Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 8 juin 2026

Malgré la demande de Washington, Israël a riposté aux frappes de Téhéran, dans un contexte de tensions croissantes entre Donald Trump et Benyamin Nétanyahou. © Maison Blanche Aujourd'hui en Europe - 8 juin 2026
Malgré la demande de Washington, Israël a riposté aux frappes de Téhéran, dans un contexte de tensions croissantes entre Donald Trump et Benyamin Nétanyahou. © Maison Blanche

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Moyen-Orient : l’escalade entre l’Iran et Israël franchit un nouveau cap
  • Guerre en Ukraine :  la Russie cible le nucléaire ukrainien
  • Législatives en Arménie : des résultats qui actent un véritable tournant géopolitique

On ouvre ce journal au Moyen-Orient, où Israël et l’Iran ont de nouveau échangé des frappes dans la nuit de dimanche à lundi, ravivant une confrontation directe qui semblait contenue depuis le printemps. Une escalade rapide qui fragilise un peu plus l’équilibre régional et met en lumière les tensions croissantes entre Washington et son allié israélien.

Oui, la séquence s’est emballée en quelques heures. L’Iran a d’abord tiré plusieurs salves de missiles vers le territoire israélien, la plupart interceptées par la défense antiaérienne. Dans la foulée, Israël a mené des frappes contre des sites militaires et industriels dans l’ouest et le centre de l’Iran, touchant notamment des infrastructures sensibles et provoquant plusieurs explosions signalées dans la région de Téhéran et d’Ispahan.

Une réponse israélienne qui intervient malgré les appels à la retenue de Washington.

Oui les États-Unis ont tenté de dissuader Israël de répliquer et d'entraîner une escalade supplémentaire. Selon plusieurs sources américaines et israéliennes, le président américain a directement demandé à Benyamin Nétanyahou de ne pas riposter, estimant qu’un nouvel échange de frappes compromettrait les discussions en cours avec Téhéran. La Maison-Blanche avait aussi laissé fuiter le contenu d’une conversation particulièrement acrimonieuse entre le président américain et le Premier ministre israélien il y a quelques jours.

Mais, malgré les pressions, Israël a choisi de poursuivre sa logique de représailles.

Ce désaccord met en évidence une fracture de plus en plus visible entre les deux alliés. D’un côté, une Maison Blanche qui mise sur une désescalade rapide pour préserver une fenêtre diplomatique avec l’Iran. De l’autre, un gouvernement israélien qui considère qu’il ne peut laisser sans réponse des tirs directs sur son territoire, même au risque de contrarier Washington.

Un gouvernement israélien qui semble de plus en plus dans une logique de guerre permanente et tous azimuts, avec l’Iran, mais aussi le Liban et alors que des frappes ont à nouveau touché Gaza ce week-end.

Oui sur le front libanais également et malgré le cessez-le-feu théoriquement en vigueur, l'armée israélienne annonce avoir frappé "environ 150" positions du mouvement islamiste libanais Hezbollah en 48 heures dans le sud du Liban. À Gaza, les services de secours ont annoncé samedi la mort de dix personnes dans des frappes israéliennes sur la bande de Gaza.

Une nouvelle flambée des tensions qui inquiète aussi en Europe.

Bruxelles, Paris et Berlin appellent à une « retenue maximale » et à un arrêt immédiat des frappes. Les Européens redoutent une extension régionale du conflit et une nouvelle instabilité sur les marchés énergétiques, tout en soutenant, dans les faits, l’objectif américain d’un retour à la négociation. Une position qui souligne l’isolement diplomatique croissant d’Israël dans cette séquence.

Et on poursuit ce journal en Ukraine, où de nouvelles attaques russes, à proximité de Tchernobyl, ont suscité une vive inquiétude ce weekend.

Dans la nuit de samedi à dimanche, une frappe de drone russe a partiellement détruit un bâtiment situé dans un site de stockage de combustible nucléaire usagé. L’inquiétude de Kyiv était particulièrement forte : il s’agissait d’un site localisé dans la zone d’exclusion de la centrale de Tchernobyl, une zone où les conséquences en cas de frappe représentent un risque majeur. L’opérateur nucléaire public ukrainien Energoatom, qui a réagi à ces frappes, a cependant précisé qu’à ce moment, le bâtiment touché était vide et ses niveaux de radiations normaux.

Des attaques qui ont donc suscité de vives réactions devant leur charge symbolique et le risque qu’elles représentent, tant en Ukraine qu’à l’étranger.

Sur la plateforme X, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, a été l’un des premiers à réagir à ces attaques. Sur le réseau social, il a accusé Moscou de "menaces envers la sûreté nucléaire", mettant en exergue le fait qu’il ne s’agit “pas de la première fois que les forces russes mettent les installations nucléaires ukrainiennes en danger". Devant la menace que représentent ces attaques, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, a également réagi, qualifiant l’incident de “profondément inquiétant”, du fait “qu’il s’est produit sur un site contenant de larges quantités de matériel nucléaire".

Un incident qui intervient dans un contexte diplomatique intense pour Kyiv, qui avait intensifié ses efforts ces derniers jours.

Oui, hier, le président Volodymyr Zelensky, accompagné d’Emmanuel Macron et du chancelier allemand Friedrich Merz, s’est rendu à Londres, où il a été reçu par le Premier ministre britannique Keir Starmer. Une visite qui a été l’occasion pour les trois leaders européens de réaffirmer leur soutien à l’Ukraine, dont ils ont soutenu la volonté d’ouvrir un “dialogue direct avec Moscou”. Jeudi dernier, le président Zelensky avait en effet adressé à Vladimir Poutine une lettre ouverte, dans laquelle il avait proposé au président russe une rencontre directe, pour avancer vers la fin du conflit. Du côté russe, la réponse reste la même depuis des mois : le Kremlin redit que Volodymyr Zelensky est libre de venir à Moscou. Une position qui, en réalité, repousse la perspective d’une telle rencontre.

On termine ce journal en Arménie, où se sont déroulées hier des élections législatives particulièrement importantes pour l’avenir du pays et de la région.

Selon des résultats encore partiels, le Contrat civil, le parti du Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, arrive en tête avec environ 50% des voix, devant son principal adversaire pro-russe, Arménie forte, qui en obtient 23,3%. Il s’agit du premier scrutin depuis la perte du Haut-Karabagh en 2023, lorsque l'Azerbaïdjan a repris le contrôle total de ce territoire peuplé principalement d’Arméniens, provoquant le déplacement de plus de 100 000 personnes arméniennes sans que Moscou n’intervienne.

Ces résultats semblent donc confirmer le soutien d’une large partie de la population à la réorientation géopolitique voulue par Nikol Pachinian.

Ce dernier, qui revendique une “victoire historique”, a promis de poursuivre le rapprochement avec l’Europe et les États-Unis et la normalisation des relations jusque-là conflictuelles avec ses voisins, la Turquie et l'Azerbaïdjan. Même si Nikol Pachinian affirme vouloir maintenir les liens avec son allié historique, Moscou, ce vote pourrait accentuer l’éloignement entre les deux pays. La Russie a d’ailleurs mis en garde l’Arménie contre un “scénario à l’ukrainienne” et menace de ne plus lui fournir de pétrole et de gaz à bas prix. L’Arménie serait aussi depuis plusieurs mois la cible d’une vaste campagne de désinformation russe favorable au Kremlin, en vue du scrutin.

Un journal de Manon Gendreau et Giona Melotto.