Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Brexit : 10 ans après, le Royaume-Uni choisi le rapprochement avec Bruxelles
- G7 à Évian : la fin d’un sommet réussi
- José Luis Zapatero : une nouvelle affaire qui fragile Pedro Sánchez
On ouvre ce journal au Royaume-Uni, à quelques jours d'un anniversaire marquant. Mardi prochain, le 23 juin, cela fera exactement 10 ans que les Britanniques votaient, par référendum, leur sortie de l'Union européenne. Une décision adoptée de justesse avec près de 52 % des voix et qui a profondément déchiré le pays.
Un divorce qui a pris du temps. Si le vote remonte à 2016, le Royaume-Uni n'a officiellement quitté l'Union qu'en 2020, au terme de négociations longues et laborieuses. Au cœur des tensions : la frontière nord-irlandaise, la pêche, ou encore le statut des citoyens européens. Autant de dossiers qui ont nourri, pendant des années, un véritable bras de fer entre Londres et Bruxelles.
Un bras de fer qui semble aujourd'hui appartenir au passé.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Keir Starmer, à l'été 2024, le ton a changé. Le Premier ministre travailliste prône un « reset », une remise à plat des relations. En mai 2025, lors d'un premier sommet post-Brexit à Londres, les deux parties ont scellé un partenariat de défense et de sécurité ainsi qu'un accord sur la pêche, autre sujet sensible. Dans la foulée, Londres a réintégré des programmes européens comme Horizon Europe, et doit revenir dans Erasmus+ dès 2027. Reste que dix ans de Brexit ont laissé des traces. Selon une étude menée par le King's College de Londres en 2025, le PIB par habitant du Royaume-Uni a progressé jusqu'à 10 % de moins que celui de pays comparables depuis le référendum.
Un rapprochement que Keir Starmer entend bien accélérer.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, et Downing Street l'ont confirmé ce mardi : un nouveau sommet se tiendra le 22 juillet à Bruxelles. L'objectif affiché par le Premier ministre serait de replacer « la Grande-Bretagne au cœur de l'Europe ». Et l'opinion publique semble sur la même ligne : selon un sondage de l'institut YouGov publié pour les 10 ans du référendum, seuls 30 % des Britanniques estiment aujourd'hui que le pays a eu raison de quitter l'Union, contre 57 % qui jugent que c'était une mauvaise décision. Une majorité, 55 %, se dit même favorable à un retour dans l'UE.
Reste que ce rapprochement demeure fragile.
Car Keir Starmer négocie depuis une position affaiblie. Son gouvernement traverse une zone de turbulences : après de lourdes défaites aux élections locales, près de 100 députés travaillistes ont réclamé, ces dernières semaines, la démission du Premier ministre. Dans le même temps, le parti d'extrême droite Reform UK, de Nigel Farage, ne cesse de progresser : il caracole désormais en tête des intentions de vote, autour de 27 %, loin devant un Labour tombé à moins de 20 %. Une instabilité intérieure qui pourrait, à tout moment, bousculer le rapprochement patiemment reconstruit avec Bruxelles.
On poursuit ce journal en France, où le sommet du G7 à Évian s'est achevé ce mercredi. Trois jours de discussions dominés par la guerre en Ukraine, mais aussi par la situation au Moyen-Orient et les enjeux de sécurité internationale.
Le président français Emmanuel Macron a salué un sommet "objectivement réussi", estimant qu'il avait permis de retrouver une forme d'unité entre les grandes puissances. Au total, neuf déclarations communes ont été adoptées, portant notamment sur le soutien à l'Ukraine, la lutte contre le narcotrafic, les minerais critiques ou encore l'intelligence artificielle. Les dirigeants du G7 ont également réaffirmé leur soutien au libre passage dans le détroit d'Ormuz, après l'accord conclu entre Washington et Téhéran et signé par Donald Trump à Versailles hier, tout en annonçant vouloir diversifier leurs sources d'approvisionnement pour mieux faire face aux crises futures.
Concernant l'Ukraine, qui a donc été le sujet principal de discussions, les États du G7 se sont engagés à renforcer leur soutien militaire.
Ils ont promis de nouvelles livraisons de systèmes de défense aérienne, d'intercepteurs et de capacités de frappe à longue portée. Les dirigeants se sont également dits prêts à permettre à Kyiv de produire davantage d'équipements militaires sous licence, une mesure qui pourrait notamment ouvrir la voie à la fabrication de matériel stratégique lié au système Patriot, le système de défense antiaérienne et antimissile de l'armée américaine et de nombreux pays de l'OTAN.
Mais la principale surprise de ce sommet reste sans doute Donald Trump.
Alors que beaucoup redoutaient un départ anticipé, comme lors du dernier G7, ou au moins de nouvelles tensions avec les Européens, le président américain est finalement resté jusqu'à la clôture des discussions, et a semblé montrer un regain d’intérêt pour le dossier ukrainien. Après avoir rencontré Volodymyr Zelensky, Donald Trump a estimé que "la Russie devrait conclure un accord" et a finalement approuvé la déclaration commune du G7 sur la nécessité d’un soutien accru à l'Ukraine. Une évolution saluée par les Européens, qui espèrent voir Washington se réengager davantage aux côtés de Kyiv, après des mois de tensions.
On termine ce journal en Espagne, où l’ancien Premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero a été entendu ce mercredi dans l’affaire de corruption qui le vise. Une audition inédite : aucun chef ou ex-chef de gouvernement n'avait jamais été inculpé avant lui dans le pays.
Figure historique et respectée du parti socialiste espagnol, l’ancien chef de gouvernement, au pouvoir entre 2004 et 2011, est accusé de trafic d’influence et blanchiment d’argent. Il lui est reproché d’avoir, en 2021, utilisé son influence pour favoriser le sauvetage d’une petite compagnie aérienne grâce à un prêt public de 53 millions d’euros, en contrepartie de versements d’argent. Depuis la semaine dernière, il est également inculpé pour fraude fiscale et contrebande présumée, après la découverte de nombreux bijoux dans un coffre-fort de son bureau. Accusation que l’ancien Premier ministre a réfutées.
Une affaire qui fragilise encore davantage le gouvernement de son successeur, Pedro Sánchez, dont il est un proche.
Arrivé au pouvoir en 2018 en faisant de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités, Pedro Sánchez est aujourd’hui confronté à plusieurs scandales visant son entourage : sa femme, son frère et deux de ses collaborateurs sont mis en cause dans des affaires distinctes. Tous ces dossiers alimentent la défiance envers la classe politique et ravivent le débat sur le fonctionnement des institutions. Le 23 mai dernier, plusieurs milliers de personnes ont d’ailleurs manifesté pour réclamer la démission de Pedro Sánchez.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.