Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Russie : Un 9 mai très discret pour Poutine
- Hongrie : Péter Magyar promet une rupture démocratique avec l’ère Orbán
- Au Royaume-Uni, Keir Starmer fragilisé par la déroute travailliste aux élections locales
On ouvre ce journal à Moscou. Une grande fébrilité semble s’être emparée du pays où la modestie inédite du traditionnel défilé du 9 mai a résonné comme un démenti à tous les discours martiaux et victorieux du président Poutine, apparemment plus isolé et paranoïaque que jamais.
Ce samedi, les commémorations de la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie se sont déroulées dans un format particulièrement réduit. Le Kremlin redoutait des attaques de drones ukrainiens, après plusieurs semaines de frappes répétées sur le territoire russe. Finalement, aucune attaque majeure n’a été signalée pendant les célébrations. Mais le défilé militaire particulièrement court aura sans nul doute donné une image de faiblesse du Kremlin, à l’inverse de l’effet recherché. Les invités étrangers étaient eux aussi peu nombreux, avec seulement quelques dirigeants présents, notamment le biélorusse Alexandre Loukachenko, le kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ou encore le président ouzbek Chavkat Mirzioïev.
Un défilé particulièrement modeste, donc, qui s’est tenu dans un contexte d’une fragile trêve avec Kyiv.
Le cessez-le-feu temporaire annoncé vendredi soir par Donald Trump n’a pas cependant totalement fait taire les armes. Kyiv et Moscou s’accusent mutuellement de multiples violations. Selon l’état-major ukrainien, la Russie a mené des milliers de frappes de drones et de bombardements d’artillerie contre plusieurs localités proches de la ligne de front. Au moins deux personnes ont été tuées, sept autres blessées, dont un enfant, et plusieurs infrastructures ont été endommagées. La Russie, de son côté, accuse les forces ukrainiennes de frappes d’artillerie, de chars, de drones et d’attaques d’infanterie.
Après 4 ans de guerre les signes de fébrilité se multiplient côté russe.
Oui la guerre s’éternise, l’économie russe fait face à une pression inédite, les revers militaires sont de plus en plus évidents, et les blocages d’internet se sont intensifiés ces dernières semaines. Dans ce contexte, les sondages révèlent aussi une baisse de la popularité de Vladimir Poutine, entre 60 et 70%. Une part croissante de Russes disent ne plus approuver l’action du président et ne plus lui faire confiance. Des chiffres à prendre avec prudence, dans un pays où toute voix critique est réprimée et où les sondages sont réalisés par téléphone. Face à cela, le président russe semble fébrile, décrit par les médias comme en proie à une paranoïa après des rumeurs de coup d'État au sein de ses rangs. Une situation qui inquiète le Kremlin, à 5 mois des élections législatives.
Comme chaque année depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin a pourtant tenté de reprendre la main, en tentant de diffuser un récit qui semble ne plus convaincre même les soutiens les plus fervents du Kremlin.
Au cours du défilé Vladimir a tenté de faire passer un message déjà largement répété : Selon lui aujourd’hui, comme en 1941-1945, Moscou mène une guerre au nom d’une “cause juste”, contre une Ukraine présentée comme “fasciste” et à “dénazifier”. Selon Vladimir Poutine, la Russie ferait face, je cite, à une force hostile, armée et soutenue par l’ensemble du bloc de l’OTAN. Un soutien occidental qu’il accuse de prolonger le conflit. L’occasion, aussi, de répéter la même promesse depuis le début de la guerre : la victoire sera russe. Une promesse qui semble de plus illusoire alors que les armées russes ont perdu du terrain en Ukraine en avril dernier.
On continue ce journal en Hongrie, où a eu lieu samedi l’investiture officielle de Péter Magyar.
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Budapest pour assister à cette cérémonie marquant officiellement la fin des 16 années passées sous le mandat de Viktor Orban. Tout au long du week-end, la capitale a été le théâtre de nombreuses festivités. Dans son discours, le nouveau Premier ministre conservateur a promis une rupture politique forte avec son prédécesseur, en assurant vouloir, je cite, “servir la Hongrie, non régner sur elle”.
Que retenir de son discours d’investiture ?
Péter Magyar a surtout voulu incarner un changement, à la fois politique et institutionnel. Samedi, il a inauguré son mandat par ces mots : “Bienvenue dans la Hongrie libre et démocratique.” Il a ensuite promis de rendre les institutions hongroises plus ouvertes, en particulier le Parlement, qu’il a présenté comme un lieu à restituer aux citoyens. Je cite : “Ce bâtiment a été un symbole d’oppression [...] et maintenant, il est à vous.”
La nouvelle présidente de l’Assemblée nationale hongroise, Agnes Forsthoffer, a quant à elle centré sa première prise de parole sur l’Europe.
Symboliquement, sa première mesure a été annoncée lors de l’investiture : celle du retour du drapeau européen sur la façade du Parlement hongrois, après plus de douze ans d’absence. Pour Agnes Forsthoffer, il doit s’agir du premier pas symbolique du réchauffement des relations entre Budapest et Bruxelles.
On clôture ce journal au Royaume-Uni, où le Premier ministre Keir Starmer est désormais dans une situation des plus précaires quelques jours après les résultats catastrophiques des élections locales organisées jeudi 7 mai.
Ce scrutin, qui permettait de renouveler une partie des conseils locaux en Angleterre, a mis en évidence la perte de popularité grandissante du Premier ministre. Le Parti travailliste a subi de lourdes pertes, tandis que la percée de Reform UK, la formation de droite populiste menée par Nigel Farage, inquiète particulièrement le 10 Downing Street. À l’annonce des résultats, Keir Starmer a affirmé assumer la responsabilité de cette défaite, tout en excluant de partir, afin de ne pas, je cite, “plonger le pays dans le chaos”.
Face à cette déroute, Keir Starmer entend désormais centrer ses efforts sur l’amélioration des relations entre Londres et Bruxelles.
Dans une tentative de relance politique, le Premier ministre britannique place en effet le rapprochement avec l’Europe au cœur de sa stratégie. Il promet de renforcer les liens économiques et sécuritaires entre Londres et l’Union européenne, six ans après la sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE. Du côté de Bruxelles, les réactions officielles restent pour l’instant prudentes, mais les premières analyses évoquent déjà un nouveau levier de négociation pour l’Union européenne face à Londres.
Un journal de Nicolas Le Guily et Giona Melotto