Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- L’Europe se prépare à un choc énergétique suite à la guerre avec l’Iran, alors que la France renforce la défense aérienne à Chypre et sur le sol de ses alliés
- Von der Leyen entame l'implémentation provisoire du deal avec le Mercosur en ignorant l’adoption par l’assemblée Européenne d’une résolution demandant la soumission de l’accord à l’avis de la CJUE
- Réticence du Danemark et de la Suède sur la coopération nucléaire avec la France
Bonjours Salomé, on ouvre ce journal aujourd’hui une nouvelle fois au Moyen-Orient, suite au discours du Président Macron, qui a tenté d’afficher une position équilibrée entre défense du droit international, condamnation de l’Iran et soutien mesuré aux actions américano-israéliennes. Emmanuel Macron a notamment annoncé le prochain déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée, accompagné de la frégate Languedoc.
Bonjour Lucas, bonjour à toutes et à tous. Oui, au cinquième jour de la guerre au Moyen-Orient, la campagne de bombardements israélo-américaine se poursuit, entraînant une riposte iranienne qui touche notamment les pays voisins. Suite à des tirs du Hezbollah sur leur territoire hier, Israël a répliqué en bombardant le Liban. Des soldats israéliens ont même pris position en territoire libanais. Hier soir, lors d’une allocution télévisée, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi du porte-avions Charles de Gaulle dans la zone et la fourniture de moyens de défense anti-aériens supplémentaires vers Chypre, dont le territoire a été touché par des drones iraniens.
Le Royaume-Uni a également envoyé une flotte le HMS Dragon, un navire à missiles guidés de la Royal Navy, qui a lui aussi pris la direction de Chypre, à la demande de Keir Starmer.
Mais si la France, le Royaume-Uni mais aussi l’Allemagne affichent une solidarité, au moins relative avec l’opération israélo-américaine, certains pays européens sont sur une toute autre ligne. L’Espagne affiche son opposition totale à cette initiative non sans susciter une réaction courroucée du président américain qui a menacé Madrid hier, lors d’une conférence de presse, de mesures de rétorsions commerciales. Donald Trump a aussi dénoncé le refus de l'Espagne de mettre à disposition de Washington les bases aériennes espagnoles pour attaquer l’Iran. La Ministre de la défense Margarita Robles avait justifié ce refus en qualifiant les opérations américaines de contraires au droit international. Hier soir, alors que Trump avait dit envisager un embargo contre Madrid, le gouvernement espagnol a tenté de rassurer et de temporiser.
Alors que le conflit a déjà fait plus de 500 morts au Moyen-Orient d’après le Croissant Rouge et l’AFP, l’Europe se prépare, quant à elle, à un choc énergétique suite à la guerre avec l’Iran.
Les entreprises ont en effet les yeux rivés sur le détroit d’Ormuz, un couloir maritime de 50 km le long des côtes Sud de l’Iran par lequel transite chaque jour 17 millions de barils de pétrole, soit environ 20% de la consommation mondiale. Le détroit est sous le contrôle des gardiens de la révolution, qui n’ont pas techniquement interdit la navigation, mais cette dernière est de facto bloquée depuis des attaques contre trois pétroliers ce week-end, ce qui a entraîné la suspension des traversées par les principales compagnies maritimes. Le risque majeur pour l’Europe n’est pas une insuffisance en pétrole et en gaz, car les pays occidentaux dépendent en réalité de nombreux pays en dehors du Golfe, mais plutôt la spéculation des prix sur le marché qui pourrait entraîner une soudaine hausse des prix.
On continue ce journal à Bruxelles, où la Présidente de la Commission Européenne von der Leyen a décidé de mettre provisoirement en œuvre l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.
Pour rappel, cet accord, officiellement signé le 17 janvier dernier entre l’UE et le Mercosur vise à créer un espace de libre circulation des biens et services entre l’UE, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay notamment en supprimant plus de 90% des droits de douane existant imposé à l’UE sur le marché du Sud et en ouvrant largement le marché européen aux produits agricoles sud-américains.
Néanmoins, sa mise en œuvre surprend et indigne les opposants de l’accord, notamment en France, où beaucoup dénoncent l’absence d’approbation formelle par le Parlement européen.
Oui, le 21 janvier dernier, le Parlement européen devait effectivement se prononcer sur l’accord, mais sa validation (ou non) reste pour l’instant suspendue, suite à la saisine par les députés européens de la Cour de justice de l’Union européenne. Il lui est en effet demandé de se prononcer sur la conformité du traité avec le droit européen, ce qui gèle pour l’instant la ratification finale du texte.
Mais la Présidente de la Commission a accéléré la procédure en décidant de la mise en œuvre provisoire du traité, une dérogation jusque-là impossible sans la ratification d’au moins un des quatre pays du Mercosur - or, l'Uruguay et l’Argentine viennent de le signer ce 27 janvier dernier.
Cette possibilité d’application provisoire a été introduite par une modification juridique en novembre dernier, et avait notamment été défendue par le Chancelier allemand Friedrich Merz. Une mise en œuvre qui inquiète certains acteurs de l'agriculture européenne qui s’inquiètent de se voir bientôt concurrencés par des produits importés moins chers, et pas toujours respectueux des normes de l’Union, faute de contrôle.
Et pour clôturer ce journal, nous retournons en France, où la nouvelle doctrine annoncée par le chef de l’État sur la dissuasion nucléaire semble intéresser plusieurs pays européens.
Oui, Paris a annoncé vouloir renforcer la coopération stratégique en matière de dissuasion nucléaire dans une période qualifiée de “pleine de risques” par le Président, notamment face à la menace grandissante russe et la fiabilité devenue toute relative du parapluie nucléaire traditionnel américain. Plusieurs pays européens ont montré leur intérêt, comme l’Allemagne, la Pologne, les Pays Bas, la Grèce, la Suède, le Danemark et la Belgique - qui, eux, ne détiennent pas l’arme nucléaire. Emmanuel Macron limite toute de même cette coopération, en exigeant que la décision finale sur l’utilisation d’armes nucléaires reste exclusivement entre les mains de Paris.
À l’inverse, Copenhague et Stockholm ont fait preuve d’une certaine réticence face à cette proposition.
En effet, la Suède reste prudente dans sa réaction, en cohérence avec sa longue histoire de neutralité sur la scène internationale. Le Danemark s’est dit pour sa part catégoriquement opposé au fait d’abriter des armes atomiques françaises en temps de paix sur son territoire, selon le média Berlingske.
Un journal de Salomé Moinet et Lucas Savino.