Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Relation UE - États-Unis : confiance au plus bas et réarmement
- Adhésion à l’UE : les 27 se protègent face aux futures États entrants
- Face aux exactions d’Israël, les Européens remettent en cause l’accord d’association
On ouvre ce journal en évoquant la cassure de plus en plus nette et profonde dans la confiance des Européens envers les États-Unis. Une cassure illustrée par un nouveau sondage qui indique qu’elle est tombée à un niveau historiquement bas.
Un sondage du Conseil européen des relations étrangères, publié ce mercredi et mené en mai auprès de près de 20 000 personnes dans 15 pays, dont la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne et le Royaume-Uni, met en exergue un chiffre frappant : seul un Européen sur dix considère encore Washington comme un allié. Ils étaient plus de deux sur dix en novembre 2024. La confiance a donc été divisée par deux en un an et demi. Et un quart des sondés y voient désormais un rival, voire un adversaire.
Comment expliquer une telle fracture ?
Elle s'explique par l'attitude de Donald Trump : ses menaces récurrentes d’augmenter les droits de douane, ses projets de retrait de troupes américaines du Vieux Continent, ses ambitions sur le Groenland ou encore son peu d’empressement à garantir l'automaticité de l’engagement américain en cas d'attaque russe. Cette fracture s'explique aussi par la guerre en cours entre les États-Unis et l'Iran, où la guerre se poursuit. Cette nuit encore, pour le deuxième jour consécutif, l'armée américaine a frappé plusieurs cibles près du détroit d'Ormuz. En réponse, les Gardiens de la révolution affirment avoir visé des bases américaines dans le Golfe, mais aussi des navires dans le détroit d'Ormuz, qu'ils disent désormais « totalement fermé », ce que Washington dément.
Et quelles conclusions les Européens en tirent-ils ?
Ne pouvant plus compter sur la protection américaine, ils se disent prêts à prendre leur sécurité en main. Dans presque tous les pays, la majorité des populations semble ainsi accepter une hausse des dépenses de défense. L'Italie reste la grande exception, l'opinion y demeurant opposée. Mais cette acceptation est conditionnelle : les Européens ne veulent pas que cela se fasse au détriment des autres dépenses publiques, comme l'éducation, la santé ou la justice. Quand il faut trancher entre la défense et ces budgets, l'opinion se divise : les Allemands, les Italiens et les Espagnols y sont majoritairement réticents, quand les Français, les Néerlandais ou les Polonais seraient plus enclins à l’accepter.
Et pour financer tout cela ?
Beaucoup se disent désormais favorables à la mise en place d’une dette européenne commune, y compris dans des pays habituellement réticents à toute intégration budgétaire, les États que l'on dit « frugaux » : le Danemark, les Pays-Bas, la Suède, l'Autriche ou encore l'Allemagne. Les Européens vont même plus loin : une majorité se dit favorable à un parapluie nucléaire européen, distinct de celui mis à disposition par les États-Unis.
Pour autant, cela ne veut pas dire rompre avec l'OTAN.
Non, et c'est tout le paradoxe. Seuls 29 % des sondés jugent qu'une organisation de défense purement européenne, en remplacement de l'OTAN, serait une bonne idée. L'humeur dominante, relèvent les chercheurs, c'est l'espoir que les relations s'améliorent une fois que Donald Trump aura quitté le pouvoir : c'est le cas de 63 % des Français.
On continue ce journal à Bruxelles, où plusieurs États membres cherchent à mieux encadrer les futurs élargissements de l’Union européenne.
La France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg ont ainsi fait circuler un document commun proposant de nouveaux garde-fous pour l’entrée de futurs États membres. L’objectif : limiter le risque politique lié aux nouvelles adhésions, qui pourrait affaiblir la capacité d’action de l’Union ou fragiliser ses principes démocratiques.
L’élément central du texte est le renforcement des moyens d’action de l’UE en cas de violation de ses valeurs fondamentales.
Il prévoit notamment une “clause de sauvegarde”, qui permettrait à Bruxelles de réagir si un nouvel État membre reculait en matière de démocratie, d’État de droit ou de liberté de la presse. Tout recul par rapport aux valeurs et normes de l’Union pourrait entraîner des poursuites et des sanctions de la part de Bruxelles. Les nouveaux entrants pourraient également voir leur droit de veto restreint pendant une durée indéterminée afin d’éviter des blocages sur des décisions jugées prioritaires pour lesquelles l’unanimité est nécessaire, comme le budget, la sécurité ou la politique étrangère. L’introduction d’une garantie contre “tout comportement contraire au principe de coopération sincère” est également envisagée pour empêcher qu’un État membre ne remette en cause des engagements déjà adoptés collectivement.
Ce texte fait suite à plusieurs crises récentes, qui ont mis en lumière les difficultés de l’Union à agir face à certains États membres une fois leur adhésion achevée.
L’inquiétude des États membres est notamment liée aux années particulièrement compliquées qu’ont vécu les leaders de l’Union sous les mandats successifs de Viktor Orbán en Hongrie, qui a, à de nombreuses reprises utilisé son droit de veto pour bloquer des décisions majeures. Les reculs démocratiques observés ces dernières années dans plusieurs pays membres, notamment la Hongrie, la Slovaquie ou encore la Pologne, ont également alimenté ces craintes. Le but est donc de rassurer les États membres face à de futures adhésions, alors que plusieurs pays des Balkans occidentaux espèrent rejoindre l’UE prochainement, en premier lieu le Monténégro.
Et on clôture ce journal en évoquant une carte blanche rédigée et signée par une vingtaine d'anciens dirigeants européens, qui appellent l'Union européenne à durcir sa position vis-à-vis d'Israël.
Dans une tribune publiée mercredi, ces anciens Premiers ministres, ministres et responsables européens estiment qu'Israël ne respecte plus les obligations prévues par son accord d'association avec l'Union européenne. Ils invoquent notamment les victimes civiles à Gaza, les entraves à l'aide humanitaire et autres nombreuses violations du droit international, alors même que l'article 2 de l'accord d'association UE-Israël impose "le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques". Les signataires demandent donc la suspension des avantages commerciaux accordés à Israël dans le cadre de cet accord.
Pour appuyer leur propos, les ex-dirigeants européens renvoient au travail de la Cour Internationale de Justice, pour qui il existe je cite "un risque réel de préjudice irréparable pour les Palestiniens", préjudice établi au titre de la Convention sur le Génocide.
Et l'un des principaux points d’appui de ce jugement est la colonisation que l'État hébreu poursuit à marche forcée en Palestine. Et alors que la Cour Internationale de Justice a justement qualifié ces colonies d'illégales et a ordonné leur démantèlement, le gouvernement israélien continue impunément d'encourager leur extension. Les anciens dirigeants appellent donc l'Union européenne à renforcer les sanctions ciblées et à interdire les importations en provenance des colonies de Cisjordanie.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.