La guerre des étoiles

Urgence médicale sur l'ISS

© NASA Urgence médicale sur l'ISS
© NASA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour parler d’un sujet d’actualité, le rapatriement en urgence des astronautes de la station spatiale internationale –l’ISS– sur Terre.

Un événement récent qui a affolé, d’une part car la raison évoquée, sans plus d’informations, était une urgence médicale ; d’autre part car c’est la première fois que ça arrive.

De quelle genre d’urgence médicale parle-t-on sur l’ISS ?

Il peut y avoir beaucoup de choses : une exposition au rayonnement cosmique lors des sorties extra-véhiculaires par exemple, s’il y a un problème avec la combinaison ; ou bien une perte de vision…

Une perte de vision ?

Les astronautes sont sélectionnés selon des critères médicaux extrêmement rigoureux, ils doivent être en parfaite santé –parfaite n’est pas un abus de langage ici, c’est vraiment un pré-requis– pour deux raisons principales : la première c’est que malgré le fait qu’au moins un membre de l’équipage ait toujours une formation médicale, ils sont seuls à des kilomètres en orbite, donc il faut limiter les risques. La deuxième raison, c’est que vivre en gravité nulle pendant des mois impacte lourdement le corps humain. Les fluides corporels se comportent différemment en orbite, le sang ne circule pas de la même manière et ça crée potentiellement des coagulations très dangereuses qui peuvent créer des caillots sanguins et bloquer des vaisseaux fins, c’est pour ça que les astronautes ont souvent le visage gonflé et des maux de tête. Les problèmes musculo-squelettiques sont aussi courants, et violents lors du retour sur Terre car le squelette se tasse en retrouvant la gravité terrestre, après des mois où les muscles n’avaient pas besoin d’autant travailler pour maintenir le corps droit. Et je parle de perte de vision car c’est un effet de la vie en orbite qui affecte tous les astronautes, leur nerf optique s'aplatit et provoque des changements de vision qui persistent pendant des années après leur retour de mission.

D’un coup, il paraît plus surprenant que ce soit seulement la première urgence médicale qui nécessite un rapatriement sur Terre !

Absolument, c’est presque miraculeux qu’il n’y ait pas eu de problème grave avant qui ait nécessité un rapatriement ! Mais il y a déjà eu des problèmes graves qui ont nécessité un traitement en orbite pour soigner un caillot sanguin par exemple.

Pour quelle raison est-ce que l’astronaute concerné.e a dû revenir sur Terre ?

La NASA n’a pas communiqué le nom de l’astronaute parmi les quatre membres d’équipage, respectivement la capitaine Zena Cardman, Michael Fincke, le pilote, Kimiya Yui de la JAXA, l’agence spatiale japonaise, et Oleg Platonov de Roscosmos, l’agence spatiale russe. C’est compréhensible qu’ils gardent toutes ces informations secrètes pour la préservation de l’intimité des astronautes, ils ont juste indiqué que l’urgence médicale avait fait suite à un incident dans un module, mais rien de plus.

Pourquoi rapatrier les quatre astronautes si un seul est affecté ?

Parce qu’il y a toujours une capsule de retour amarrée à l’ISS, et une seule. Les astronautes arrivent dans cette capsule, ils la dockent à l’ISS, mènent des expériences pendant quelques mois, puis rentrent avec. La capsule est amarrée précisément pour les ramener, ou à la date prévue de leur retour, ou en urgence comme c’est le cas maintenant. Il doit toujours y avoir un moyen de retour, c’est la procédure standard pour la sécurité des astronautes –et c’est bien normal, mais du coup, si un membre de l’équipage revient, tous les membres de l’équipage reviennent avec. Personne ne reste sur l’ISS sans moyen de rentrer sur Terre.

Peut-on espérer en apprendre plus sur le type d’incident et d’urgence médicale ?

Oui, pas dans l’immédiat mais on en saura probablement plus rapidement. L’incident est survenu le 7 janvier 2026, le retour a été annoncé le 8 janvier, et la capsule a amerri dans l’océan Pacifique le 15 janvier. Tout est allé très vite, mais les images de l’équipage à leur retour sont rassurantes, ils sourient et saluent. Prochainement on peut imaginer que la NASA révélera au moins la nature de l’incident, ne serait-ce que pour communiquer sur d’éventuelles réparations à faire pour l’équipage suivant, le Crew-12. Et à l’avenir on apprendra sans doute quel membre de l’équipage a été affecté et la nature du problème médical, là encore pour éventuellement mettre en place des procédures d’interventions en orbite si ça venait à se reproduire, si c’est possible.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.