Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Giona Melotto, Paul Thorineau et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Iran : une contestation sous haute tension et la répression s’intensifie
- Groenland : les États-Unis relancent la controverse sur le contrôle du territoire
- Venezuela : libération du coopérant italien Alberto Trentini
On entame ce journal par la situation en Iran, où la contestation contre le régime connaît ces jours-ci une nouvelle phase d’extrême violence.
Depuis plusieurs semaines, des milliers d’Iraniens descendent chaque soir dans les rues pour crier leur rejet de la République islamique. Ces manifestations, déclenchées le 28 décembre dernier dans un contexte de très profonde crise économique et d’une vie quotidienne devenue insoutenable, se sont rapidement transformées en dénonciations directes du guide Ali Khamenei et de tout le système théocratique au pouvoir depuis 1979.
Quel est le coût humain de cette nouvelle vague de répression ?
Difficile d’en donner le nombre exact dans le contexte d’une censure particulièrement forte imposée par le régime, qui, depuis jeudi 8 janvier, a presque totalement isolé le pays, selon plusieurs groupes de surveillance du réseau. Les chiffres avancés par des organisations de défense des droits humains reconnues font état de plus de 600 morts. Dans le même temps, des informations non vérifiées suggèrent que plus de 6 000 personnes pourraient avoir été tuées. En raison du black-out d’internet en place depuis le 8 janvier et des restrictions sévères à l’accès à l’information, il est extrêmement difficile de vérifier ces données de manière indépendante. Le nombre de personnes arrêtées lors des récentes manifestations est, lui, estimé à plus de 10 000.
Qu’en est il des réactions en Europe ?
Face aux images de la répression, la pression diplomatique et médiatique monte. Ce lundi 12 janvier, la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, s’est dite prête à proposer une série de nouvelles sanctions contre le régime iranien. La position de la cheffe de la diplomatie européenne fait écho à la déclaration commune publiée vendredi 9 par le chancelier allemand Friedrich Merz, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron, qui ont tous condamné fermement la répression à l’encontre des manifestants.
Une répression massive qui pourrait conduire à une possible intervention américaine.
Oui ces derniers jours, Donald Trump a, à plusieurs reprises, menacé de recourir à des actions militaires face au régime des Mollahs et a aussi annoncé des droits de douane secondaires de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, renforçant la pression économique. Une réunion doit d’ailleurs se tenir ce mardi 13 à la Maison-Blanche afin d’examiner les différentes options. De son côté, l’Iran a menacé de répondre à d'éventuelles agressions par des attaques contre les bases américaines au Moyen-Orient, ainsi que contre Israël — autre ennemi déclaré de Téhéran — si l’administration Trump venait à frapper le pays. Toutefois, ce lundi 12, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’est déclaré disposé à engager, je cite, des « négociations justes, fondées sur l’égalité des droits et le respect mutuel ». Entre une possible nouvelle répression massive, un scénario de guerre régionale et l’hypothèse, encore fragile, d’une transition politique négociée, l’Iran se trouve à l’un des moments les plus incertains de son histoire récente, et les prochaines semaines voir les prochains jours s’annoncent décisifs.
Poursuivons ce journal avec le Groenland, au cœur d’une crise géopolitique majeure. Que se passe-t-il exactement ?
Depuis quelques semaines, les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, ont relancé l’idée que Washington devrait prendre le contrôle du Groenland, ce vaste territoire arctique autonome appartenant au royaume du Danemark. Trump justifie cette ambition par des raisons de sécurité nationale, notamment pour contrer une influence supposée de la Russie ou de la Chine dans l’Arctique.
Quelle a été la réaction groenlandaise ?
La réponse a été immédiate et ferme. Le gouvernement groenlandais a déclaré qu’il ne saurait en aucun cas accepter qu’un pays — y compris les États-Unis — prenne possession du Groenland. Il a insisté pour que la défense de l’île continue d’être assurée dans le cadre de l’OTAN, comme cela a toujours été le cas, et non par une prise de contrôle unilatérale. Les cinq partis politiques représentés au Parlement groenlandais ont même signé une déclaration conjointe affirmant : « Nous ne voulons pas être Américains, nous ne voulons pas être Danois, nous voulons être Groenlandais. » Cette affirmation traduit une volonté profonde de voir l’avenir de l’île décidé uniquement par ses habitants, sans pression extérieure.
Et les alliés européens ?
À Bruxelles et dans plusieurs capitales européennes, ces menaces américaines suscitent une vive réaction. Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a averti qu’une tentative d’annexion par les États-Unis pourrait signer la fin de l’OTAN, tant elle remettrait en cause l’essence même de l’alliance entre nations souveraines. Plusieurs dirigeants européens ont également souligné que toute attaque ou prise de territoire d’un membre de l’OTAN, comme le Groenland dépendant du Danemark, activerait les clauses de défense collective et aurait des conséquences graves pour la sécurité transatlantique.
Pourquoi une telle importance stratégique ?
Le Groenland n’est pas qu’un territoire recouvert de glace : il possède des ressources minières importantes, une position clé face aux nouvelles routes maritimes arctiques, et une place stratégique dans les systèmes de défense et de surveillance de l’Atlantique Nord. C’est pourquoi il suscite depuis des décennies l’intérêt des grandes puissances.
Terminons ce journal avec une bonne nouvelle : la libération du coopérant italien Alberto Trentini au Venezuela.
Oui, Alberto Trentini est un travailleur humanitaire italien arrêté au Venezuela à la mi-novembre 2024, sans mise en examen formelle ni procès. Il aura passé 423 jours en détention dans la prison d’El Rodeo I, près de Caracas, avant d’être finalement libéré dans la nuit du 11 au 12 janvier 2026.
Dans quel cadre a eu lieu sa libération ?
Sa libération s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération de remise en liberté de détenus décidée par les nouvelles autorités vénézuéliennes, après l’arrestation de Nicolás Maduro et le changement de pouvoir à Caracas. Ce geste marque une volonté affichée de « pacifier » le pays et de tourner la page de la diplomatie des otages, longtemps utilisée dans les relations entre le Venezuela, les États‑Unis et l’Europe.
Et où se trouve‑t‑il aujourd’hui ?
Alberto Trentini et l’autre Italien libéré, Mario Burlò, attendent de rentrer en Italie à bord d’un vol qui devrait les amener à l’aéroport de Rome Ciampino dans la matinée de ce mardi 13 janvier.
Un Journal de Thomas Kox et Giona Melotto.