Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 2 juin 2026

L’Ukraine cible particulièrement les raffineries russes depuis le début de l’année, avec plus de 15 infrastructures de ce type bombardées selon le président Zelensky © Michael Pointner via Pexels Aujourd'hui en Europe - 2 juin 2026
L’Ukraine cible particulièrement les raffineries russes depuis le début de l’année, avec plus de 15 infrastructures de ce type bombardées selon le président Zelensky © Michael Pointner via Pexels

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Guerre en Ukraine : les infrastructures stratégiques russes ciblées 
  • Hongrie : le président menacé de destitution 
  • Accord migratoire avec le Royaume-Uni : le Rwanda ne sera pas indemnisé 

On ouvre ce journal en Ukraine, frappée cette nuit par de nouvelles attaques russes particulièrement meurtrières : au moins 9 personnes ont été tuées.

Oui, des missiles balistiques se sont notamment abattus sur Kyiv et sur Dnipro. Dans la capitale, le maire Vitali Klitschko fait état de 4 morts et de 51 blessés, dont trois enfants, dans des frappes sur plusieurs quartiers de l'agglomération ; plusieurs secteurs ont été privés d'électricité et les habitants se sont précipités dans les abris tandis qu'une épaisse fumée s'élevait du centre-ville. À Dnipro, dans l'est du pays, le bilan s'alourdit à 5 morts et 25 blessés. De son côté, Moscou affirme avoir mené une « frappe massive » contre des sites du complexe militaro-industriel ukrainien, à l'aide d'armes de haute précision et de missiles hypersoniques. Des frappes qui surviennent quelques jours seulement après que le président Volodymyr Zelensky a averti que Moscou préparait une nouvelle attaque de grande ampleur, appelant les Ukrainiens à « protéger leurs vies ».

Ces attaques s'inscrivent dans le contexte d’une intensification des frappes russes. Selon l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré cette nuit à elle seule 656 drones et 73 missiles sur l'ensemble du pays.

Mais la Russie subit également de lourdes conséquences des frappes ukrainiennes. Le Kremlin a ainsi annoncé hier suspendre temporairement ses exportations de kérosène. Moscou annonçait la mesure hier. Une interdiction qui restera en vigueur jusqu'au 30 novembre, selon le communiqué. Mais le Kremlin a immédiatement cherché à rassurer, en évoquant la nécessité, je cite, « d'assurer la stabilité du marché intérieur des carburants ».

Moscou présente donc cette annonce comme une simple mesure protectionniste. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

Tout à fait. Depuis le début de l'année 2026, Kyiv a réussi à cibler et détruire des infrastructures clefs pour le Kremlin, avec en ligne de mire principale les infrastructures pétrolières. Une stratégie qui s'est révélée particulièrement destructrice : le président Zelensky a déclaré que l’Ukraine avait bombardé pas moins de 15 raffineries russes depuis le début de l'année, perturbant, je cite, « près de 40 % des capacités russes de raffinage primaire du pétrole ». Et la pression ne faiblit pas : cette nuit encore, une attaque de drones ukrainiens a provoqué un incendie dans une raffinerie du sud de la Russie, dans la région de Krasnodar.

Et la pression vient aussi de l'extérieur. Emmanuel Macron a annoncé hier l'arraisonnement, dans l'Atlantique, d'un pétrolier en provenance de Russie, visé par les sanctions européennes et soupçonné d'arborer un faux pavillon.

Une opération que Moscou juge « illégale ». Le navire, baptisé le Tagor et battant pavillon camerounais, est désormais escorté par la marine française : il est attendu ce matin dans la baie de Douarnenez, dans le Finistère, où de plus amples vérifications seront menées.

On continue ce journal en Hongrie, où le Premier ministre Péter Magyar a menacé le président Tamás Sulyok de destitution.

Hier, à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'État, Péter Magyar a annoncé que son gouvernement allait modifier la Constitution afin de démettre Tamás Sulyok de ses fonctions. Une annonce qui intervient après l'expiration de l'ultimatum qu'il lui avait fixé pour démissionner, au 31 mai. Mais le président refuse jusqu'ici de quitter son poste, dénonçant les « motivations politiques » de la démarche. De son côté, le Fidesz, le parti de Viktor Orbán, dénonce un « ultimatum illégal » et rappelle que le mandat présidentiel court jusqu'en 2029.

Une menace qui s’inscrit dans une promesse faite par Péter Magyar depuis son arrivée au pouvoir : évincer les personnalités nommées par Viktor Orbán aux postes clés de l’État.

Élu en mars 2024 par les députés du Fidesz, Tamas Sulyok est accusé par Péter Magyar de servir les intérêts de l’ancien Premier ministre. Or, bien que la fonction du président soit surtout protocolaire en Hongrie, il conserve certains pouvoirs susceptibles de freiner les réformes du gouvernement actuel. Péter Magyar compte donc se servir de sa majorité au Parlement pour réformer la Constitution afin de faciliter la destitution du chef de l’État. Plus largement, cette réforme viserait l’ensemble des responsables ayant participé au système mis en place par son prédécesseur, qu’il tient pour responsables du démantèlement de “l’État de droit et la démocratie”.

Il s’agit donc d’une nouvelle étape dans la rupture avec la période Orban et son rapprochement avec l’Union européenne.

Une nouvelle étape a d’ailleurs été franchie vendredi dernier : après une rencontre à Bruxelles avec Ursula von der Leyen, Péter Magyar a obtenu un accord sur le déblocage progressif des 16,4 milliards d’euros de fonds européens, jusqu’ici gelés en raison des atteintes répétées à l’État de droit sous les gouvernements de Viktor Orbán. Pour en bénéficier, Budapest devra toutefois poursuivre ses réformes en matière d’État de droit, de liberté académique et de lutte contre la corruption.

On termine ce journal en évoquant le rejet de la demande d’indemnisation déposée par le Rwanda contre la Grande-Bretagne.

Ce lundi 1er juin, la Cour permanente d’arbitrage (CPA), chargée de régler les différends contractuels entre États et basé à La Haye, a rejeté la demande de Kigali, qui réclamait une indemnisation de 116 millions d’euros à Londres après l’annulation, en 2024, d’un accord migratoire. Conclu sous l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson en 2022, ce texte visait à renvoyer au Rwanda des migrants et demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni. En échange, Londres devait financer le développement du pays et la prise en charge des migrants expulsés. Mais la Cour a estimé que la Grande-Bretagne n’était pas tenue de payer ces deux années de frais impayés.

Un accord qui, depuis son adoption, suscitait de vives controverses.

La Cour suprême britannique l’avait jugé illégal, estimant que le Rwanda ne pouvait être considéré comme un pays tiers sûr. La situation des droits humains y est en effet régulièrement dénoncée : le pays est dirigé par l’autoritaire Paul Kagame, accusé de réprimer l’opposition politique et de restreindre la liberté d’expression. Kigali avait toutefois contesté cette décision. L’actuel Premier ministre Keir Starmer avait également déclaré, dès le début de son mandat en juillet 2024, que ce plan était “mort et enterré”.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.