Il était une fois l'Europe

Les 1er et 2 juin 1955

© Communautés européennes, 1955 Les 1er et 2 juin 1955
© Communautés européennes, 1955

Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio

Aujourd’hui, cap sur Messine, le 1er juin 1955. Une conférence décisive qui va donner un nouveau souffle à la construction européenne après l’échec cuisant de la Communauté européenne de défense, la CED. L’Europe politique vient de s’effondrer, mais une poignée de responsables vont tenter de la relancer… autrement.

Sylvain Schirmann, en 1954, le rejet du traité sur la CED a mis un coup d’arrêt brutal à l’intégration européenne. L’Europe semblait dans l’impasse, qu’est-ce qui a permis de renouer le fil de la construction européenne ?

L’échec de la CED marque un coup d’arrêt dans la construction européenne, surtout de la construction politique européenne. La construction économique et l’expérience de la CECA sont en revanche concluantes. Elle a permis la reconstruction, la sortie du rationnement et l’amorce des trente glorieuses, tout cela lié au plan Marshall. La coopération économique a ainsi pleinement profité aux six membres de la CECA. Il fallait donc pour les partisans de la construction économique renouer avec la méthode fonctionnaliste dans le secteur économique. C’est Jean Monnet et les dirigeants du Benelux (Beyen, Bech et Spaak) qui furent les artisans de cette relance.

Comment le faire : à travers l’intégration sectorielle, en s’inspirant de l’exemple CECA sur par exemple le nucléaire civil, l’agriculture ou à travers un plan d’ensemble de marché commun. C'est Willem Beyen, ministre des affaires étrangères des Pays-Bas qui réussit à convaincre Bech et Spaak de la pertinence d’une relance par le marché commun. Le ministre néerlandais se proposait de « créer une communauté supranationale ayant pour tâche de réaliser l’intégration économique de l’Europe au sens général en passant par la voie d’une union douanière à la réalisation d’une union économique ». Les trois ministres du Benelux se mirent d’accord pour rédiger sur cette base un mémorandum commun faisant la synthèse entre des intégrations sectorielles et la perspective d’un marché commun. Le 4 avril 1955, Spaak proposa à ses partenaires de la CECA une relance prudente et limitée ; mais le 5 mai un projet plus vaste était prêt pour un marché commun envoyé à Monnet, puis à l’Assemblée commune qui vota une résolution le 14 mai 1955 enjoignant aux ministres des affaires étrangères des 6 qui allaient se réunir à Messine de rédiger les traités nécessaires à la réalisation des étapes suivantes de la construction européenne.

Et c’est donc à Messine, en Sicile, que les six ministres des Affaires étrangères de la CECA se retrouvent au début du mois de juin 1955.)
À Messine, on discute, on négocie, on tâtonne… Mais Sylvain Schirmann, quelles décisions sont prises pour remettre l’Europe en marche ?

La conférence des ministres des affaires étrangères de la CECA qui se réunit à Messine du 1er au 3 juin 1955 prend un certain nombre de décisions :

  • Elle remplace d’abord Jean Monnet par René Mayer à la tête de la Haute Autorité de la CECA ;
  • Elle étudia ensuite le mémorandum du Benelux et afficha sa volonté politique de relancer le processus de la construction européenne.

Je cite : « ils croient le moment venu de franchir une nouvelle étape dans la voie de la construction européenne. Ils sont d’avis que celle-ci doit être réalisée tout d’abord dans le domaine économique. Ils estiment qu’il faut poursuivre le développement d’une Europe unie par le développement d’institutions communes, … la création d’un Marché commun ». Mais ils parlaient également de « fusions progressives des économies nationales et de l’harmonisation progressive de leurs politiques sociales ».

Ils confièrent à Paul Henri Spaak le soin de présider un comité composé de représentants des six gouvernements et d’experts de la CECA et de l’Europe et d’établir un rapport pour établir les différentes options de relance possible, les obstacles et les modalités pour poursuivre l’œuvre. Réunis à Bruxelles, les experts finirent leurs travaux au printemps 1956 et le rapport Spaak remis aux délégations gouvernementales de son comité reçut leur approbation en avril 1956. Il est ensuite remis le 21 avril 1956 aux ministres des Affaires étrangères des Six à qui il revenait de prendre la décision finale sur son avenir.

Ce rapport est approuvé sans difficulté à la conférence de Venise des ministres des Affaires étrangères, les 29 et 30 mai 1956. On pouvait donc négocier à partir de ce texte !


La conférence de Messine, c’est la relance du projet européen.
Elle redonne souffle et méthode à la construction européenne, en posant les bases du futur marché commun.


Et c’est ce nouveau chapitre que nous ouvrirons dans la prochaine chronique : « Il était une fois l’Europe, le 25 mars 1957 : les Traités de Rome. »

Un entretien réalisé par Olivier Singer.

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