Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 3 février 2026

Uniforme De Camouflage Des Forces Armées Allemandes Avec écusson De Drapeau. Source : Adrian Schmidt sur Pexels Aujourd'hui en Europe - 3 février 2026
Uniforme De Camouflage Des Forces Armées Allemandes Avec écusson De Drapeau. Source : Adrian Schmidt sur Pexels

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Brigade allemande en Lituanie : Berlin muscle durablement le flanc Est de l’OTAN
  • Minerais critiques : Washington réunit alliés et UE pour une alliance “hors Chine”
  • Draghi alerte : sans “vraie fédération”, l’Europe risque le déclin industriel

On ouvre ce journal à Vilnius, sur le flanc Est de l’OTAN : l’Allemagne franchit un cap militaire inédit en installant durablement une brigade de la Bundeswehr en Lituanie, tout près de la Russie et de l’enclave de Kaliningrad. Que vient exactement de décider Berlin ?

Berlin met en place la 45e brigade blindée « Lituanie » une unité créée pour renforcer la dissuasion et la défense collective dans les pays baltes. Cette brigade a été activée officiellement en mai 2025 et elle monte en puissance par étapes : des bataillons de combat viennent d’être rattachés à son commandement, même si une partie des forces reste, pour l’instant stationnée en Allemagne le temps que les infrastructures d’accueil soient prêtes côté lituanien.

Quelle montée en puissance est prévue ?

L’objectif affiché est d’atteindre une brigade complète d’ici fin 2027 autour de 5 000 personnels Le format final évoqué dans les documents de référence tourne autour de 4 800 soldats, accompagnés de personnels civils avec un volume important d’équipements et de véhicules.

Sur le terrain, qu’est-ce qui change dès maintenant ?

Dès ce mois de février, une étape symbolique et opérationnelle doit être franchie : le groupement tactique multinational de l’OTAN déployé en Lituanie, basé notamment à Rukla, doit passer sous le commandement de la 45e brigade. Selon les chiffres avancés par le ministre allemand de la Défense, cela porterait le volume de personnels de la brigade présents ou engagés depuis la Lituanie autour de 1 800.

Pourquoi cette accélération ?

Pour Vilnius, la menace russe n’est plus théorique depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine : l’enjeu est de disposer de forces lourdes, crédibles et durables, et pas seulement de rotations temporaires. Pour Berlin, c’est aussi un message politique : la « Zeitenwende » — ce “tournant historique” annoncé par l’Allemagne après le début de la guerre en Ukraine, qui vise à renforcer durablement son effort de défense — doit se voir dans les effectifs, l’entraînement et la posture. Le dispositif est d’ailleurs présenté comme le premier déploiement permanent de troupes allemandes à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale. Au-delà du symbole, l’objectif est de “tenir le terrain” en continu : avoir sur place une chaîne de commandement, des stocks et des unités déjà intégrées, afin de réduire au maximum le temps de réaction en cas de crise.

Le défi, désormais, c’est la logistique.

Caserne, dépôts, maintenance, zones d’exercice, mais aussi logements et services pour les familles : la Lituanie construit et adapte ses capacités d’accueil, notamment autour de Rudninkai. La crédibilité du projet se jouera aussi là : tenir le calendrier, pour que la dissuasion annoncée se décline au réel.

On poursuit ce journal à Washington : les États-Unis, le Royaume-Uni, l’UE, l’Australie et plusieurs autres partenaires doivent se retrouver mercredi 4 février pour lancer des discussions en vue de lancer une alliance des minerais critiques — ces métaux et terres rares indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs, aux éoliennes… mais aussi à l’industrie de défense. Quel est l’objectif de cette réunion ?

Construire une stratégie commune pour sécuriser des chaînes d’approvisionnement “hors Chine” : accélérer l’ouverture de mines et d’usines de raffinage, mieux coordonner les financements, et éviter que Pékin ne puisse peser sur les prix ou sur les volumes via des restrictions d’exportation. La réunion doit rassembler une vingtaine de pays, dont les membres du G7, ainsi que l’Inde, la Corée du Sud ou le Mexique.

Pourquoi maintenant ?

Le sujet est devenu un marqueur de puissance. Début janvier, les ministres des Finances du G7 et plusieurs pays invités ont déjà débattu à Washington de mesures concrètes — dont des mécanismes de soutien aux prix — pour réduire la dépendance aux minerais raffinés en Chine.

Qu’est-ce qui risque de coincer dans les discussions ?

Le point le plus sensible, c’est comment soutenir le “non-Chine”. Certains plaident pour des garanties de prix afin de sécuriser l’investissement privé ; mais l’administration américaine semble hésiter sur l’outil, entre soutien ciblé et dispositifs plus larges.

Et concrètement, qu’est-ce qui pourrait sortir de ce sommet ?

Un cadre d’action : projets prioritaires, principes communs - traçabilité, standards environnementaux-  et éventuellement des instruments de “filet de sécurité” comme des réserves stratégiques. D’ailleurs, Washington pousse aussi ses propres options, avec un projet de stockpile de minerais critiques annoncé ces derniers jours.

On termine ce journal à Louvain, en Belgique, où Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, vient de hausser le ton : pour éviter la désindustrialisation et le déclin, l’Union européenne doit, selon lui, devenir une « véritable fédération ».

Il s’exprimait ce lundi à l’université KU Leuven, lors d’un doctorat honoris causa. Son diagnostic : l’« ordre mondial » d’hier est « désormais caduc », et le vide qui le remplace fragilise l’Europe.

 À cause de qui ?

D’un côté, les États-Unis : tarifs, pressions, menaces sur des intérêts territoriaux européens. De l’autre, la Chine, qui contrôle des nœuds clés des chaînes d’approvisionnement et peut retenir des intrants critiques ou inonder les marchés.

 Et la sortie de crise ?

Draghi plaide pour un « fédéralisme pragmatique » : avancer par coalitions volontaires là où l’Europe reste trop intergouvernementale — défense, politique industrielle, affaires étrangères — et sortir de la logique du veto. « Là où nous avons fédéré », dit-il, comme le marché unique ou la politique commerciale, l’Europe négocie d’une seule voix ; ailleurs, elle reste un ensemble d’États « qu’on peut diviser ». En clair : soit l’Union devient une puissance qui défend ses intérêts, soit elle restera un grand marché soumis aux priorités des autres.

Un journal de Lucas Savino et Giona Melotto.