Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 1er avril 2026

Giorgia Meloni et Donald Trump, Avril 2025. Source : Governement italian, CC BY-SA 3.0 IT, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 1er avril 2026
Giorgia Meloni et Donald Trump, Avril 2025. Source : Governement italian, CC BY-SA 3.0 IT, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme:

  • Guerre en Iran : tensions entre les États-Unis et leurs alliés européens
  • Allemagne : un plan de retour des réfugiés syriens qui divise
  • État de droit : un recul préoccupant en Europe

On ouvre ce journal en Italie, qui a refusé aux États-Unis l’accès à une base militaire stratégique en Sicile, selon plusieurs enquêtes.

Oui, l’information, d’abord rapportée par le quotidien italien Corriere della Sera, a été confirmée aujourd’hui par Reuters. Selon ces sources, les autorités italiennes auraient découvert que le plan de vol de bombardiers américains, en route pour le Moyen-Orient, prévoyait un arrêt sans autorisation préalable sur la base aérienne de Sigonella, alors même que ces avions étaient déjà en vol. Suite au refus italien, le gouvernement s’est empressé de publier un communiqué se voulant rassurant, déclarant que “les relations avec les États-Unis sont fondées sur une coopération pleine et entière”.

Mais si les relations jusque-là excellentes entre Rome et Washington venaient à se dégrader, c'est une relation des plus solides que le président Donald Trump pourrait perdre.

Tout à fait, l’Italie de Giorgia Meloni est l’un des rares pays européens à poursuivre une coopération sur la plupart des sujets avec les Etats-Unis. D’un point de vue économique, alors que les exportations de ses voisins vers Washington ont chuté pour la plupart, l’Italie a quant à elle réalisé une augmentation de 7,6% sur la même période, malgré l’annonce des nouveaux tarifs douaniers. La nouvelle de ce refus d’accès à une base militaire surprend donc alors que Giorgia Meloni s’est toujours targuée de ses excellentes relations avec l’administration Trump.

En outre, ce refus d’accès n’est pas un cas isolé en Europe. L’Espagne se montre depuis le début particulièrement critique face aux opérations américano-israéliennes en Iran.

Oui, ce lundi le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a annoncé la fermeture de l'espace aérien national à tous les avions américains “liés au conflit iranien ou destinés à cette zone”. Le gouvernement de Pedro Sanchez a déclaré vouloir empêcher toute action qui “puisse permettre une escalade de la guerre”, tout en rassurant à son tour sur l’état des relations avec Washington : "il n'y a aucune indication d'une rupture des relations diplomatiques [avec les États-Unis]".

Et face à ces relations de plus en plus difficiles avec l’Union européenne, le président Donald Trump n’a pas caché sa colère.

Oui, depuis quelques jours, le président américain multiplie les attaques vis-à-vis des pays alliés de l’OTAN, qu’il accuse de ne “rien faire” vis-à-vis de la situation en Iran. Le président américain a commencé par fustiger le Royaume-Uni il y a quelques jours, en qualifiant les porte-avions britanniques de simples “jouets”, avant de s’en prendre à la France, qu’il a accusée d’interdire le survol de tous les avions américains “à destination d’Israël chargés d’équipement militaire”, information que l’Elysée dément. Hier matin, Donald Trump s’est cette fois attaqué plus largement à l’Europe, en lançant aux pays qui risqueraient de manquer d’énergie d’ “aller chercher leur propre pétrole” dans le détroit d’Ormuz.

On continue ce journal à Berlin, où le chancelier conservateur Friedrich Merz s’est entretenu ce lundi avec le président par intérim syrien Ahmed al-Charaa, onze ans après la crise migratoire ayant provoqué l’arrivée d’un million de Syriens fuyant la guerre civile en Allemagne. L'objectif affiché est notamment de travailler ensemble au rapatriement de ces réfugiés vers la Syrie.

En effet, aujourd’hui, près d’un demi-million de ressortissants syriens vivent encore Outre-Rhin. Mais sous la pression du parti d’extrême-droite AFD et de son discours anti-migrants, le gouvernement allemand envisage de soutenir techniquement les autorités syriennes, avec l’ambition de renvoyer dans leur patrie 80% de ces réfugiés. Selon Ahmed al-Charaa, les deux pays veulent établir  “un modèle circulaire de migration”, permettant aux Syriens de contribuer à la reconstruction sans renoncer, pour ceux qui le souhaitent, à la stabilité construite en Allemagne.

Mais au-delà de la question migratoire, les discussions ont aussi ouvert la voie à un rapprochement économique. 

L’Allemagne prévoit en effet de développer ses relations économiques avec la Syrie, mais aussi de financer, à hauteur de 200 millions d’euros des projets d’approvisionnement en eau ou la reconstruction d’hôpitaux dans ce pays ravagé par de longues années de guerre civile. Toutefois, Merz a posé ses conditions : le financement de projets dans ce domaine sera lié au retour des réfugiés ainsi qu’au respect de l’État de droit et des minorités.

Et cette rencontre a suscité beaucoup de critiques, notamment car ce rapatriement massif souhaité par le chancelier inquiète : il pourrait déstabiliser toute la Syrie. 

De nombreux territoires détruits pendant la guerre étaient majoritairement peuplés par une population sunnite, dont le retour pourrait se concentrer dans les régions les plus stables et les moins dévastées. Or, les minorités y sont aussi bien implantées, et un tel retour risquerait de raviver des tensions. D’autant que le nouveau régime d’Ahmed al-Charaa, s’il affirme vouloir protéger les minorités, continue d’être accusé par des ONG et observateurs de trop fermer les yeux sur des violences visant des civils, en particulier au sein des communautés alaouite et chrétienne. Plusieurs manifestations ont ainsi été organisées à Berlin contre cette visite pour critiquer le rapprochement entre les dirigeants allemand et syrien, ainsi que le passé djihadiste du président Ahmed al-Charaa. 

On clôture ce journal en évoquant le rapport 2026 publié lundi par l’ONG européenne Civil Liberties Union for Europe, qui pointe du doigt cinq gouvernements de l’UE qui saperaient “systématiquement et intentionnellement” l’État de droit : la Bulgarie, la Croatie, la Hongrie, l’Italie et la Slovaquie.

Oui, l’organisation alerte sur les politiques régressives menées par ces États et qui affaiblissent l’État de droit dans tous les domaines : la justice, avec un discours de plus en plus critique à l’égard de l’indépendance judiciaire, la liberté de la presse, marquée par la hausse des attaques contre les journalistes, mais aussi la lutte contre la corruption et la capacité des ONG indépendantes et de la société civile à s’organiser. 

Autre constat : les mécanismes de l'UE censés protéger l'État de droit apparaissent largement inefficaces.

D’une part, les recommandations de la Commission sont souvent des redites des années précédentes et, en l’absence de suivi significatif, la plupart des États membres ne les traduisent pas en actions concrètes. Le rapport met ainsi en évidence non seulement un recul, mais aussi des efforts continus et délibérés pour saper l’État de droit. Plus largement, les institutions européennes peinent à défendre les droits fondamentaux, ce qui pourrait porter atteinte, selon l’association Liberties, à “la crédibilité de l’UE et de ses propres rapports sur l’État de droit”. 

Un journal de Salomé Moinet et Mathilde Boht.