseaux d’achat de voix visant à influencer le scrutin.
On clôture ce journal à Milan, où l’extrême droite européenne s’est rassemblée ce samedi 18 avril.
Oui, moins d’une semaine après la défaite de Viktor Orban aux législatives hongroises, plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Milan, à l’appel de Matteo Salvini. Ce rassemblement, baptisé « Sans peur : patrons chez nous en Europe », était organisé par les « Patriotes pour l’Europe », l’un des groupes souverainistes du Parlement européen. En l’absence de représentants hongrois, le Français Jordan Bardella, président du Rassemblement national, était la principale personnalité du meeting, aux côtés du leader populiste islamophobe néérlandais Geert Wilders.
Ce meeting a été l’occasion pour plusieurs dirigeants de défendre leurs positions communes sur l'immigration, la sécurité et les règles européennes.
Oui, l’un des thèmes était la “remigration”, un concept qui implique une politique d’expulsion massive et organisée de personnes étrangères, jugées “inassimilables”. Autres points mis en avant : renforcer les frontières et changer les normes budgétaires et écologiques de l’Union européenne. Mais surtout, une volonté de rapprocher les extrêmes droites européennes, tout en saluant leur allié hongrois vaincu aux dernières élections.
Des contre-manifestations ont toutefois eu lieu.
Oui, à quelques centaines de mètres du meeting, des milliers de militants antifascistes ont défilé derrière une banderole “Milan est migrante” et des drapeaux palestiniens. En parallèle, l'Espagne organisait aussi un rassemblement des partis progressistes, avec pour mot d'ordre défendre la démocratie.
Un journal de Manon Gendreau et Giona Melotto.