Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 9 juin 2026

Volodymyr Zelensky s’est rendu en début de semaine à Londres, où il a rencontré les dirigeants britannique, allemand et français. © Presidency of Ukraine, CC BY-NC-ND 4.0 Aujourd'hui en Europe - 9 juin 2026
Volodymyr Zelensky s’est rendu en début de semaine à Londres, où il a rencontré les dirigeants britannique, allemand et français. © Presidency of Ukraine, CC BY-NC-ND 4.0

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Ukraine : l’UE précise les modalités de son aide de 90 milliards d’euros
  • Visite en Espagne : le pape multiplie les prises de position symboliques  
  • SCAF : les divergences franco-allemandes ont eu raison du projet européen 

On ouvre ce journal en Ukraine, après le déblocage du prêt de 90 milliards d'euros que l'Union européenne s'apprête à verser.

Il s'agit d'une aide historique. Longtemps bloquée par le veto hongrois imposé par l'ex premier ministre Viktor Orbán, son successeur à la tête du pays, Péter Magyar, a renversé la donne en acceptant ce soutien financier crucial pour Kyiv. Sur cette enveloppe, environ 60 milliards d’euros doivent être consacrés à la défense ukrainienne en permettant au pays de financer sa production d’armements et d’acquérir les équipements nécessaires à son effort de guerre face à la Russie. Une autre part de cette aide devrait également soutenir le budget national et les dépenses courantes de l’État.

Mais, à ce stade, les autorités ukrainiennes restent très discrètes sur l’utilisation précise de ces fonds.

Tout à fait, la liste des achats qui seront financés par ce prêt n’a pas été rendue publique par Kyiv. Interrogé par les médias, le ministère ukrainien de la Défense n’a pas souhaité répondre aux interrogations sur le sujet, confirmant la discrétion qui entoure l'utilisation de ces fonds.

Quelques indications permettent néanmoins d’entrevoir les priorités de Kyiv.

La première tranche du financement, d'un montant de 5,9 milliards d'euros, pourrait permettre, selon plusieurs experts, l’achat d’environ trois millions de drones : un domaine dans lequel l’industrie ukrainienne est déjà particulièrement avancée et innovante vis-à-vis de ses homologues européens.

Ces achats seront toutefois encadrés par des règles strictes fixées par Bruxelles.

L’Union européenne prévoit que les équipements financés par ce prêt soient achetés en priorité en Ukraine, au sein de l'Union européenne ou auprès de partenaires tels que le Royaume-Uni ou le Canada. Mais des dérogations restent possibles, si les capacités de production européennes sont insuffisantes et si l’urgence impose de se tourner vers d’autres fournisseurs. Une manière pour Bruxelles de soutenir à la fois l’effort de guerre ukrainien et son industrie de défense.

Le calendrier de mise en œuvre du programme reste toutefois largement inconnu.

Si les premiers versements sont attendus dans les prochaines semaines, avec une première tranche de 5,9 milliards d’euros qui devrait être débloquée avant la fin du mois de juin, Bruxelles n'a pas encore détaillé le rythme des décaissements à venir. Les financements devraient être débloqués progressivement, au fur et à mesure des commandes ukrainiennes, sans qu'un échéancier complet n'ait pour l'instant été rendu public.

Dans ce contexte, l’incertitude persiste concernant la capacité des 27 à fournir rapidement l’équipement requis par Kyiv.

Un haut responsable européen cité par Euronews a en effet estimé que malgré la volonté affichée par Kyiv et Bruxelles “de privilégier des achats européens”, l’industrie européenne “n’est pas en mesure de répondre à cette demande”. Reste donc à savoir dans quelle mesure cette aide de 90 milliards d’euros sera réellement investie dans l’industrie du Vieux Continent.

On continue ce journal en Espagne, où le pape Léon XIV effectue actuellement un voyage apostolique à forte portée politique et sociale.

Hier, le souverain pontife a multiplié les déclarations inédites sur plusieurs sujets sensibles. Concernant l’immigration, dont il se pose en fervent défenseur, il a appelé les États à une réponse “coordonnée, solidaire et efficace” à ce qu’il qualifie de défi moral et juridique. Une déclaration symbolique dans un pays où cette question divise fortement l’opinion, alors que le gouvernement actuel mène une politique migratoire ouverte et a récemment lancé un vaste plan de régularisation très critiqué par la droite et l’extrême-droite. Le pape doit d’ailleurs se rendre en fin de semaine aux îles Canaries, l’une des principales portes d’entrée de l’immigration en Europe. Au sujet des conflits actuels, il a plaidé pour le dialogue plutôt que le réarmement et a salué les positions de l’Espagne sur les guerres au Moyen-Orient.

Autre temps fort de cette visite : son appel à davantage de “vérité, justice et réparation” face au “fléau” des violences sexuelles commises au sein de l’Église.

Le pape a d’ailleurs rencontré plusieurs victimes d’abus sexuels, leur promettant des “efforts supplémentaires” pour faire de l’Église un lieu réellement “sûr et spirituellement sain”. Une rencontre toutefois critiquée par certaines associations de victimes, qui dénoncent une “représentation minoritaire” des victimes et le fait qu’elles n’ont pas été invitées.

Ces déclarations s’inscrivent dans le cadre d’une visite particulièrement longue du pape en Espagne, du 6 au 12 juin : la première depuis le pape Benoît XVI en 2010.

Une visite très attendue dans un pays historiquement catholique mais marqué par le recul de la pratique religieuse ces dernières décennies. Après avoir passé les derniers jours dans la capitale Madrid, le pape est aujourd’hui attendu à Barcelone où il bénira demain la nouvelle tour de la basilique de la Sagrada Familia, devenue la plus haute église au monde, à l’occasion du centenaire de la mort de son architecte, Antoni Gaudí. Il conclura son déplacement aux îles Canaries en fin de semaine, où il rendra hommage aux migrants morts en tentant de rejoindre l’Europe par la mer.

On termine ce journal en évoquant l'abandon du SCAF, ou Système de combat aérien du futur, ce projet d’avion de combat commun entre la France, l’Allemagne et l’Espagne.

Lancé en 2017, ce programme devait comprendre un avion de nouvelle génération, des drones et un système de communication numérique innovant appelé “cloud de combat” . Budget estimé à 100 milliards d’euros, ambition de remplacer le Rafale en France et l’Eurofighter en Allemagne et en Espagne d’ici 2040 : ce projet devait incarner la plus importante coopération industrielle en Europe, avec pour objectif de renforcer l’autonomie stratégique du continent.

Mais le projet était bloqué depuis plusieurs mois.

Et ce en raison de désaccords entre les deux constructeurs impliqués, Dassault et Airbus, ainsi qu’entre les dirigeants français et allemand, qui ne sont pas parvenus à surmonter leurs exigences divergentes. Depuis quelques mois, le chancelier allemand Friedrich Merz émettait des doutes quant à la viabilité du projet, tandis qu’Emmanuel Macron continuait à y croire.

Un véritable revers pour la souveraineté européenne, pourtant rendue nécessaire par l'aggravation des tensions internationales.

Les ministères français et allemand de la Défense doivent toutefois se retrouver lors d’un conseil en juin pour recentrer leur coopération sur quelques projets “réalistes et pertinents”. De son côté, Paris affirme rester attaché à la coopération bilatérale en matière de défense et vouloir poursuivre le développement de “projets européens ambitieux”.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.