Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.
Nous nous retrouvons pour un épisode consacré à la recherche de vie extra-terrestre, mais plus particulièrement cette fois à la vie intelligente !
C’est une recherche encore moins fructueuse que la recherche de vie tout court, et pour le coup on ne la trouvera pas dans notre système solaire. Il existe différents télescopes, observatoires et programmes dédiés à la recherche d’exoplanètes habitables, de signature de vie extraterrestre, parmi lesquels SETI, un programme qui recueille les ondes radios qui nous parviennent et les analyse pour déterminer si elles pourraient être émises par une civilisation extraterrestre. Un espoir très ambitieux qui a attiré des critiques au programme d’ailleurs.
Si une civilisation extraterrestre était aussi avancée que nous technologiquement, elle devrait tout de même être assez proche pour que des ondes radio nous parviennent.
SETI cible les longueurs d’ondes les plus susceptibles de nous parvenir, mais cela suppose qu’une civilisation émettrait un signal dans le but d’être détecté, ou que la civilisation en question ait atteint un degré de maîtrise technologique tellement avancé qu’ils auraient construit des mégastructures de type sphères de Dyson, dont la signature thermique ou radio-fréquence serait tellement puissante qu’elle nous parviendrait.
Qu’est-ce qu’une sphère de Dyson ?
C’est une structure théorisée par le physicien Freeman Dyson dans les années 60, une coquille construite autour du soleil du système de la civilisation hypothétique, dans le but d’exploiter l’énergie solaire. Et une structure aussi gigantesque serait repérable par nos télescopes dans l’infrarouge, à cause des irrégularités qu’elle induirait entre la signature attendue de son étoile et celle détectée.
Cela semble être une idée sortie d’un livre de science-fiction plus que des travaux d’un physicien.
Dyson a reconnu que la faisabilité d’une telle mégastructure n’était pas réalisable par les Terriens avec les matériaux et les connaissances que nous avons à notre disposition – et certains diraient qu’on ne les aura d’ailleurs jamais. Dyson avait une vision très anthropomorphique – de son propre aveu – de la nécessité de construire une mégastructure pour pallier les problèmes de surpopulation et de crise énergétique qu’il associait inévitablement avec une civilisation technologiquement extrêmement avancée.
Partout dans le monde, de nombreux scientifiques ont publié des contre-arguments pour prouver l’infaisabilité d’une sphère de Dyson, notamment en raison des forces gravitationnelles d’une étoile.
Les sphères de Dyson ont pourtant une certaine crédibilité, si d’autres scientifiques se sont penchés sur la question.
Ce serait une telle révolution énergétique et technologique que ce serait bête de passer à côté de quelque chose d’exploitable dans l’idée. Des mégastructures en essaim, donc pas une coquille complète mais une constellation de multitude de satellites avec de grandes voiles solaires qui compenseraient la gravité du soleil, ont par exemple été théorisées.
Et la question d’exploiter bien plus que nous le faisons actuellement l’énergie de notre propre étoile se pose de manière pressante sur Terre, au vu de l’usage exponentiel de l’intelligence artificielle et de sa consommation monstrueuse d’énergie. Mais pour l’instant c’est une sphère de Dyson autour de notre propre planète que l’on est en train de construire avec les méga constellations de satellites, les projets de data centers en orbite et projets de fermes solaires en orbite terrestre.
Est-ce que des observations dans l’infrarouge ont été faites pour tenter de détecter des sphères de Dyson dans d’autres systèmes solaires et galaxies ?
Il y a eu de nombreuses observations faites en ce sens, notamment dans les années 60 juste après la publication de l’article de Freeman Dyson dans la revue Science. Des centaines de signatures infrarouges correspondant à ce qui était recherché et attendu ont été détectées, mais ça ne prouve rien. Les variations de luminosité des étoiles ont plein d’autres explications que celles d’une sphère de Dyson – c’est d’ailleurs comme ça que les télescopes repèrent des exoplanètes qui orbitent autour de leur étoile. Et un nuage de poussière aurait théoriquement le même rendu en termes de signature infrarouge qu’une sphère de Dyson. Ça ne veut pas dire que des mégastructures exploitant l’énergie solaire pour des civilisations beaucoup plus technologiquement avancées que nous n’existent absolument pas, mais ça reste à prouver.
Un entretien réalisé par Laurent Pététin.