Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 27 mai 2026

Photo d’une manifestation contre le régime iranien, Vancouver © Sima Ghaffarzadeh via Pexels Aujourd'hui en Europe - 27 mai 2026
Photo d’une manifestation contre le régime iranien, Vancouver © Sima Ghaffarzadeh via Pexels

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Guerre en Iran : la société iranienne de nouveau connectée au monde ?
  • Satellites : l’UE s’arme face à l’expansion de Starlink
  • Changement climatique : l'Europe face "une vague de chaleur exceptionnelle"

On ouvre ce journal en Iran, avec une évolution majeure après près de trois mois d’isolement numérique : les autorités iraniennes ont annoncé le rétablissement progressif de l’accès à internet dans le pays.

C’est probablement le tournant le plus important de ces dernières heures en Iran. Le président iranien Massoud Pezeshkian a ordonné dimanche soir la réouverture progressive de l’accès à l’internet international, après près de 90 jours de blackout quasiment total imposé par les autorités. Les premières reconnexions ont donc commencé en ce début de semaine.

Cette coupure d’internet aura été d’une ampleur exceptionnelle.

Oui, elle avait été amorcée le 8 janvier dernier, au moment des grandes manifestations contre le gouvernement. Une répression sanglante : selon le magazine américain Time, elle aurait pu faire jusqu'à 30 000 morts en deux jours. La coupure est ensuite devenue totale après les frappes américaines qui ont marqué le début du conflit, à la fin du mois de février. Pendant près de trois mois, l’Iran a donc été coupé presque entièrement du réseau mondial. Selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, il pourrait s’agir de la “plus longue coupure nationale d’Internet” jamais observée.

Mais alors, concrètement, qu’est-ce que cette reprise pourrait changer pour les Iraniens ?

D’abord beaucoup sur le plan économique : même si internet n’est pas le seul facteur à prendre en compte, aujourd’hui, un grand nombre d’entreprises dépendent entièrement du réseau, et sont donc paralysées depuis février, une situation qui s’ajoute aux difficultés économiques massives que connaît le pays. Une réouverture d’internet permettrait aussi aux Iraniens de rétablir le contact avec le reste du monde. Toutefois, les autorités iraniennes n’ont toujours pas précisé quand l’ensemble du pays retrouvera un accès complet au réseau mondial. Et même si les communications avec l’étranger - qui étaient devenues quasi impossibles - semblent reprendre, il est donc encore trop tôt pour se prononcer définitivement sur le caractère durable de la relance du réseau contre laquelle semblent s’insurger une partie des tenants du régime.

D’autant plus que cette annonce intervient dans un contexte militaire toujours extrêmement tendu avec les États-Unis.

Oui, car parallèlement à cette réouverture partielle d’internet, Washington a lancé de nouvelles frappes ce lundi dans le sud du pays. L’armée américaine affirme avoir visé des sites de missiles iraniens ainsi que “des embarcations qui tentaient de poser des mines”. Des frappes que les États-Unis ont qualifiées de "légitime défense” dans le communiqué du commandement américain pour le Moyen-Orient. De son côté, Téhéran accuse au contraire Washington de violer la trêve censée être en vigueur entre les deux camps.

Des attaques qui surviennent alors que les négociations avec Téhéran semblaient progresser.

Ce weekend, la Maison-Blanche avait même indiqué qu’un compromis avec Téhéran était “imminent”, mais les frappes américaines qui ont suivi cette annonce ont quelque peu douché les espoirs de voir un accord se concrétiser. Toutefois, pour le secrétaire d’État américain Marco Rubio, ces frappes n’ont pas complètement changé la donne. Il espère même trouver un terrain d’entente “dans les prochains jours”, et a rappelé la priorité de Washington dans ces discussions : rouvrir le détroit d’Ormuz “d’une manière ou d’une autre”.

On poursuit ce journal en revenant sur une décision que doit adopter cette semaine la Commission européenne : donner la priorité aux opérateurs de satellites européens.

Cette décision intervient une semaine avant la présentation de son « paquet Souveraineté technologique » destiné à réduire la dépendance de l’UE aux technologies étrangères. Le but est clair : freiner l’expansion en Europe de Starlink, le réseau satellitaire de SpaceX, la société d’Elon Musk. Actuellement, l’entreprise domine largement le marché mondial de l’internet par satellite, suivie par Project Kuiper d’Amazon.

Car l’importance stratégique des satellites est devenue évidente depuis l’invasion russe de l’Ukraine.

Les systèmes Starlink ont constitué une bouée de sauvetage pour les troupes ukrainiennes après la mise hors service des infrastructures physiques de communication. Ils contribuent à empêcher la Russie de réaliser des gains majeurs en Ukraine. Les Européens sont donc de plus en plus méfiants face à leur dépendance à des opérateurs américains pour un système de communication aussi critique. En réponse, l’UE tente de lancer son propre système de connectivité sécurisée par satellite, tout en freinant l’expansion de Starlink et de Kuiper sur le marché européen.

Mais cette stratégie pourrait tendre les relations avec Washington.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le gouvernement américain est particulièrement offensif pour protéger les intérêts des entreprises américaines à l’étranger. Il met ainsi en garde l’UE contre toute préférence accordée aux fournisseurs européens dans l’attribution des fréquences satellitaires et menace d’appliquer un traitement réciproque. Mais la Commission estime que le pire scénario a déjà été évité : la semaine dernière, les Européens sont finalement parvenus à surmonter leurs divergences pour conclure un compromis politique sur le controversé accord commercial UE–États-Unis.

On conclut ce journal en évoquant la vague de chaleur exceptionnelle qui touche l’Europe occidentale depuis le week-end dernier.

Un “dôme de chaleur” venu du Maghreb et de l’Espagne provoque actuellement des températures records en France, en Espagne et au Royaume-Uni. Un phénomène très inhabituel pour un mois de mai. Le climatologue Christophe Cassou prévient qu’il s’agit d’un épisode sans précédent et qui n'avait qu'environ une chance sur 1 000 de se produire à cette période de l’année au regard du climat des dernières décennies.

Un épisode qui illustre surtout l’intensification des événements climatiques extrêmes, sous l’effet du réchauffement climatique d’origine humaine.

Un réchauffement qui touche particulièrement l’Europe, qui se réchauffe plus vite que le reste du monde. C’est ce que rappellent le service européen Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) : depuis les années 1980, l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale et les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus graves sur la quasi-totalité du continent. Et les scientifiques constatent déjà un réchauffement et un allongement de l’été européen.

Or ces épisodes ont des conséquences majeures.

D’abord sur l’environnement, avec davantage de sécheresses et de risques d’incendies. Mais aussi sur l’accès à des ressources essentielles comme l’eau et l’alimentation. Le coût économique est lui aussi important, au point que certains spécialistes évoquent un possible “choc macroéconomique” lié aux catastrophes climatiques. Sans oublier les conséquences humaines, puisque ces vagues de chaleur provoquent chaque année des milliers de morts.

Cet épisode rappelle donc l’urgence d’agir face au réchauffement climatique.

Cela passe notamment par la réduction des émissions de gaz à effet de serre et par des changements dans nos modes de consommation. Mais pour l’instant, beaucoup de scientifiques alertent sur le décalage entre les mesures nécessaires et les politiques réellement mises en place.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.