Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 26 mars 2026

Volodymyr Zelenski constate les dégâts à Bucha, ville reprise aux forces russes.  Source : licence Creative Commons, viarawpixel Aujourd'hui en Europe - 26 mars 2026
Volodymyr Zelenski constate les dégâts à Bucha, ville reprise aux forces russes. Source : licence Creative Commons, viarawpixel

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au Programme : 

  • Guerre en Ukraine : la ceinture fortifiée ukrainienne sous pression d'une offensive russe
  • Moyen-Orient : poursuite des combats et projet onusien de réouverture du détroit d'Ormuz
  • Corée du Nord : le président bélarusse Loukachenko reçu avec tous les honneurs

On ouvre ce journal en Ukraine alors que le pays se prépare à une offensive printanière de taille, qui aurait même déjà commencé selon l’Institute for the Study of War basée à Washington.

Oui, les attaques russes se sont intensifiées ces derniers jours, avec 400 drones russes longue portées tirés, dont une dizaine sur la capitale, Kiev. Mais le réel combat se passe au niveau de la ligne de front, longue d’environ 1250 km entre l’est et le sud du territoire ukrainien, où les attaques se multiplient avec l’arrivée du printemps. Le commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, a précisé que les troupes russes avaient tenté de percer simultanément plusieurs lignes de défense au niveau de la ceinture fortifiée, la Fortress Belt, un ensemble de villes fortement défendues dans la région orientale de Donetsk. 

Mais pourquoi la Russie tente-t-elle de fragmenter cette ceinture en ce moment? 

Ces attaques localisées visent à préparer le terrain pour un assaut plus massif, qui pourrait permettre à la Russie de reprendre la ligne de front est et d’avancer vers des objectifs stratégiques. Mais ces attaques sont aussi facilitées par les beaux jours, alors que la Russie a mis sur pied de nouvelles unités, notamment en recrutant frauduleusement des soldats étrangers en Afrique. Selon un rapport sorti en janvier du  Center for Strategic and International Studies, plus de 1 700 personnes originaires des pays africains ont été convaincues de venir combattre en Russie sur base de fausses promesses de travail.

Ces attaques ont surtout lieu dans une partie du territoire que Moscou convoite particulièrement, alors que Vladimir Poutine a exigé à plusieurs reprises que Kyiv lui cède en échange d’un hypothétique accord de paix. 

En effet, les tentatives de prise de la ceinture fortifiée, avec pour le moment des attaques à moins de 20m de la ville de Sloviansk à l’est et des offensives prévues sur Pokrovsk, interviennent dans un contexte de négociations sous l’égide de Washington Les Etats-Unis ont récemment conditionné leur offre de garanties de sécurité pour un accord de paix à la cessation par Kiyv de l’ensemble de la région orientale du Donbass. Pour rappel, les États-Unis, la Russie et l’Ukraine ont tenu trois séries de négociations trilatérales cette année sur la fin des hostilités, mais Washington pourrait se désintéresser de la question si les négociations n’avancent pas. 

Et tout cela dans un contexte international plutôt défavorable à l’Ukraine… 

Entre la guerre au Moyen-Orient qui détourne l’attention internationale, la hausse des prix du pétrole suite au blocage du détroit d’Ormuz qui profite à la Russie et le récent véto hongrois sur le prêt de 90 milliard d’euro de l’Union Européenne, les perspectives pour Kyiv apparaissent plus fragiles. Mais une ouverture financière se dessine, alors que le fonds conjoint de reconstruction Ukraine–États-Unis a approuvé hier soir son premier projet d’investissement dans l’entreprise Sine Engineering basée à Lviv, qui pourrait atteindre 200 millions de dollars d’ici la fin de l’année. 

On poursuit ce journal au Moyen-Orient, où les combats se poursuivent malgré les discussions indirectes engagées ces derniers jours entre les Etats-Unis et l’Iran. Que faut-il retenir ce jeudi ?

