Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Municipales en France : un premier tour aux airs de test national
- Iran : Trump prépare une guerre longue sous tension pétrolière
- Ukraine : Bart De Wever relance le débat européen sur une négociation avec Moscou
On ouvre ce journal en France, où le premier tour des élections municipales a déjà rebattu les cartes politiques avant la présidentielle de 2027.
Oui, près de 48,7 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dimanche 15 mars dans quelque 35 000 communes. Sur le papier, il s’agit d’un scrutin local, destiné à élire des conseils municipaux puis des maires. Mais dans les faits, ce premier tour est déjà observé comme un test politique majeur avant 2027.
Premier enseignement : la participation, plus élevée qu’en 2020, reste faible, avec 42 % d’abstention, un niveau qui confirme la difficulté des partis à remobiliser durablement l’électorat.
Oui, et deuxième leçon : le Rassemblement national et La France insoumise confirment leur capacité à peser dans plusieurs grandes villes, tandis que le camp présidentiel apparaît souvent en retrait.
Quels sont les principaux résultats à retenir ?
À Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire arrive en tête devant Rachida Dati, dans une configuration encore ouverte pour le second tour. À Marseille, le maire sortant Benoît Payan est au coude-à-coude avec le candidat du RN Franck Allisio, ce qui fait de la deuxième ville du pays l’un des grands points chauds de l’entre-deux-tours. À Toulon, le RN est aussi en position de force, même si le jeu des alliances peut encore lui barrer la route. À Perpignan, en revanche, Louis Aliot, du Rassemblement national, a été reconduit dès le premier tour. Et au Havre, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et président du parti de centre-droit Horizons, arrive en tête, un résultat très observé pour celui qui reste l’un des noms les plus cités dans la perspective de la présidentielle de 2027.
Pourquoi ce scrutin dépasse-t-il les seuls enjeux municipaux ?
Parce qu’il donne déjà un aperçu des rapports de force nationaux. À droite, la progression du RN accentue la pression sur la droite classique et sur les macronistes. À gauche, les bons scores de LFI compliquent encore l’équation pour les socialistes et des écologistes, qui devront parfois choisir entre union électorale ou maintien d’une ligne politique plus modérée. Surtout, le second tour du 22 mars devrait se jouer moins sur les écarts du premier que sur les retraits, les fusions de listes et les alliances de circonstance. En clair, ces municipales ne disent pas encore qui a gagné la bataille politique nationale, mais elles montrent déjà quels partis peuvent espérer transformer leur dynamique en victoire, et lesquels restent dépendants d’accords locaux pour continuer d’exister.
On continue ce journal en évoquant l’Iran, où Donald Trump affirme que les frappes américaines pourraient encore durer plusieurs semaines, alors même que la guerre commence à provoquer un choc énergétique mondial.
Oui, le président américain assume désormais une logique d’escalade. Selon Reuters, Donald Trump estime que les opérations contre l’Iran pourraient se poursuivre encore quelque temps, et il dit travailler à la formation d’une coalition navale pour sécuriser le détroit d’Ormuz et permettre à des pétroliers bloqués de reprendre la mer. L’enjeu est majeur, car ce passage stratégique concentre environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole. Or sa fermeture de fait, combinée aux attaques contre des installations énergétiques dans la région, a déjà fait bondir les prix du brut à des niveaux inédits depuis 2022.
Dans quel contexte intervient cette déclaration ?
Elle montre que Washington ne croit pas, à ce stade, à une désescalade rapide. Le conflit est entré dans sa troisième semaine, et l’administration américaine cherche désormais à gérer ses conséquences économiques autant que militaires. L’objectif affiché n’est plus seulement de frapper l’Iran et ses capacités régionales, mais aussi d’éviter un effondrement durable des approvisionnements mondiaux.
C’est dans ce cadre que l’Agence internationale de l’énergie a annoncé la mise sur le marché de plus de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques, pour tenter de calmer les marchés.
Mais cette réponse d’urgence ne règle pas le problème central : tant que le détroit d’Ormuz reste perturbé, la tension sur les prix de l’énergie restera forte.
Et pourquoi cette stratégie pose-t-elle déjà question ?
Parce que les alliés de Washington ne suivent pas tous au même rythme. Donald Trump appelle plusieurs pays dépendants du pétrole du Golfe à participer à cette coalition navale, mais les réponses restent prudentes. Pour l’instant, il n’y a pas de réponse européenne claire et coordonnée. La France et le Royaume-Uni échangent sur d’éventuelles options, tandis que l’Allemagne reste réticente, ce qui montre surtout une réaction prudente plutôt qu’un engagement militaire déjà acté.
Terminons ce journal en Belgique, où une récente déclaration du Premier ministre Bart De Wever relance le débat européen sur la guerre en Ukraine.
Oui, dans un entretien publié dimanche 15 mars dans L’Echo, Bart De Wever affirme que l’Europe doit envisager un accord avec la Russie pour mettre fin au conflit. Selon lui, sans soutien total des États-Unis, l’Union européenne n’a ni les moyens militaires d’imposer un rapport de force à Moscou, ni la capacité d’affaiblir durablement l’économie russe. Il défend donc une ligne double : continuer à renforcer la défense européenne, tout en rouvrant un canal politique avec Moscou. Il ajoute qu’un règlement négocié permettrait aussi, à terme, de retrouver une énergie moins chère.
Dans quel contexte intervient cette déclaration ?
Elle s’inscrit dans un débat de plus en plus vif entre Européens. Certains dirigeants plaident pour maintenir une ligne dure face à Moscou, tandis que d’autres jugent qu’une négociation finira par s’imposer. Plusieurs capitales craignent cependant qu’un dialogue rouvert trop tôt ne fragilise Kiev et ne profite à la Russie.
Et pourquoi cette sortie fait-elle réagir ?
Parce qu’elle touche à deux sujets sensibles : le soutien à l’Ukraine et les prix de l’énergie. Avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, les propos de Bart De Wever trouvent un écho particulier, mais ils risquent aussi d’accentuer les divisions européennes sur la stratégie à suivre face à Moscou.
Un journal de Thomas Kox et Giona Melotto.