La guerre des étoiles

Comment nomme-t-on les astres ?

© NASA Comment nomme-t-on les astres ?
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Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour un épisode histoire. Après avoir parlé de la catégorisation des planètes et de Pluton, nous répondons aujourd’hui à la question : comment les nomme-t-on ?

Pour ça aussi il y a des règles, qui ont évolué avec les avancées technologiques ! Une tradition reste vraie et applicable cela dit : la personne qui découvre un nouvel astre –ça peut être une planète, une étoile, un astéroïde, un satellite naturel d’une planète déjà découverte et nommée…– cette personne choisit comment l’appeler. Par exemple, les astronomes soviétiques Churyumov et Guérassimenko ont fait la caractérisation d’une comète qui a des décennies plus tard fait l’objet d’une mission, et cette comète porte leur nom ! Autre exemple, puisque l’on a parlé de la planète naine Pluton dans notre précédent épisode histoire : l’astronome James Christy qui a découvert sa lune Charon a choisit de l’appeler comme ça d’après sa femme Charlene, et n’a appris que plus tard qu’il y avait un lien mythologique entre Pluton et Charon, un heureux hasard !

Un principe assez simple, pourquoi les avancées technologiques l’auraient fait évoluer ?

Les humains ont très tôt observé le ciel et nommé les astres observables à l'œil nu depuis la Terre –c’est comme ça qu’on a nommé l’étoile du Berger, qui est en fait la planète Vénus ; ou les constellations de la casserole, de la grande ourse…

Mais avec l’évolution des instruments d’observation du ciel, les humains ne se sont pas juste rendus compte que l’univers est beaucoup plus vaste qu’on ne peut se le représenter mentalement, ils ont aussi multiplié les observations de nouveaux astres. Les observatoires sur Terre, sans même chercher quoique ce soit de particulier, recensent chaque année des dizaines de milliers d’objets astronomiques, et ce depuis plus de dix ans. A ce jour, plus d’un milliard d’objets ont été découverts, voire observés. Donc forcément, quand beaucoup sont des astéroïdes et autres amas de poussière, on ne va pas leur donner à chacun un petit nom, mais il faut bien pouvoir les retrouver si on s’y intéresse, et ne pas créer de fausses doubles-découvertes.

Comment nomme-t-on ces objets découverts par milliers, alors ?

L’Union astronomique internationale, qui est une organisation internationale, a défini des standards de dénomination des objets astronomiques. Par exemple, nous avions parlé dans notre épisode sur la défense planétaire de l'astéroïde 2024 YR4 : 2024 désigne l’année où il a été découvert, Y indique la fin du mois de décembre, R4 que c’était le 117ème astéroïde découvert sur la période Y.

Il y a des standards spécifiques aux différentes catégories d’objets, qui vont des astéroïdes aux galaxies, en passant par les planètes d’autres systèmes solaires. Par exemple, nous avions parlé de la planète K2-18B qui avait échauffé les esprits de certains astrophysiciens : K2 fait référence à la mission Kepler Second Light l’ayant découverte, c’est une convention classique que l’équipe, le télescope ayant fait la découverte est le début du nom de l’objet. 18 est simplement l’ordre de découverte du système, en l’occurrence qui orbite autour d’une naine rouge. Et B puisqu’elle est le deuxième corps découvert à orbiter autour de l’étoile de son système !

Les planètes de notre système ont droit à de vrais noms plus familiers, cela semble logique. Mais pourquoi Mercure, Mars, Jupiter, des déités gréco-romaines ?

C’est l’héritage des observations antiques, qui ont associé les mouvements des planètes observables à l'œil nu –ou avec les outils de l’époque– à des influences divines. Et ensuite ils ont fait des associations logiques avec les caractéristiques de leur panthéon : par exemple, Mercure étant plus proche du soleil, orbite plus rapidement ; donc la planète a été nommée d’après le dieu messager. Les Babyloniens, les Grecs, et d’autres peuples en dehors de l’Europe ont fait des observations et conclusions similaires. Mais l’emprise culturelle occidentale, et particulièrement européenne, a influencé, voire déterminée, les pratiques des astronomes des siècles après, qui ont perduré la tradition d’employer des noms romains. Et quand l’Union astronomique internationale a vu le jour en 1919, l’emploi était tellement généralisé qu’il s’est imposé et a été entériné.

La science aussi subit les influences politiques et coloniales.

Absolument, même si le système moins poétique de dénomination aujourd’hui permet plus d’objectivité. Et les noms de divinités antiques se sont diversifiés, on le voit avec l’astéroïde Bennu qui a fait l’objet de la mission OSIRIS-Rex de la NASA, qui va survoler l’astéroïde Apophis également. Des noms issus de la mythologie égyptienne antique, donc, et Bennu est le nom choisi par un écolier en référence au dieu de la renaissance égyptien, qui a une forme d’oiseau –la sonde Osiris-rex lui faisait penser à un oiseau et a influencé son choix. Comme pour Charon de Pluton, c’est un heureux hasard qui a donné des noms égyptiens à l’ensemble du programme !

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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