Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme:
- Sommet des 27 à Bruxelles ce jeudi: l'Europe à l'épreuve des guerres
- Rencontre entre le premier ministre Sanchez et le président Zelensky à Madrid
- Le paradoxe du Luxembourg : le pays européen le plus riche de l’UE compte un nombre record de travailleurs pauvres
On commence ce journal à Bruxelles où les dirigeants européens se retrouvent aujourd’hui pour un sommet des Vingt-Sept. Au programme : le marché unique, le véto hongrois sur l’aide ukrainienne, le budget septennal de l’UE et la guerre en Iran. Dans ce contexte, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit présenter une feuille de route pour renforcer le marché intérieur européen.
Oui, avant que le Moyen-Orient ne soit le théâtre de cette nouvelle guerre en Iran, les dirigeants européens avaient l'intention de faire du sommet d’aujourd’hui une séance de travail sur la compétitivité, dans le prolongement de leur rencontre sur le sujet de février. Car pendant des années, l’Union européenne a mis l’accent sur les règles et les normes, sans aller au bout de son intégration économique. Un problème devenu urgent aujourd’hui, alors que la guerre en Iran fait grimper les prix de l’énergie et met sous pression les économies européennes.
Mais derrière ces discussions, une question revient : l’Union européenne a-t-elle encore les moyens politiques et financiers de ses ambitions ?
Pour renforcer ce marché intérieur, soutenir ses secteurs économiques clés, l'Union doit investir massivement. Bruxelles prévoit une augmentation importante de ses ressources pour y arriver mais cela suscite des oppositions fortes chez certains Etats membres. Les Pays-Bas, la Suède, la Finlande et la Belgique jugent notamment les augmentations de budgets envisagées par Bruxelles trop ambitieuses. La commission envisage ainsi une hausse de 800 milliards d’euros du budget de l’UE sur la période 2028-2034.
Et ces divisions ne sont pas seulement économiques : la question de l’aide à l’Ukraine devrait une nouvelle fois dominer les discussions.
La rencontre d’aujourd’hui devrait effectivement être le théâtre d’un nouveau bras de fer avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban qui, en pleine campagne électorale, bloque depuis des mois un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine. Fragilisé dans les sondages, le Premier ministre hongrois n'a de cesse d'accuser l'Ukraine de vouloir entraîner son pays dans la guerre, dans l'espoir de rallier les électeurs hongrois derrière son étendard nationaliste.
Pendant que Viktor Orbán bloque toujours l’aide européenne, d’autres voix commencent à envisager la reprise des discussions avec la Russie, à l’instar du premier ministre belge Bart De Wever.
Oui, après s’être déjà exprimé dans ce sens, Bart De Wever a une nouvelle fois exprimé ces derniers jours sa volonté que l'UE aille vers, je cite, un “deal” avec la Russie. La Belgique n’est pas le seul pays à s’exprimer dans ce sens. La Première ministre italienne Giorgia Meloni et Robert Fico, le premier ministre slovaque, et bien sûr Viktor Orban, ont déjà appelé à des discussions directes avec Moscou, tandis qu’une large majorité des 27 s’y opposent toujours fermement.
Enfin un autre point important à l'ordre du jour de la réunion d’aujourd’hui sera l'aggravation de la guerre au Moyen-Orient et les conséquences considérables qu'elle entraîne déjà.
Avec des conséquences directes pour l’Europe, notamment sur les prix de l’énergie et la sécurité des approvisionnements.
La question de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz sera aussi au cœur des discussions, avec la participation du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.
On continue ce journal à Madrid, où Pedro Sánchez a reçu ce mercredi Volodymyr Zelensky pour une visite hautement politique, dans un moment où l’actualité internationale est largement monopolisée par la guerre avec l’Iran.
Le message espagnol est clair : malgré ce nouveau front au Moyen-Orient, le soutien à l’Ukraine ne doit pas passer au second plan. Pedro Sánchez a ainsi réaffirmé que l’Espagne continuerait d’appuyer Kyiv avec la même intensité, au moment où l’invasion russe entre dans sa cinquième année.
Concrètement, cette rencontre s’est traduite par un nouveau paquet de soutien militaire espagnol de 1 milliard d’euros pour 2026, ainsi que par une série d’accords destinés à faire évoluer la relation bilatérale.
Madrid et Kyiv ont signé cinq documents portant notamment sur la coopération technique et financière, la coproduction de systèmes de défense, la formation diplomatique et la modernisation ferroviaire. En parallèle, le groupe espagnol Sener a conclu des accords avec des industriels ukrainiens pour coopérer sur les missiles, les radars, la défense aérienne et, potentiellement, les drones de longue portée.
Et ce déplacement montre surtout que le soutien européen à l’Ukraine change de nature.
Il ne s’agit plus seulement d’envoyer de l’aide d’urgence ou des équipements ponctuels, mais de construire une capacité industrielle commune, plus durable, capable de produire en Europe et pour l’Ukraine. Volodymyr Zelensky a d’ailleurs insisté sur l’importance du mécanisme européen SAFE, que l’Espagne a commencé à mobiliser, et sur la nécessité d’utiliser ces financements aussi pour produire directement au bénéfice de l’Ukraine.
Et on termine ce journal par un détour au Luxembourg, qui offre parmi les salaires les plus élevés d’Europe mais où, pourtant, 13,4% de travailleurs sont menacés par la pauvreté.
C’est un pays qui illustre l’un des plus grands paradoxes économiques d’Europe: réputé pour le salaire élevé de ses banques, assurances et fonds d'investissement, c’est un État qui attire des dizaines de milliers de frontaliers qui viennent y travailler pour ses avantages financiers. Et pourtant, malgré son image de prospérité, le Luxembourg fait face à une grave crise du logement, tandis que les populations immigrées sont de plus en plus exposées à la précarité, accentuant ainsi fortement les inégalités sociales au sein du pays.
Et alors que 47% de la main-d'œuvre est constituée de frontaliers venant de Belgique, de France et d’Allemagne, attirés par un marché de l’emploi dynamique, ces derniers sont de plus en plus rejoints par les Luxembourgeois eux-mêmes.
En effet, une partie des résidents est contrainte de quitter le pays face à l’envolée des prix du logement et du coût de la vie. La classe moyenne s’en trouve fragilisée : un Luxembourgeois moyen peut disposer d’un revenu correct, tout en étant incapable de se loger dignement sur le territoire. Cette situation explique en grande partie la hausse des départs.
Et qu’est-ce que cela traduit au niveau européen?
Selon Marc Angel, député européen du Parti ouvrier socialiste luxembourgeois, ce contraste révèle des inégalités sociales dans toute l’Europe, alors que le coût du logement a augmenté partout. Selon Eurofound, le déclin de la classe moyenne est commun à toute l’Union européenne, et pose un problème structurel pour les pays, en plus de favoriser une montée de l’extrême droite.
Un Journal de Mathilde Boht et Giona Melotto.