L'Europe et la polycrise

Le Y7 : l'enjeu des déséquilibres démographiques

Les jeunes délégués rassemblés autour du Sénateur Yung lors du Y7 à Paris le 2 décembre 2019. Institut Open Diplomacy sous license © Creative Commons CC BY-SA 4.0 Le Y7 : l'enjeu des déséquilibres démographiques
Les jeunes délégués rassemblés autour du Sénateur Yung lors du Y7 à Paris le 2 décembre 2019. Institut Open Diplomacy sous license © Creative Commons CC BY-SA 4.0

Tous les mois sur euradio, Bastien Beauducel, senior fellow à l'institut Open Diplomacy, analyse les réponses de l'Europe à la polycrise, "enchevêtrement inédit de crises systémiques qui s'alimentent mutuellement" et qui a fait l'objet d'un rapport publié par l'institut en octobre 2025.

Comme tous les mois, je suis avec Bastien Beauducel, senior fellow à l’institut Open Diplomacy. Bonjour Bastien, aujourd’hui, vous souhaitez nous parler des déséquilibres démographiques, principale priorité du G7 des jeunes cette année, un enjeu qui émerge au niveau national.

En effet, en 2026, l’actualité a été marquée par ce chiffre révélé par l’INSEE : nous avons connu, en France, en 2025, plus de décès que de naissances. C’est inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. 

De même, l’INSEE a révélé ses projections concernant l’évolution de la population à l’horizon 2070. Elles montrent une pyramide des âges d’une forme bien différente.

On a tous appris à l’école et vu ces images de pyramide des âges, semblables aux pyramides égyptiennes, sous forme d’un triangle, imposante en bas et de plus en plus fine à mesure que l’âge avance. La pyramide sera beaucoup plus linéaire voire boursouflée en haut avec une forte hausse des populations âgées de 65 ans et plus en 2070.

Des discussions émergent concernant l’adaptation économique à ces déséquilibres du fait du coût croissant que cette bascule représente pour des actifs relativement moins nombreux, par rapport aux inactifs notamment pour financer les retraites. Le ministre en charge du pouvoir d’achat propose de ne pas indexer les retraites de plus de 3 000 € mensuels. De nombreuses organisations appellent à une année blanche sur les prestations sociales, dont les retraites.

Au-delà des débats nationaux vous nous dites aujourd’hui Bastien que c’est un enjeu systémique.

Ces premiers débats sur les enjeux démographiques restent trop centrés d’une part sur la perspective française et d’autre part sur les enjeux économiques alors que ces déséquilibres ont une composante systémique. 

Tout d’abord, cette bascule démographique concerne l’ensemble des pays du monde et en premier lieu les pays européens et asiatiques.

Deux statistiques pour s’en convaincre : 21 pays de l’UE sur 27, dont la France, ont un taux de fécondité en dessous du seuil de renouvellement des générations. C’est également le cas de l’ensemble des pays de l’OCDE hors Israël.

Ces déséquilibres joueront un rôle majeur dans la compétition économique et stratégique entre les grandes puissances. 

La Chine pourrait perdre plus de 150 millions d’habitants d’ici 2050 selon le FMI, affaiblissant son moteur de croissance. 

L’un des principaux atouts de l’UE, son marché intérieur, le plus grand du monde avec 450 millions de consommateurs, risque de se tarir avec le vieillissement de la population, diminuant ainsi l’influence européenne.

Pour l’Europe, ce sujet doit donc devenir une priorité.

Cela doit devenir une priorité pour trois raisons : 

La première, à court terme, est d’éviter une polarisation croissante des générations. Pour cela, il faut rééquilibrer les dépenses en faveur des générations à venir via un nouveau pacte intergénérationnel.

– La première, à court terme, est d’éviter une polarisation croissante des générations. Pour cela, il faut rééquilibrer les dépenses en faveur des générations à venir via un nouveau pacte intergénérationnel.

Le vieillissement de la population et du corps électoral tend à favoriser les dépenses en faveur des personnes de plus de 65 ans. En Allemagne, en Italie ou encore en France, les dépenses pour ces populations ont fortement augmenté depuis 1980 alors que dans le même temps, les montants dédiés aux investissements publics ont diminué, principale raison pour laquelle nous subissons cette polycrise. Ces retards d’investissements constituent une dette du présent envers l’avenir qui entraîne des retards économiques européens, polarisent la société entre les générations et nous empêchent d’investir dans l’atténuation et l’adaptation au changement climatique ainsi que dans notre défense.

La deuxième raison c’est d’anticiper les besoins d’une population plus vieillissante et les besoins de main-d'œuvre.

En effet, face à la baisse de la population active, il y a 2 solutions majeures : 

– L'innovation : c’est la solution retenue par la Corée du Sud ou encore le Japon : l’innovation permet des gains de productivité et donc un niveau de production équivalent avec une population active qui diminue. L’Europe doit donc investir dans sa digitalisation, sa décarbonation comme le préconise le rapport Draghi. Ces investissements permettront, comme énoncé précédemment, de renforcer l’autonomie stratégique européenne.

– l'immigration : une population active nationale insuffisante peut être contrebalancée par une politique d’immigration. C’est le modèle espagnol actuellement. L’Europe doit donc ouvrir sereinement le débat de l’immigration et se doter d’une politique d’immigration concertée, négociée en fonction des besoins de main-d'œuvre à moyen et long terme afin d’éviter un retour de bâton par l’instrumentalisation de cet enjeu par certains partis politiques.

Et enfin Bastien, la troisième et dernière raison c’est de retrouver notre capacité à anticiper les mutations du XXIᵉ siècle.

Et de renforcer notre légitimité à porter des débats structurants. 

L’Union européenne est en première ligne face aux défis démographiques et dispose, à ce titre, d’une responsabilité particulière : faire émerger les solutions qui permettront de concilier vieillissement des populations, prospérité économique et cohésion sociale.

Merci Bastien Beauducel, rendez-vous le mois prochain.

Un entretien réalisé par Florent Vautier.