La guerre des étoiles

La fusion Space X-xAI

© Iris Herbelot La fusion Space X-xAI
© Iris Herbelot

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour un nouveau sujet d’actualité : l’acquisition de l’entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk, xAI, par l’entreprise spatiale d’Elon Musk, Space X, après que l’entreprise automobile d’Elon Musk, Tesla, avaient investi massivement dans xAI.

Tout est dit ! La dystopie financière et politique Musk joue un nouveau mauvais tour. Tous ces achats et rachats et investissements sont possibles puisque ni Space X ni xAI ne sont pour l’instant côtés en bourse, mais c’est –entre autres– l’un des buts de la fusion, puisque les les estimations internes valoriseraient l’entreprise fusionnée à 1,125 BILLION de dollars ; ce qui là fera immédiatement entrer dans le top 10 des entreprises les plus cotées en bourse le 12 juin.

Des actionnaires de Tesla aux économistes, relayés par tous les journaux spécialisés comme généralistes, ont exprimé des doutes quant à la pertinence d’un tel rachat. Hormis gonfler la valeur des entreprises pour leur entrée en bourse, quel est l’intérêt ?

Elon Musk a affirmé que, je cite, « SpaceX a fait l’acquisition de xAI pour ancien le moteur » d’innovation verticalement intégrée le plus ambitieux ». Tout cela est fait dans une logique de long à très long terme de placer en orbite terrestre des datacenters, d’intégrer le modèle d’IA Grok –celui scruté et pointé du doigt en Europe pour ses propositions racistes, sexistes et la génération d’images pédopornographiques– dans l’activité spatiale de Space X. L’idée est d’optimiser la constellation Starlink et Starshield. Pour rappel, Starshield est un ensemble de services militaires utilisant la constellation Starlink, on peut imaginer qu’en entraînant les modèles d’IA très à la traîne de Musk, les applications à Starlink et Starshield seront valorisées pour les clients des services fournis.

Lors de l’acquisition de Twitter par Elon Musk, ensuite rebaptisé X et à l’origine de la branche xAI et de Grok, Musk avait brutalement mis en place un plan de départs forcés. Faut-il comprendre que l’achat de xAI vise à faire faire des économies humaines à l’Espace X et faut-il s’attendre à une vague de licenciements ?

S’il y a bien un avantage à l’entrée en bourse de Space X-xAI, c’est que l’on va enfin avoir les taux de rétention et rotation salariale des entreprises, qui n’étaient pas tenues de les communiquer jusqu’ici. Il y a toujours eu beaucoup de rumeurs que le taux de rotation chez Space X était énorme, alors que les RH de Space X ont évidemment toujours affirmé que leurs les employés étaient particulièrement bien traités et heureux de travailler pour l’entreprise.

Il n’en reste pas moins que Musk n’hésitera pas à licencier autant d’ingénieurs qu’il le pourra si xAI le lui permet.

Elon Musk est à la tête ou actionnaire majoritaire d'un nombre important d'entreprises pertinent de secteurs critiques, il a une influence politique et médiatique. Le rachat soulève des questions de conflits d’intérêts.

Dans la mesure où la sécurisation de l’intelligence artificielle est un secteur désigné comme pertinent de la sécurité nationale pour la Maison Blanche, ça attire forcément les regards. Si on avait affaire à une autre administration que l’administration Trump, ç’aurait aussi été un rachat étudié de plus près. Mais xAI est l’inverse d’Anthropic, l’entreprise d’IA à l’origine du modèle Claude, qui est en conflit avec l’administration Trump depuis qu’Anthropic a refusé que Claude soit utilisé pour la surveillance de masse des Américains et pour des frappes autonomes. Musk est un populiste fasciste, qui sera probablement ravi de mettre à disposition Grok intégré à ses satellites, avec bien sûr rétribution, auprès de l’administration Trump. Donc que l’acquisition et l’entrée en bourse soit bloquée par les autorités compétentes –ou incompétentes ces derniers temps, selon le point de vue – semblent peu probables.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.