Oui, d’abord parce que Washington a bien transmis à Téhéran, via le Pakistan, un plan américain en 15 points pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu. Le Pakistan s’est même proposé pour accueillir de futurs pourparlers. Mais l’Iran garde ses distances : il pose ses propres conditions, refuse toujours des négociations directes avec les Etats-Unis et parle seulement de messages transmis par des intermédiaires. Autrement dit, il existe bien un canal diplomatique, mais pas encore de véritable avancée vers la fin des combats. Et sur le terrain, les frappes continuent : Israël a encore mené de nouvelles attaques en Iran, pendant que Téhéran poursuit ses tirs contre Israël et contre des pays du Golfe alliés de Washington.

Et l’autre point central de cette crise, c’est toujours le détroit d’Ormuz.

Oui, parce que ce passage reste le grand levier de pression iranien. En temps normal, il voit transiter environ un cinquième du pétrole mondial. Or depuis le début de la guerre, la circulation y est presque à l’arrêt. L’Iran a indiqué que seuls les navires jugés “non hostiles” peuvent encore passer, à condition de se coordonner avec ses autorités. Et selon plusieurs médias iraniens, le Parlement iranien travaille aussi sur un texte pour instaurer officiellement des droits de passage, autrement dit une forme de péage pour traverser Ormuz. Téhéran cherche donc à transformer son contrôle militaire du détroit en outil politique et économique.

Et cette question d’Ormuz est désormais au cœur des discussions à l’ONU.

Oui, parce qu’au Conseil de sécurité, Bahreïn, avec le soutien des Etats-Unis et d’autres pays du Golfe, pousse un projet de résolution qui autoriserait les Etats à utiliser “tous les moyens nécessaires” pour protéger la navigation commerciale dans et autour du détroit. En clair, cela pourrait ouvrir la voie à une opération navale, voire militaire, sous mandat onusien. Mais la France défend une ligne beaucoup plus prudente, sans viser explicitement l’Iran, en misant plutôt sur la désescalade et sur des mesures strictement défensives, comme l’escorte de navires marchands. Pour l’instant, aucun consensus ne se dégage, d’autant que la Russie et la Chine pourraient bloquer un texte jugé trop offensif.

On termine ce journal en Corée du Nord, où le dirigeant suprême nord-coréen Kim Jong Un a reçu avec tous les honneurs le président bélarusse Alexandre Loukachenko à Pyongyang. Pourquoi cette visite est-elle scrutée ?

Parce qu’elle illustre le rapprochement entre deux régimes très isolés sur la scène internationale et tous deux proches de Moscou. Alexandre Loukachenko effectue une visite de deux jours en Corée du Nord, marquée par une cérémonie militaire, un salut de 21 coups de canon et la signature annoncée d’un traité d’amitié et de coopération. Minsk parle d’une “nouvelle étape” dans les relations bilatérales, avec des discussions sur le commerce, notamment dans l’alimentaire et la pharmacie. Mais pour l’instant, ces échanges restent assez modestes.

Et au-delà du bilatéral, cette visite dit aussi quelque chose de la stratégie actuelle de Loukachenko.

Oui, parce qu’elle intervient à un moment particulier pour le président bélarusse. Ces derniers mois, Alexandre Loukachenko a cherché à desserrer partiellement son isolement diplomatique, notamment en libérant plusieurs vagues de prisonniers politiques après des discussions avec Washington. En décembre, parmi les personnes libérées figuraient Maria Kalesnikava et le prix Nobel de la paix Ales Bialiatski, puis encore 250 détenus ont été relâchés la semaine dernière. Cette visite à Pyongyang montre donc qu’en parallèle de cette timide ouverture vers les Etats-Unis, Loukachenko continue aussi d’afficher sa proximité avec les alliés les plus fidèles de Vladimir Poutine.

Un journal de Giona Melotto et Nicolas Le Guily