Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Mathilde Boht, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Ukraine : fin des pourparlers à Abou Dhabi, échange de 314 prisonniers.
- Matières premières critiques et chaînes d’approvisionnement, l’Europe dépendante de la Chine ?
- Le ministre des affaires étrangères français en visite à Damas.
Bonjour, on ouvre ce journal à Abou Dhabi, où le cycle de pourparlers entre l’Ukraine, les États-Unis et la Russie s’est achevé jeudi sur un résultat concret : un échange de prisonniers.
Oui. Après deux jours de discussions, l’émissaire américain Steve Witkoff a annoncé sur le réseau social X qu’un échange de 314 prisonniers avait été décidé, il s’agit du premier échange de ce type en cinq mois. Et sur le terrain, l’échange s’est déroulé dès jeudi après-midi. Pour les familles, c’est un soulagement immédiat — même si, en parallèle, la logique reste celle d’un conflit qui s’use
Oui car malgré cette timide avancée les combats continuent.
Oui même si le chef négociateur ukrainien Rustem Umerov a décrit des réunions “significatives et productives”. Oui les quelques progrès observés ces derniers jours ont été obtenus dans un contexte toujours marqué par de multiples frappes et attaques de drones très intenses.
Mais on est encore loin d’un accord de paix.
Oui à part cet échange de prisonniers force est de constater l’absence de percée sur les points les plus sensibles — notamment les conditions d’un cessez-le-feu et les questions territoriales.
Mais au-delà de l’Ukraine, ces discussions participent à relancer un canal de communication entre Washington et Moscou. Américains et Russes viennent ainsi d’acter la reprise d’un dialogue militaire de haut niveau.
Et cette annonce intervient à un moment très particulier : l’expiration de New START, le dernier grand traité bilatéral qui limitait les armes nucléaires stratégiques américaines et russes.
New START, c’était quoi exactement ?
C’était un cadre de limitation et de transparence concernant les armes stratégiques déployées, et des mécanismes de vérification. Son expiration, dans la nuit du 4 au 5 février, marque une rupture majeure dans l’architecture du contrôle des armements.
Jeudi, Donald Trump a évoqué l’idée d’un nouveau traité “modernisé” plutôt qu’une simple prolongation des limites existantes.
Reste une question : est-ce que la Chine - troisième puissance nucléaire mondiale - serait de la partie ?
C’est justement l’un des points de friction. Pékin a dit “regretter” l’expiration de New START, mais refuse d’être intégrée à des négociations de désarmement au format États-Unis–Russie–Chine, en faisant valoir que son arsenal est très inférieur à celui de Washington et de Moscou.
On continue ce journal en évoquant un dossier de politique industrielle : les matières premières critiques. Terres rares, lithium, graphite, gallium… des ressources utilisées dans les batteries, les semi-conducteurs ou certains équipements industriels. Sur plusieurs maillons — et notamment le raffinage et la transformation — une part importante des capacités mondiales se trouve en Chine, ce qui alimente, côté européen, la question des dépendances.
Oui ce mercredi 4 février 2026, à Washington, l’Union européenne, les États-Unis et le Japon ont annoncé qu’ils allaient renforcer leur coopération sur ces chaînes d’approvisionnement. L’annonce a été faite en marge du “Critical Minerals Ministerial”, une réunion organisée au Département d’État américain, à laquelle plus de cinquante pays étaient invités. Concrètement, l’initiative vise à “stimuler la demande” et à “diversifier l’offre” en identifiant et en soutenant des projets dans l’extraction, mais aussi dans le raffinage, le traitement et le recyclage.
Le texte évoque aussi des mesures pour limiter les risques de perturbations, promouvoir la recherche et l’innovation, et faciliter l’échange d’informations, notamment sur les politiques de stockage.
Oui, et un calendrier est avancé : dans les 30 jours, l’UE, les États-Unis et le Japon devraient signer un mémorandum d’entente — un accord-cadre — sur la sécurité des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Le commissaire européen à l’Industrie, Stéphane Séjourné, représentait les Vingt-Sept à Washington, et une rencontre est annoncée ce jeudi avec le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick.
Côté américain, le vice-président J.D. Vance a également évoqué l’idée de “planchers de prix” pour ces matières premières — autrement dit, des prix minimums — afin de rendre le marché plus prévisible et d’encourager l’investissement.
Oui et dans le même temps, Rome et Berlin ont adressé un document à la Commission européenne sur le sujet, en plaidant pour renforcer les chaînes d’approvisionnement et réduire certaines dépendances, notamment vis-à-vis de la Chine.
On termine ce journal au Proche-Orient, avec une étape diplomatique en Syrie. Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, était ce jeudi 5 février à Damas, où il a rencontré son homologue syrien, Asaad al-Shaibani. À l’issue de l’entretien, il a réaffirmé que la lutte contre l’État islamique, aussi appelé « Daech » reste une « priorité absolue » pour Paris, en présentant ce déplacement comme une mission centrée sur l’anti-terrorisme.
Oui, et l’enjeu, ce sont aussi les zones du nord-est syrien : c’est là que se trouvent des prisons ou sont rassemblés des milliers de djihadistes et des camps abritant leurs familles. Jean-Noël Barrot a appelé les autorités syriennes à appliquer pleinement l’accord récemment conclu avec les Kurdes, daté du 29 janvier.
Ce texte prévoit notamment l’intégration des Forces démocratiques syriennes — les FDS, dominées par les Kurdes — au sein de l’armée syrienne, et le ministre a dit que sa mise en œuvre « progresse ».
Dans la foulée, le chef de la diplomatie française a poursuivi sa tournée en Irak, en soulignant le rôle de Bagdad face à la question des détenus liés à Daech. Une étape est aussi annoncée à Erbil, où il doit rencontrer Mazloum Abdi, le chef des forces kurdes. Le déplacement intervient à quelques jours d’une réunion de la coalition internationale antijihadiste, prévue lundi à Riyad, et, selon une source diplomatique française, dans un contexte régional tendu.
Un journal de Mathilde Boht et Giona Melotto.