Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 30 janvier 2026

Kaja Kallas — photo prise après le Conseil des affaires étrangères ayant inscrit les Gardiens de la révolution sur la liste terroriste. Source : Union Européenne Aujourd'hui en Europe - 30 janvier 2026
Kaja Kallas — photo prise après le Conseil des affaires étrangères ayant inscrit les Gardiens de la révolution sur la liste terroriste. Source : Union Européenne

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • ​​L’UE classe les Gardiens de la révolution iraniens comme organisation terroriste
  • PFAS : une facture potentielle jusqu’à 1 700 milliards d’euros pour l’Europe
  • Keir Starmer en Chine : relancer les liens sans rompre avec les alliés

On ouvre ce journal à Bruxelles. L’Union européenne a franchi un cap dans sa politique envers Téhéran : elle inscrit les Gardiens de la révolution sur sa liste des organisations terroristes. Les Gardiens, armée idéologique du régime, constituent un pilier sécuritaire : force militaire parallèle, appareil de renseignement et réseau d’influence en Iran comme à l’étranger. Ils compteraient environ 150 000 à 190 000 membres, selon les estimations disponibles.

Oui, ce jeudi 29 janvier 2026, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept se sont accordés sur cette désignation. Dans le même mouvement, l’UE a aussi adopté de nouvelles sanctions contre 15 responsables et 6 entités, soupçonnés d’être impliqués dans la répression, mais aussi la censure et le blocus numérique imposé aux citoyens.

Quel est l’objectif de Bruxelles, au-delà du symbole ?

L’Union veut envoyer un signal politique plus fort que les seules sanctions individuelles : les Gardiens de la révolution sont accusés d’avoir joué un rôle central dans la répression des manifestations, aux côtés des Bassidjis, une milice de volontaires mobilisée notamment pour le maintien de l’ordre. Plusieurs capitales ont jugé qu’il n’était plus tenable de distinguer durablement “l’institution” et ses cadres.

Qu’est-ce que cette inscription change, concrètement, pour l’Europe ?

Elle facilite les gels d’avoirs, l’interdiction de tout financement ou soutien matériel, et renforce la coopération policière et judiciaire en Europe. L’UE se dote ainsi d’outils plus contraignants pour viser des relais, des circuits financiers, et des structures liées aux Gardiens. Selon les droits nationaux, cela peut aussi faciliter des poursuites en cas de soutien ou de recrutement.

Quelles limites et quels risques pour les Européens ?

Les Gardiens restent une institution étatique, très imbriquée dans l’économie iranienne : l’efficacité dépendra donc largement de la mise en œuvre, État par État. Téhéran dénonce une escalade et agite la menace de représailles, notamment sur le plan diplomatique. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, dit vouloir maintenir des canaux de communication, tout en rappelant que la répression doit entraîner des conséquences. En filigrane, les Européens savent aussi qu’une telle décision peut compliquer toute reprise de discussions sur le nucléaire, ou peser sur la situation des binationaux détenus en Iran. Reste à voir si ce durcissement s’accompagnera d’un soutien accru à la société civile iranienne — ou s’il demeurera avant tout un acte politique.

On poursuit ce journal à Bruxelles, avec une alerte chiffrée sur un polluant discret mais omniprésent : les PFAS, ces “polluants éternels” qui s’accumulent dans l’eau, les sols et l’organisme. Une étude commandée par la Commission européenne estime que cette pollution pourrait coûter jusqu’à 1 700 milliards d’euros d’ici 2050, selon les choix politiques retenus. De quoi parle-t-on exactement ?

Les PFAS — substances per- et polyfluoroalkylées — regroupent des milliers de composés utilisés pour leurs propriétés anti-adhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur. On les retrouve dans des mousses anti-incendie, certains textiles, emballages, revêtements industriels. Leur caractéristique : ils se dégradent très lentement, d’où leur accumulation.

Que montre l’étude de la Commission ?

Le rapport établit une fourchette de coûts entre 330 milliards et 1 700 milliards d’euros à l’échelle de l’Espace économique européen à l’horizon 2050. Dans le scénario actuel, la facture pourrait atteindre environ 440 milliards (santé, dépollution, gestion des sites). Un scénario de restriction plus ferme ramènerait le coût total vers 330 milliards.

Pourquoi un écart aussi important ?

Parce que la note grimpe fortement si l’on vise une mise en conformité stricte avec des standards de qualité de l’eau très exigeants : cela suppose des investissements massifs dans le traitement, la surveillance et la dépollution, notamment autour des sites industriels contaminés.

Quelles décisions arrivent maintenant sur la table ?

Bruxelles s’appuie sur ce chiffrage au moment où se discutent les modalités d’une restriction large : calendrier, dérogations pour certains usages “essentiels”, et surtout une question politique centrale — qui paie ? Les contribuables, via la dépollution, ou les industriels, au nom du principe pollueur-payeur. Derrière ce débat, il y a aussi l’enjeu de santé publique : réduire l’exposition future, plutôt que financer indéfiniment la dépollution. On termine ce journal à Pékin : Keir Starmer y effectue une visite très scrutée, la première d’un Premier ministre britannique depuis huit ans, pour rétablir un dialogue “pragmatique” avec la Chine, sans s’écarter de ses alliés occidentaux.

À quoi sert ce déplacement, et quel message Londres veut-elle faire passer ?

Jeudi 29 janvier 2026, Starmer a rencontré Xi Jinping puis le Premier ministre Li Qiang. Downing Street insiste sur une relation “stable” et “prévisible”, capable de produire des résultats économiques, tout en rappelant des lignes rouges sur la sécurité et les valeurs. Pékin présente ces échanges comme une étape de “stabilisation” des liens bilatéraux.

Quelles annonces concrètes met-il en avant ?

Pékin accepte un assouplissement des règles d’entrée : des séjours sans visa jusqu’à 30 jours pour les Britanniques. Les deux pays lancent aussi un travail vers un accord sur les services, secteur clé pour l’économie britannique, notamment dans la finance, et une manière pour Londres de diversifier ses relais de croissance.

Et les sujets sensibles, comment sont-ils traités ?

Starmer dit avoir évoqué les droits humains et Hong Kong, dont le cas de Jimmy Lai, éditeur pro-démocratie emprisonné. Après Pékin, il poursuit à Shanghai pour une séquence plus économique. Le test sera de transformer cette reprise de contact en coopération durable, sans être rattrapée par les contentieux stratégiques — cybersécurité, technologies sensibles et rivalités régionales.

Un journal de Thomas Kox et Giona Melotto.