Tous les mois sur euradio, Bastien Beauducel, senior fellow à l'institut Open Diplomacy, analyse les réponses de l'Europe à la polycrise, "enchevêtrement inédit de crises systémiques qui s'alimentent mutuellement" et qui a fait l'objet d'un rapport publié par l'institut en octobre 2025.
Bastien, aujourd’hui, vous souhaitez nous parler des résultats du sommet du G7 des générations futures, le Youth 7 ou Y7, qui s’est tenu du 17 au 20 mai à Paris. Vous nous l’aviez présenté il y a un mois. Et le 20 mai donc, les délégations ont adopté un communiqué… Bastien, qu’en retenez-vous ?
Tout d’abord un esprit de responsabilité de la jeunesse.
Dans un contexte marqué par une polycrise et alors que les discussions au niveau des chefs d’État et de gouvernement sont caractérisées par des blocages, la jeunesse a montré que l’échange, la discussion, la compréhension de l’autre permettaient de trouver des solutions et de proposer des solutions concertées malgré des contextes nationaux parfois divergents.
Ensuite, je retiens des propositions de haut niveau concrètes pour combattre la polycrise. Ce communiqué n’est pas une vision candide ou béate du multilatéralisme appelant globalement à une plus grande coopération. Au contraire, il reconnaît le contexte complexe et propose des solutions concrètes, concertées et de haut niveau pour y faire face.
Quelles sont ces solutions ?
Les grandes priorités mises en avant par la coprésidence française autour des déséquilibres démographiques, des ruptures technologiques, des bouleversements géopolitiques et des crises écologiques ont été unanimement acceptées par les délégués.
Alors que les populations des pays du G7 vieillissent et que les dépenses en faveur des plus de 65 ans pèsent de plus en plus sur les finances publiques, les jeunes demandent aux chefs d’États et de gouvernement de sanctuariser les investissements d’avenir et de mieux encadrer le recours à la dette en limitant l’endettement aux seules dépenses d’avenir.
Alors que les applications numériques se développent tout azimut, les jeunes appellent également les dirigeants du G7 à renforcer la protection des individus, et en particulier des mineurs en ligne, via la mise en place d’un cadre international contraignant régissant les utilisations civiles et militaires de l’intelligence artificielle (IA) et des technologies émergentes. Ce cadre pourrait prévoir un accroissement de la transparence des algorithmes et un meilleur contrôle de ces derniers par les utilisateurs.
Des propositions de haut niveau visent également à réorienter les flux financiers vers les investissements en faveur du climat et de la nature, à combattre la désinformation ou encore à réaffirmer l’importance du droit international et à renforcer la coopération entre les pays du G7 face aux grands défis mondiaux et dans un contexte de mondialisation fragmentée.
Le sommet est donc terminé et avant le G7 du 15 au 17 juin à Évian, que s’est-il passé ?
À l’issue du Y7, le communiqué a été remis le 20 mai au ministre de l’Europe et des affaires étrangères et au ministre de l’Enseignement supérieur et de l’Espace.
De même, l’ensemble des délégations a remis le communiqué à leurs chefs d’États ou de gouvernements lors de rencontres avec leurs ambassades nationales à Paris.
En outre, des actions de plaidoyer sont prévues d’une part par les délégués et la coprésidence française auprès des autorités françaises. Des rencontres sont prévues avec le président de la République et le ministre de l’Éducation.
Par ailleurs, nous aurons l’occasion de mettre en avant les solutions proposées par le Y7 dans différentes filières de négociation du G7 comme la filière numérique.
Et après le G7, que se passe-t-il ?
L’Institut Open Diplomacy recrute chaque année une équipe de France de délégués pour participer au Y7 et au Y20, le groupe d’engagement auprès du G20.
Les propositions de haut niveau mises en avant par les délégués français au Y7 seront également défendues par les délégués français au Y20 pour tenter de faire vivre le multilatéralisme dans un univers plus large mais également de défendre les priorités françaises alors que les priorités américaines du G20 sont différentes.
Le G20 aura lieu à Miami dans un contexte particulier puisque l’administration Trump a choisi de ne pas inviter l’Afrique du Sud, pourtant membre du G20, et n’associe pas du tout les groupes d’engagement aux discussions.
Enfin, nous entrons dans une période politique particulière en France, l'Institut Open Diplomacy portera les propositions issues du Y7 dans le débat public afin qu’elles infusent pendant la campagne présidentielle.