Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio.
Le 9 novembre, en quelques heures, des milliers d’Allemands de l’Est franchissent la frontière. Le mur de Berlin tombe. Mais derrière cet événement spectaculaire, c’est tout un système qui s’effondre, celui du rideau de fer et de la division de l’Europe. En quelques mois, les régimes communistes disparaissent les uns après les autres.
Sylvain Schirmann, comment expliquer ces évènements, marqués notamment par la chute du Mur de Berlin ?
Ces événements sont la conséquence de nombreuses collusions. En Europe de l’Est, la dissidence n’a jamais cessé et au lendemain de la CSCE et de l’accord d’Helsinki en 1975, elle s’amplifie à travers Solidarnosc en Pologne, ou le Forum 77 en Tchécoslovaquie. Elle a des figures de proue : Soljenitsyne, Havel, Walesa, Sakharov et ne s’arrête plus à partir des années 70. L’URSS est de surcroit enlisée dans la guerre d’Afghanistan et dans une crise du pouvoir ( de 1982 à 1985, 4 secrétaires généraux se succèdent à la tête du parti-état).
Dans le même temps le monde occidental se lance dans une mondialisation économique et le fossé entre les deux régimes s’accroit. Dans ce contexte, l’URSS a besoin de réformes, que lance Gorbatchev à partir de 1985 à travers la glasnost et la perestroïka. Le système soviétique se fragilise dès lors et les Etats satellites comme la Pologne et la Hongrie organisent dès juin 1989 des élections libres qui amènent une rupture avec le communisme. A partir de l’été 1989, c’est au tour des Allemands de l’Est de se mobiliser pour davantage de démocratie.
Une fois le mur tombé, la question allemande revient au centre du jeu européen. Comment s’organise concrètement la réunification entre la RFA et la RDA, et selon quelles modalités l’ex-RDA est-elle intégrée dans la Communauté européenne ?
L’unification est acquise à travers un accord 4 + 2 (les 4 Alliés et les deux Allemagns) et au lendemain d’élections libres en RDA qui ont eu lieu en mars 1990. Le chancelier Kohl ayant accepté la ligne Oder-Neisse comme frontière orientale d’une Allemagne unifiée, condition des Alliés et la demande des partenaires européens que l’Allemagne unifiée serait dès l’unification pleinement membre de la CEE, l’ex RDA entre dans cette CEE le 3 octobre 1990. L’Allemagne bénéficie dès lors des fonds du FEDER pour sa partie orientale, qui subit dès ce même jour la totalité des règles communautaires.
Face à une Allemagne qui se réunifie rapidement, les partenaires européens s’inquiètent-ils ? Quelles sont les principales conséquences de ces événements pour la Communauté européenne ?
La grande peur c’est celle d’une Allemagne qui dominerait l’Europe, à la fois par sa puissance démographique et par sa puissance économique. C’est aussi celle d’une Allemagne moins européenne et qui regarderait dorénavant plus vers l’Est européen que vers l’Ouest. Une peur que Kohl comprenait très bien. C’est la raison pour laquelle il a accepté cette intégration immédiate et totale de l’ex RDA dans la CEE. C’est aussi la raison pour laquelle, il s’est rallié à l’UEM et a « sacrifié » le mark à une monnaie unique et qu’il a souhaité un pas vers l’Europe politique, vers une union européenne. Mais il a réussi également à faire admettre les critères de convergence proches des approches allemandes de la gestion monétaire.
En moins d’un an, l’Europe change de visage. Le rideau de fer disparaît, l’Allemagne est réunifiée, et les démocraties s’installent à l’Est. Mais ces bouleversements posent une question essentielle : comment organiser cette nouvelle Europe ? C’est dans ce contexte qu’émerge le traité de Maastricht, que nous vous raconterons dans notre prochaine chronique
Un entretien réalisé par Olivier Singer.