Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 13 mars 2026

Des experts de l’AIEA - l’Agence internationale de l’énergie atomique - à la centrale de Fukushima Daiichi, le 17 avril 2013. Source : IAEA Imagebank, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 13 mars 2026
Des experts de l’AIEA - l’Agence internationale de l’énergie atomique - à la centrale de Fukushima Daiichi, le 17 avril 2013. Source : IAEA Imagebank, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme: 

  • Quinze ans après Fukushima : l’Europe face au nucléaire 
  • L’oléoduc Droujba au cœur des tensions entre Budapest et Kyiv
  • Von der Leyen nuance la “fin de l’ancien ordre mondial”

On commence ce journal au Japon qui commémore cette semaine la catastrophe de Fukushima survenu le 11 mars 2011, une catastrophe qui a eu des conséquences qui résonnent encore jusqu’ici.

Oui, il y a 15 ans un séisme a provoqué un puissant tsunami sur les côtes japonaises. Le nord-est de l’archipel est alors particulièrement touché : plus de 20 000 personnes perdent la vie et près d’un demi-million d’habitants sont contraints de quitter leur domicile. Cet accident a entraîné une catastrophe nucléaire majeure en submergeant la centrale nucléaire de Fukushima-Daichi située sur la côte du Pacifique provoquant notamment le rejet de particule radioactive. 

Depuis l’accident les Japonais avaient jusque-là toujours soutenu le choix des autorités de sortir progressivement du nucléaire mais depuis quelques mois l’opinion publique semble se retourner.

Oui, malgré le traumatisme, une majorité de Japonais prône désormais la relance de l'énergie nucléaire, principalement en raison de l’inflation. Le Japon dépend aussi très fortement des importations du Moyen-Orient pour son pétrole et son gaz naturel. Pourtant relancer le nucléaire semble un pari controversé sur le plan environnemental car pour le moment, aucune solution durable de recyclage ou de stockage des déchets nucléaires n'a encore été trouvée. Le gouvernement japonais réfléchit à utiliser une île déserte de l'océan Pacifique afin d’y enfouir les déchets nucléaires, à environ 2.000 kilomètres de Tokyo.

Le débat sur l’énergie nucléaire est également très présent en Europe. Avec les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, les craintes de pénuries de gaz et de pétrole relancent la question de l’indépendance énergétique.

Oui, Ursula von der Leyen a estimé lors d'un sommet organisé mardi à Paris que l'abandon progressif de l'énergie atomique avait été une "erreur stratégique". Mais le nucléaire reste un sujet très clivant au sein de l’Union européenne. Bruxelles a présenté sa stratégie pour accélérer le déploiement des petits réacteurs modulaires, avec l’objectif de voir les premiers projets européens aboutir au début des années 2030. La Commission a aussi actualisé son programme indicatif nucléaire, dans lequel elle estime à environ 241 milliards d’euros les investissements nécessaires d’ici à 2050 pour prolonger les réacteurs existants et construire de nouvelles capacités.L’exécutif européen ne se contente plus de tolérer le nucléaire : il commence à l’intégrer de nouveau comme un levier industriel, climatique et stratégique. 

Mais ce retour ne signifie pas qu’un consensus existe.Le nucléaire reste un sujet profondément clivant au sein de l’Union. 

Oui l’Allemagne, marquée durablement par Fukushima, a fermé ses trois dernières centrales en avril 2023 et continue de défendre une ligne fondée sur les renouvelables. À l’inverse, la France, première productrice nucléaire d’Europe, pousse ouvertement pour une relance du secteur. Emmanuel Macron s’appuie désormais sur une Alliance du nucléaire qui réunit 14 États membres favorables au développement de cette énergie, parmi lesquels la Belgique, la Finlande, la Suède, les Pays-Bas ou encore la Pologne. 

On poursuit ce journal en Ukraine où une mission lancée par la Hongrie cherche à vérifier l’état de l'oléoduc Droujba. Cette initiative intervient alors que les relations entre Budapest et Kyiv sont extrêmement tendues depuis la mise à l’arrêt de l’infrastructure. 

L’oléoduc, qui  alimente en pétrole russe vers l’Europe centrale, est hors d’usage après une attaque présumée de drones russes fin janvier, mettant temporairement fin aux livraisons de Moscou. Les gouvernements hongrois et slovaques affirment toutefois que l’oléoduc a été réparé et que l’Ukraine refuse désormais de reprendre l’approvisionnement pour des raisons politiques. Face à ces accusations, la Commission européenne a exhorté Kyiv à autoriser une mission d’inspection afin d’évaluer les dommages subis par l’infrastructure.

La situation a aussi des conséquences politiques au niveau européen. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán bloque actuellement un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, estimant que Kiev ne fait pas le nécessaire pour rétablir le fonctionnement de l’oléoduc transportant le pétrole russe vers l’Europe centrale.

Ce désaccord complique les discussions au sein de l’Union européenne. L’aide financière est jugée essentielle pour soutenir l’État ukrainien en pleine guerre, mais la Hongrie maintient pour l’instant son veto. Budapest et Bratislava réclament depuis plusieurs semaines l’envoi d’une mission d’enquête sur le terrain. Les deux pays affirment disposer d’informations selon lesquelles l’oléoduc serait techniquement opérationnel et que le transit serait bloqué pour des raisons politiques.

Kyiv n'a pas encore répondu à la demande officielle de la Commission, émise jeudi.

Bruxelles insiste sur le fait que l'approbation de Kyiv est indispensable avant de pouvoir déterminer la portée et l'objectif de la mission. La situation est inédite pour la Commission, qui n'a jamais effectué d'inspection de ce type.

Ce dossier prend aussi une dimension politique en Hongrie où le Premier ministre a fait de la confrontation personnelle avec Volodymyr Zelensky un élément central de sa campagne de réélection.

À l’approche des élections législatives d’avril, Viktor Orbán a fait de la sécurité énergétique un thème central de sa campagne. Le Premier ministre hongrois accuse le président ukrainien Volodymyr Zelensky d’exploiter la situation autour de l’oléoduc pour affaiblir son gouvernement.

On termine ce journal à Bruxelles où la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a tenu à nuancer ses propos récents sur la « fin de l’ancien ordre mondial ».

Lors d’une intervention cette semaine, elle a expliqué que l’Europe entrait dans une nouvelle période d’instabilité internationale, marquée notamment par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. 

La dirigeante européenne a également tenu à rappeler que l’Union européenne restait attachée aux principes qui ont structuré l’ordre international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

Elle a ainsi réaffirmé le « soutien inébranlable » de l’Union européenne au droit international et au multilatéralisme. Pour Bruxelles, il s’agit de rappeler que malgré les tensions géopolitiques actuelles, l’Union européenne entend continuer à défendre les règles internationales et la coopération entre États.

Mais cette volonté affichée de défendre l’ordre international contraste aussi avec la réalité du rapport de force. 

Sur les grands dossiers de sécurité mondiale, qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Moyen-Orient ou encore des tensions entre grandes puissances, l’Union européenne peine encore à s’imposer comme acteur décisif. Malgré son poids économique et diplomatique, elle apparait souvent en soutien ou en réaction, plus qu’en véritable puissance capable d’imposer seule son agenda. 

Un journal de Mathilde Boht et Giona Melotto.