Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 9 octobre 2026

Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, au Conseil des Affaires étrangères, le 28 septembre 2026, à Bruxelles, Belgique. © Conseil de l'Union européenne Aujourd'hui en Europe - 9 octobre 2026
Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, au Conseil des Affaires étrangères, le 28 septembre 2026, à Bruxelles, Belgique. © Conseil de l'Union européenne

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.

Au programme : 

  • Russie : l’Union européenne se préparerait discrètement à faire face à une attaque hybride.
  • UE : la situation préoccupante des finances européennes.
  • Liban : l’Union européenne plaide pour maintenir une présence internationale

On commence ce journal sur cette information : l’Union européenne se préparerait discrètement à faire face à une attaque hybride de la Russie.

Selon Politico, les ambassadeurs des Vingt-Sept se concertent depuis plusieurs semaines, en comité restreint, sans téléphones portables. Une réunion s’est tenue mercredi dernier et était consacrée à de possibles attaques qui pourraient engendrer de nombreux morts.

Selon un haut diplomate, ce scénario ne peut plus être exclu. Il fait notamment écho aux événements de début août à l'aéroport de Leipzig, où un drone chargé d’explosifs avait été découvert près d’un avion cargo ukrainien sans exploser. 

Quels sont les scénarios envisagés ?

Le pire scénario serait une attaque de grande ampleur, qui ferait de nombreux morts, mais Politico ne détaille pas les cibles possibles. Les ambassadeurs plancheraient donc sur des questions très concrètes : qui pourrait envoyer des secours d’urgence ? Quels fonds européens débloquer ? Comment les dirigeants devraient-ils communiquer ? L’objectif serait de finaliser ces procédures avant qu’une attaque majeure ne se produise.

Cette menace est-elle nouvelle ?

Non, elle s’inscrit dans une série d’incidents depuis un an. En septembre 2025, une vingtaine de drones russes ont violé l’espace aérien polonais, et l’OTAN a renforcé son flanc est. Mais depuis, les alertes se sont multipliées : mi-septembre, un drone venu de Biélorussie a été abattu en Lituanie, et aux Pays-Bas, des objets ont été posés sur les voies à une vingtaine d’endroits, un sabotage possible sans suspect identifié. Dans la plupart de ces cas, la Russie n’est pas formellement mise en cause.

Pourquoi l’inquiétude grandit-elle aujourd’hui ?

Avant tout à cause des événements survenus à Leipzig. Début septembre, le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a attribué l’opération à la Russie, qui aurait recouru à des exécutants de bas niveau. Moscou dément. Un responsable européen cité par Politico explique que si l’opération a capoté et n’a finalement fait ni dégâts ni victimes, cela a été uniquement dû, je cite, à un « coup de chance ». Selon lui, l’ampleur des opérations russes finira par faire des victimes.

Les Européens sont-ils d’accord sur la marche à suivre ?

Pas tout à fait. Certains États craignent que l’UE n’empiète sur le terrain de l’OTAN. Ursula von der Leyen a proposé en septembre un protocole d’urgence européen, mais plusieurs diplomates s’en disent mal à l’aise. Pour l’ancienne porte-parole de l’OTAN, Oana Lungescu, l’Alliance doit gérer la dissuasion, et l’UE l’aide aux civils. Enfin, la méfiance freine le partage d’informations sensibles, par crainte de fuites dans la presse ou vers Moscou.

On continue ce journal en revenant sur la situation préoccupante des finances européennes.

La Cour des comptes de l’UE met en garde contre la dette de l’Union elle-même, c’est-à-dire l’argent emprunté en commun par Bruxelles, en plus de celle des États, là aussi préoccupante. La dette de l’UE pourrait atteindre 1 000 milliards d’euros en 2027, dans un contexte économique qui se tend. Jeudi, la Cour a refusé, pour la septième année consécutive, de valider les dépenses du budget européen de 2025. Elle critique notamment le taux d’erreur estimé à 3,8 %, contre 3,6 % l’an dernier, soit environ 7 milliards d’euros sur 176 milliards dépensés.

Que signifie concrètement ce taux d’erreur ?

Il s’agit d’erreurs, pas de fraude : de l’argent versé à tort, ou sans justificatifs en règle. Les fonds de cohésion sont les plus touchés, avec 6,6 %.

Ce rapport tombe à un moment sensible ?

Nous en avons déjà parlé, le contexte économique européen est particulièrement fragile. La croissance de la zone euro a atteint 0,6 % au deuxième trimestre, mais est portée par l’Irlande, tandis que la France stagne. Surtout, l’inflation est montée à 3,8 % en septembre, son plus haut niveau depuis trois ans, tirée par l’énergie, avec un baril de pétrole au-dessus de 100 dollars. La Banque centrale européenne a relevé ses taux deux fois cette année, dont le 10 septembre, à 2,5 %. Du côté des États, la dette publique atteignait près de 89 % du PIB dans la zone euro fin mars, 117 % en France et 109 % en Belgique. Avec des taux qui remontent, emprunter coûte plus cher, mettant de plus en plus en péril les finances de certains Etats des 27.

On termine ce journal au Liban, où l’Union européenne plaide pour maintenir une présence internationale, alors que le retrait des Casques bleus de l’ONU doit commencer à la fin de l’année.

Jeudi, à Beyrouth, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a affirmé que les États membres étaient favorables à une prolongation du mandat de la FINUL. Parallèlement, l’UE prépare sa propre mission, civile et militaire, pour conseiller et former les forces de sécurité libanaises. Plus de dix États membres se disent prêts à y contribuer, et une décision serait visée en octobre. Mais, précise Kaja Kallas, elle ne remplacerait pas la FINUL.

Pourquoi les Casques bleus doivent-ils partir ?

La FINUL, la Force intérimaire des Nations unies au Liban, est présente depuis 1978. Ses Casques bleus patrouillent le long de la Ligne bleue, servent de point de contact entre Israël et le Liban et documentent les violations du cessez-le-feu. Mais en août 2025, sous pression de Washington, le Conseil de sécurité a prolongé son mandat pour la dernière fois, jusqu’au 31 décembre 2026, avec un retrait organisé sur un an ensuite.

Pourquoi ce départ est-il si sensible aujourd’hui ?

Parce que la situation a changé depuis cette décision. Les hostilités entre Israël et le Hezbollah ont repris début mars, malgré un cessez-le-feu annoncé en avril, et un soldat français de la FINUL a été tué dans une embuscade le 18 avril. Selon Defense News, au moins la moitié des positions de la force se trouvent aujourd’hui dans des zones occupées par Israël. Et si la FINUL part sans véritable remplaçante, l’armée libanaise devra seule sécuriser le sud, alors qu’elle n’y est pas prête, selon plusieurs experts.

Une prolongation est-elle possible ?

Rien n’est acquis. La décision revient au Conseil de sécurité, où Washington exige une date de fin claire et a laissé entendre qu’il bloquerait une prolongation sans cela. Israël y est aussi opposé. Beyrouth, de son côté, voit dans une prolongation limitée l’option la plus pratique, et la plupart des autres membres du Conseil semblent favorables à une solution temporaire. En attendant, la France et l’Italie travaillent sur une coalition internationale hors mandat de l’ONU.

Un journal d’Augustin Giaumé, Thomas Kox et Audrey Heller.