Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.
Nous nous retrouvons pour un épisode histoire consacré à Pluton, la dernière planète de notre système solaire.
Pluton, qui n’est plus la dernière planète maintenant, et qui est une planète naine de notre système solaire d’ailleurs, puisque depuis 2006, Pluton a été déclassée du rang de planète à celui de planète naine. Nous avions parlé de la sonde New Horizons dans notre épisode consacré aux deux sondes Voyager ; Pluton était encore une planète quand New Horizon a été lancée avec pour objectif de survoler Pluton et d’en apprendre plus sur les planètes les plus éloignées de nous. Mais le temps que New Horizon atteigne Pluton en 2015, la planète avait perdu son statut.
Pourquoi et comment “déclasse-t-on” une planète ?
Il y a plusieurs facteurs qui différencient une planète d’une planète naine : sa taille, bien sûr ; mais aussi son ellipse autour de l’étoile du système solaire ; sa forme ; et également sa relation avec des satellites naturels, entre autres.
La catégorie des planètes naines a été inventée de toute pièce avec des critères pour les planètes en 2006, justement pour déclasser Pluton et la ranger dans cette nouvelle catégorie avec des planètes naines que l’on venait de découvrir dans la ceinture de Kuiper, le champ d'astéroïdes à la bordure de notre système solaire.
Donc une sous-catégorie de planètes a été inventée pour ne pas ajouter trop de planètes à notre système solaire ?
Absolument. Ça semble plus politique que scientifique au demeurant, mais il y a des arguments qui se tiennent : les huit planètes à part entière de notre système (Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Neptune, Uranus) sont sphériques, elles ont nettoyé leur orbite au sens où il n’y a pas d’objets comme des astéroïdes ou d’autres planètes qui croisent leur ellipse –donc leur cercle autour du soleil. Elles ont une masse et une taille suffisamment importante pour maintenir des satellites naturels en orbite autour d'elles, également.
Quels critères Pluton ne respectait pas pour avoir été déclassée ?
Pluton est sphérique, mais pour le reste, on est dans du plus discutable. Déjà, Pluton a une ellipse très oblongue et cela laisse supposer qu’elle subit l’attraction d’autres corps au cours de son voyage autour du Soleil. Ensuite, elle croise ou pourrait croiser d’autres astres dont l’ellipse croise la sienne, ce qui veut dire qu’elle n’a pas la gravité nécessaire pour occuper une orbite seule. Elle croise d’ailleurs en certains points l’ellipse de la planète naine dont la découverte a causé tous ces débats, Eris, une planète naine plus massive que Pluton ! Et Pluton a beau avoir une lune, Charon, leur relation n’est pas tout à fait celle d’une planète et d’un satellite.
Comment ça ?
Charon fait presque la moitié de la taille de Pluton, et 12% de sa masse. Ce sont des proportions et un ratio qui ne permettent pas raisonnablement de dire que Charon est une lune, mais plutôt que Pluton et Charon sont un système planétaire double. Et cette proximité et cette influence gravitationnelle mutuelle pourrait contribuer à l’activité géologique observée par New Horizons et les satellites terrestres sur Pluton : comme pour les lunes dont on parlait dans nos épisodes consacrés au système de Jupiter, la gravité de Charon sur Pluton et de Pluton sur Charon pourrait générer comme des marées géologique intérieures, des frictions de plaques tectoniques qui génèrent de la chaleur sous le manteau de Pluton.
Charon est donc aussi une planète naine ?
A ce jour, elle est toujours considérée comme la lune de Pluton, mais les débats sont toujours ouverts, c’est une question légitime qui se pose réellement.
Et les découvertes multiples et toujours plus nombreuses d’objets dans la ceinture de Kuiper qui obtiennent la classification d’étoile naine, comme Cérès, Hauméa, Makémaké et Eris, qui sont les quatres autres planètes naines officielles et reconnues de notre système solaire, nourrissent le débat sur Pluton et Charon.
De fait, on se retrouve avec des planètes naines qui ont une densité –donc une masse– et parfois aussi une taille, similaire à celle de Charon !
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.