Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Ukraine : face à l’escalade russe, la coordination européenne se met en place
- Géorgie : l’opposition pro-européenne face au virage autoritaire du pouvoir
- Hongrie : Péter Magyar rompt avec la ligne Orbán sur la CPI
On ouvre ce journal en évoquant les nouveaux appels lancés par Kyiv à ses alliés occidentaux, alors que la Russie intensifie ses frappes et que les négociations diplomatiques restent dans l’impasse.
C’est sans doute l’un des développements les plus marquants de ces dernières heures sur le front ukrainien. Volodymyr Zelensky a annoncé avoir adressé une lettre à Donald Trump ainsi qu’au Congrès américain pour réclamer une action “rapide et efficace” face à l’escalade russe. Le président ukrainien y alerte sur une pénurie croissante de systèmes de défense antiaérienne. Dans le même temps, Ursula von der Leyen s’est entretenue avec le président ukrainien et a réaffirmé le soutien européen à Kyiv, promettant une intégration renforcée de l’Ukraine aux dispositifs européens de défense aérienne et de lutte anti-drones. La présidente de la Commission a également dénoncé les frappes massives menées ces derniers jours par Moscou, estimant qu’elles traduisaient “la brutalité” et le “désespoir” du Kremlin face à l’enlisement militaire.
Et cette montée des tensions pousse plusieurs Européens à accélérer leur coordination stratégique.
Oui, et c’est une annonce importante : la Norvège a décidé de rejoindre l’initiative française de “dissuasion nucléaire avancée”, portée par Emmanuel Macron. Concrètement, ce projet, présenté en mars dernier, vise à associer des alliés européens volontaires à la protection offerte par la force nucléaire française, sans toutefois partager la décision ultime de son emploi, qui reste entre les mains de Paris. Les deux pays ont d'ailleurs officialisé un renforcement majeur de leur coopération militaire, notamment dans les domaines de la défense aérienne, du Grand Nord et de la sécurité stratégique. Emmanuel Macron a salué une “étape très importante” pour la sécurité européenne, dans un contexte où plusieurs capitales cherchent à réduire leur dépendance sécuritaire vis-à-vis des États-Unis.
Et c’est dans ce climat que les chefs des diplomaties des Vingt-Sept se réunissent ce mercredi à Chypre.
Exactement. Les ministres des Affaires étrangères se retrouvent pour une réunion informelle, à laquelle Kyiv presse l’Union de contribuer plus activement aux négociations de paix et au soutien militaire. La question d’un renforcement de la défense européenne sera au cœur des discussions, alors que plusieurs dirigeants européens plaident pour une coordination accrue face à la pression russe et aux incertitudes américaines.
On continue ce journal en Géorgie, où un important rassemblement pro-européen a eu lieu ce mardi 26 mai, en parallèle du 35e anniversaire de l’indépendance du pays.
Alors que le parti au pouvoir depuis 2012, le Rêve Géorgien, organisait un défilé réunissant responsables politiques et membres de l’armée, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans le centre de la capitale Tbilissi, puis devant le Parlement pour demander à ce que la Géorgie intègre l’Union européenne. Beaucoup ont défilé avec des pancartes “Nous sommes l’Europe”, mais aussi avec des portraits de l’ancien président Mikheïl Saakachvili, aujourd’hui emprisonné pour abus de pouvoir, mais symbole pour beaucoup d’un rapprochement avec l’Occident. La manifestation s’est donc déroulée sous forte présence policière.
Car pour l’instant, le processus d’adhésion de la Géorgie à l’UE est à l’arrêt.
Bruxelles a gelé le processus suite à la décision prise en 2024 par le premier ministre Irakli Kobakhidzé de suspendre les négociations jusqu’en 2028. Le pays doit également mener des réformes significatives pour remplir les nombreuses conditions nécessaires. Pourtant, l’adhésion à l’UE est inscrite dans la Constitution géorgienne et reste soutenue, selon plusieurs sondages, par plus de 80% de la population.
Au-delà de la question européenne, cette mobilisation visait à dénoncer le tournant autoritaire du gouvernement.
Depuis les élections législatives de 2024, dont le résultat est contesté par l’opposition, la société géorgienne est profondément divisée. Le rassemblement était en effet organisé par une alliance de partis d’opposition qui peinent encore à constituer un front uni contre le parti au pouvoir. Ils l’accusent de faire reculer la démocratie et de rapprocher le pays de Moscou. Des accusations que le gouvernement rejette. Pourtant, le parti, qui se réclamait initialement du centre-gauche, adopte depuis plusieurs années une ligne ouvertement pro-russe et ne cesse de multiplier les mesures contre l’opposition, l’État de droit et les libertés fondamentales.
On conclut ce journal en Hongrie, où le Parlement a finalement enterré le projet de retrait de la Cour pénale internationale (CPI) souhaité par l’ex-premier ministre Viktor Orbán.
Ce mercredi, 133 des 197 députés hongrois ont voté contre ce texte qui prévoyait une sortie du statut de Rome, le traité fondateur de la CPI. Le texte, qui devait devenir effectif le 2 juin, avait été présenté par Viktor Orbán en avril 2025, accusant l’institution d’être devenue trop “politique”. Une manière de soutenir son allié israélien Benyamin Nétanyahou, visé par un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans la bande de Gaza. Mais lundi, le nouveau premier ministre pro-européen Péter Magyar a présenté un projet de loi contraire et l’a fait adopter au Parlement via une procédure accélérée. La loi doit désormais être promulguée par le président Tamas Sulyok, allié de Viktor Orbán.
La CPI a salué une "décision importante".
Car la Cour est soutenue par 125 États membres et a pour mission de poursuivre les responsables des crimes les plus graves au monde lorsque les États ne peuvent ou ne veulent pas le faire eux-mêmes. Mais elle fait face à un manque de reconnaissance et de moyens : la Chine, Israël, la Russie et les États-Unis ne reconnaissent pas sa compétence, tandis que le Burundi et les Philippines s’en sont retirés.
Cette décision marque surtout une rupture claire entre Viktor Orbán et Péter Magyar.
Le nouveau premier ministre affirme vouloir rapprocher la Hongrie des institutions européennes et du droit international, à rebours de la ligne que défendait son prédécesseur. Viktor Orbán avait notamment accueilli Benyamin Nétanyahou à Budapest, malgré le mandat émis contre lui, alors que les États membres de la CPI sont censés arrêter toute personne visée par un mandat lorsqu’elle entre sur leur territoire.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.