Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 3 avril 2026

Le détroit d’Ormuz vu du ciel.  Source : Jacques Descloitres, NASA/GSFC via Wikicommons Aujourd'hui en Europe - 3 avril 2026
Le détroit d’Ormuz vu du ciel. Source : Jacques Descloitres, NASA/GSFC via Wikicommons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme:

  • Crise énergétique : l’Europe sous pression
  • Face à l’imprévisibilité des États-Unis, l’Europe se renforce
  • Le maquereau une espèce menacée dans l’Atlantique Nord 

On ouvre ce journal en évoquant les conséquences économiques de la guerre en Iran. Des conséquences déjà très lourdes après plus d’un mois de conflit avec notamment une inflation globale des prix du pétrole.

Oui, c’est la conséquence économique majeure du blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitait jusqu’à il y a quelques semaines presque un quart du pétrole mondial. Faute de pouvoir exporter, les pays pétroliers de la région ont réduit leur production de 25 à 80% selon les cas. Et les conséquences sur les économies, notamment en Europe, se font déjà très sévèrement ressentir. À titre indicatif, le prix du baril de pétrole brut de la Mer du Nord, le Brent, est passé de 70 dollars à la veille des premiers bombardements américains, fin février, à 103 le 1er avril.

Une augmentation spectaculaire en à peine un mois, et qui pourrait encore s'aggraver. 

Tout à fait, la fin du conflit semble encore lointaine après la dernière allocution du président américain qui s’exprimait quant aux opérations militaires. Donald Trump a écarté la possibilité d’une cessation très rapide du conflit, dans un discours plus offensif que prévu, lors duquel il a affirmé que l’Iran sera “frappé durement” pendant encore deux ou trois semaines. La réouverture du détroit d’Ormuz semble ainsi compliquée, alors que Washington a invité les puissances impactées économiquement par sa fermeture à, je cite, se “débrouiller”. 

Face à cela, c’est toute l’Union européenne qui est impactée. Est-ce que des conséquences économiques plus globales sont à prévoir ?

Oui tout d’abord, les risques imminents sont ceux d’une pénurie d’énergie, alors que les derniers pétroliers du Golfe chargés avant la guerre arrivent dans les ports européens. Et pour Christine Lagarde, présidente de la BCE, les effets à long terme pourraient être “au-delà de ce que nous pouvons imaginer”. Et pour cause, le pétrole et le gaz, déjà essentiels au transport et au chauffage, sont aussi à la base de toute la chaîne d'approvisionnement industrielle. 

Et quelles sont les solutions envisageables face à ce nouveau coup dur pour l’économie mondiale ?

La solution directe semble la réouverture du détroit d’Ormuz, mais la situation actuelle, au vu des dernières déclarations de Washington, rend cette perspective compliquée à envisager.  L’Europe semble alors se tourner vers une solution de long terme en accélérant la transition vers une Union décarbonée. À l’issue d’une réunion extraordinaire des 27 ministres de l’Énergie de l’UE, mardi, Bruxelles a encouragé les citoyens à moins conduire, moins prendre l’avion et travailler à domicile. Mais l’urgence se trouve bel et bien au niveau d’Ormuz, le président Macron rappelant hier la nécessité d’un dialogue avec Téhéran quant à sa réouverture. 

On poursuit ce journal en Europe, où les dernières déclarations du président américain sur un possible retrait des États-Unis de l’OTAN résonnent comme un épisode de plus marquant face à l’éloignement toujours plus prononcé des États-Unis de l’Alliance atlantique.

Oui, après avoir remis en question l’article 5 du traité de l’atlantique Nord vendredi dernier, Donald Trump est allé plus loin ce mercredi en déclarant au journal britannique The Telegraph n’avoir jamais cru en l’Otan qu’il a même qualifiée de tigre de papier. Une nouvelle déclaration inquiétante pour les États européens et le Canada qui restent fortement dépendants de la puissance militaire américaine, bien qu'ils s'efforcent, depuis quelques années, de renforcer leurs propres capacités d'action. Le renforcement du pilier européen au sein de l'Alliance atlantique est désormais au cœur de toutes les discussions à Bruxelles.

Face à ces incertitudes sur l’engagement américain au sein de l’OTAN, l’Union européenne cherche désormais à renforcer concrètement son autonomie stratégique. Ainsi ce jeudi la Commission européenne a adopté un programme de travail de 1,5 milliard d'euros pour stimuler l'industrie de la défense européenne et ukrainienne.

Ce programme pour l'industrie européenne de la défense compte en effet s'attaquer aux défis urgents en matière de défense et de sécurité européennes en stimulant les capacités de production industrielle, en intensifiant la coopération avec l'Ukraine. Une grande partie des fonds servira à financer la production d’armements, des projets industriels communs et des achats conjoints, dans le but de rendre l’Europe plus autonome et réactive face aux enjeux de sécurité actuels.

Cette volonté d’autonomie ne se limite pas au domaine militaire, elle s’exprime aussi sur le plan diplomatique. Le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs mis en avant, ces derniers jours, la stabilité européenne lors de son déplacement au Japon. 

Oui, sans citer explicitement Donald Trump, le président français a critiqué certaines puissances agissant sans concertation et de façon imprévisible faisant bien sûr allusion à la guerre lancée récemment par les États-Unis et Israël contre l'Iran. A l’inverse Emmanuel Macron s’est positionné en opposition à son homologue américain en plaidant une vision de l’Europe fondée sur la constance et la stabilité. Cette ambition implique, selon lui, de ne pas "dépendre de puissances hégémoniques". Il a ainsi évoqué la Chine et les États-Unis, tout en appelant à structurer un nouvel équilibre international.

Et on termine ce journal au large de l’Atlantique Nord où les objectifs de diminution de pêche de maquereau ont été revus à la hausse par les pays européens en dépit des scientifiques qui recommandaient l’inverse.

Oui, alors qu’en décembre les pays de l’Union européenne avaient suivi les recommandations scientifiques lors de la session du Conseil "Agriculture et pêche" en prévoyant de réduire leurs captures de 70 % en 2026, ils ont finalement revu leur position cette semaine, avec une baisse limitée à 48 % du total des prises de maquereau. 

Pourtant, face au déclin des espèces dans l’Atlantique Nord, le Conseil international pour l’exploration de la mer recommandait de diviser par quatre la pêche de maquereau d’ici 2026.

Oui, l’espèce est aujourd’hui en danger. Du fait du réchauffement climatique, elle a progressivement migré vers le nord, alors qu’elle est habituellement présente dans les eaux tempérées de l’Atlantique Nord. Mais ces nouvelles zones, déjà très exploitées, ne garantissent plus de bonnes conditions de reproduction pour le maquereau. Régulièrement pointés du doigt en matière de surpêche, le Royaume-Uni, la Norvège, les Îles Féroé et l'Islande bloquaient la possibilité d’un accord de réduction plus ambitieux. Un compromis a finalement été trouvé, avec une réduction limitée à 48 % des captures. 

Un journal de Nicolas Le Guily et Mathilde Boht.