Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Règles budgétaires européennes : le choix de l'assouplissement face au choc iranien
- Guerre en Ukraine : Kyiv en position de force sur le terrain
- Lituanie : le pays s’ouvre aux armes nucléaires américaines
On ouvre ce journal à Bruxelles, où la Commission européenne vient d'opérer un véritable revirement : elle a décidé d'assouplir ses règles budgétaires pour aider les États membres à encaisser le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Un revirement qui s'explique d'abord par la dégradation des perspectives économiques.
Oui la Commission, qui refusait jusqu'ici d'admettre que la crise justifiait de toucher à la discipline budgétaire, a finalement changé de position. Ses dernières prévisions de printemps sont sans appel : la croissance européenne devrait ralentir à 1,1 % cette année, contre 1,5 % en 2025, et tomber même à 0,9 % dans la zone euro. Dans le même temps, l'inflation devrait grimper à 3,1 % en 2026, un point de pourcentage de plus que prévu, sous l'effet de la flambée des prix de l'énergie. La confiance des consommateurs, elle, est au plus bas depuis plus de trois ans. Une situation qui ne devrait s'améliorer qu'en 2027, et seulement si les tensions sur les marchés de l'énergie retombent.
D'où la décision de desserrer les règles budgétaires.
Concrètement, les capitales pourront dépenser jusqu'à 0,3 % de leur PIB par an dans des investissements énergétiques sans que ces dépenses soient comptées dans le calcul de leur déficit. Autrement dit, elles pourront investir sans risquer de dépasser les limites européennes. La mesure s'appliquera jusqu'en 2028, avec un plafond cumulé de 0,6 % sur trois ans. Elle doit encore être validée par le Conseil de l'UE, mais son adoption ne fait guère de doute.
Une flexibilité qui reste toutefois strictement encadrée.
Car ces dépenses ne pourront financer que des investissements destinés à réduire la dépendance aux énergies fossiles : éoliennes, batteries, pompes à chaleur, voire nucléaire. Pas question de subventionner la consommation de gaz ou de pétrole, ce qui reviendrait à en encourager l'usage en pleine crainte de pénurie. Bruxelles privilégie donc l'investissement de long terme plutôt que les aides d'urgence généralisées. Le commissaire à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a insisté : les soutiens aux ménages et aux entreprises devront rester temporaires et ciblés.
Mais ce choix laisse un goût d'inachevé pour certaines capitales.
C'est le cas de l'Italie, dont la cheffe du gouvernement, Giorgia Meloni, avait fait pression sur Bruxelles ces dernières semaines pour obtenir cette souplesse face à la flambée des prix de l'énergie déclenchée par la guerre. Mais elle n'obtient qu'une victoire partielle : Rome réclamait de la marge pour financer des dépenses courantes, comme la baisse des taxes sur les carburants, et avait même demandé la suspension du Pacte de stabilité, l'ensemble des règles européennes qui encadrent les budgets nationaux, en limitant notamment le déficit à 3 % du PIB. La Commission a refusé, jugeant la requête excessive, et n'a accordé que ce volet « investissements ».
Reste une condition surprenante pour y accéder.
Pour débloquer ces fonds, un pays doit d'abord activer une clause spéciale, prévue à l'origine pour la défense, qui autorise des dépenses supplémentaires hors des limites habituelles. Une partie de cette marge militaire pourra ensuite être basculée vers l'énergie. Dix-sept des vingt-sept États l'ont déjà activée, mais pas l'Italie, qui devra désormais choisir si elle franchit le pas.
Et on poursuit ce journal en Russie, après que des drones ukrainiens ont touché de plein fouet Saint-Pétersbourg hier, en pleine ouverture d’un forum économique organisé par Moscou.
Oui, hier, des drones revendiqués par Kyiv ont bombardé un terminal pétrolier et une base navale à Saint-Pétersbourg, au moment même où s'ouvrait dans la ville ce grand rendez-vous économique de trois jours, que Moscou utilise chaque année pour tenter d’attirer les investisseurs étrangers. De quoi rendre ces frappes d'autant plus symboliques. Elles interviennent au lendemain d'une vague meurtrière de tirs de missiles et de drones russes à travers l'Ukraine, qui a fait 24 morts dans le pays. Pour Volodymyr Zelensky, ces bombardements sur Saint-Pétersbourg représentent une réponse « juste » à cette série d'attaques destructrices.
Mais les attaques ukrainiennes ne se sont pas seulement concentrées à Saint-Pétersbourg : hier, une frappe de drône sur un bus reliant Moscou à la Crimée annexée a fait sept morts et onze blessés.
C'est en tout cas le bilan communiqué par l'administration prorusse installée par Moscou dans la région de Donetsk, où a eu lieu l'attaque. Sur Telegram, le chef de cette administration, Denis Pouchiline, a annoncé que les sept personnes tuées étaient des civils.
Sur le terrain, la situation militaire reste donc extrêmement tendue entre les deux pays, avec une recrudescence des frappes observée des deux côtés ces dernières semaines.
Oui, mais du point de vue territorial, c’est l’Ukraine qui est en train de reprendre l’avantage sur les Russes. Au cours du mois de mai, Kyiv a repris 282 kilomètres carrés, réduisant, pour le deuxième mois d'affilée, la zone de son territoire contrôlée par le Kremlin, alors que Moscou gagnait du terrain depuis l’automne 2023.
Une dynamique saluée par Mark Rutte, le secrétaire général de l'OTAN, qui s'est rendu dans la capitale ukrainienne hier pour une visite surprise.
Mark Rutte est arrivé ce mercredi dans la capitale ukrainienne, au lendemain des frappes meurtrières russes contre plusieurs villes du pays. Au cours de cette visite à Kyiv, Mark Rutte a rencontré Volodymyr Zelensky. A l’issue de cette journée, il s’est adressé à la presse, et a affirmé “qu’à mesure que l’Ukraine tient bon [...] la Russie est de plus en plus désespérée.”
On clôture ce journal en Lituanie, où les autorités ont ouvert la porte à un possible stationnement d'armes nucléaires américaines sur leur territoire.
Le ministre lituanien de la Défense, Robertas Kaunas, a confirmé cette semaine que son pays participait à des discussions au sein de l'OTAN concernant un éventuel élargissement du dispositif nucléaire américain en Europe. Selon le Financial Times, Washington est en ce moment en train de négocier le déploiement d'ogives nucléaires et de bombardiers sur le flanc est de l'OTAN.
Mais cela nécessiterait avant tout une modification de la constitution lituanienne.
En effet, la constitution du pays interdit actuellement la présence d'armes de destruction massive sur son territoire. Sans confirmer un projet concret de déploiement, les autorités lituaniennes ont toutefois indiqué ne pas vouloir rester à l'écart de ces discussions, même si aucun accord à court terme n'est pour l'instant prévu.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.