L'éco de Marc Tempelman

Time in the market beats timing the market

Photo de Ruthson Zimmerman sur Unsplash Time in the market beats timing the market
Photo de Ruthson Zimmerman sur Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.

Dans le contexte actuel de nombreux épargnants se demandent si la correction récente donne une opportunité pour investir alors que les cours sont bas. Mais tout en hésitant, car ils pourraient baisser plus. Marc Tempelman, est-ce que c’est aujourd’hui le bon moment d’investir ?

Nous venons justement de publier un article à ce sujet sur notre blog The Interest. Il s’intitule “Time in the market beats timing the market”. En français, cela veut dire que le temps passé investi compte davantage que la capacité à deviner le bon point d’entrée.

Allons un peu plus loin et développons ce concept.

Bien sûr, car le concept est plus complexe qu’il n’y paraît. Il va à l’encontre de notre instinct. Quand les marchés sont volatils, on se dit : “j’attends que ça baisse encore” ou “je rentrerai quand la visibilité sera meilleure”. Le problème, c’est que les meilleurs jours de marché arrivent souvent très vite, juste après les pires. Selon des analyses, manquer seulement une petite poignée des meilleures séances peut dégrader fortement la performance finale d’un portefeuille.

Vous pouvez nous donner un exemple chiffré ?

Naturellement. Si un investisseur avait placé 10 000 euros dans le S&P 500 en janvier 1990 et était resté investi jusqu’à fin 2023, son capital aurait dépassé 200 000 euros.

S’il avait, par malchance, manqué seulement les 10 meilleures journées boursières sur cette période, il n’aurait accumulé qu’environ 120 000 euros. Et en manquant les 30 meilleures journées, il se serait retrouvé avec environ 50 000 euros seulement.

Autrement dit, quelques séances de hausse concentrent une part importante de la performance totale — et ces journées surviennent souvent juste après des périodes de forte baisse. Ceux qui sortent du marché pour “attendre que la poussière retombe” risquent donc de rater le rebond.

Autrement dit, le coût d’une mauvaise décision peut être très élevé.

Exactement. Et le plus difficile, c’est que la mauvaise décision vient souvent de l’émotion. Les marchés corrigent, les titres dans les presse financière deviennent inquiétants, et l’investisseur pense qu’il protège son capital en restant en cash. Mais les statistiques montrent souvent l’inverse : le cash rassure à court terme, mais peut coûter cher à long terme si l’on manque la reprise. Les investisseurs veulent éviter la douleur, mais ce faisant ils ratent fréquemment la hausse qui suit.

On entend souvent dire : “Mais cette fois, c’est différent.”. Avec le cours du pétrole qui explose, les tensions géopolitiques, et l’inflation qui menace, ce raisonnement ne se défend-il pas davantage qu’avant ?

Le contexte est complexe, bien sûr. Mais l’histoire des marchés montre que les crises, les récessions et les périodes d’incertitude sont normales. L’éclatement de la bulle des dot com, la grande crise financière ou encore la crise du Covid ont tous donné lieu à de fortes baisses de marché … qui ont été effacées par les rebonds qui ont suivi. Autrement dit, il faut distinguer le bruit de court terme de la tendance de fond.

Cela veut dire qu’il ne faut jamais vendre ?

Non, bien sûr que non. Il faut vendre quand sa stratégie l’exige, quand son horizon change ou quand son allocation devient incohérente. Ce qu’on critique, ce n’est pas la gestion du risque, c’est l’illusion qu’on peut systématiquement deviner les creux et les sommets. Même les professionnels se trompent. La bonne discipline, c’est plutôt d’investir progressivement, de diversifier, et de s’en tenir à un plan.

L’investissement progressif, c’est ce qu’on appelle le versement programmé ?

Oui, exactement. Par exemple, investir 500 euros par mois tous les mois permet d’entrer sur le marché à des niveaux différents. Vous n’achetez pas tout au sommet, mais vous ne restez pas non plus complètement à l’écart en attendant un point d’entrée parfait, qui n’arrive souvent jamais. C’est une manière simple de neutraliser l’émotion et de lisser le risque.

Au fond, la vraie qualité d’un investisseur, c’est la discipline ?

C’est une très bonne façon de le résumer. La performance vient souvent moins d’un coup de génie que d’une série de bonnes habitudes : rester investi, diversifier, réinvestir, et accepter la volatilité comme le prix normal à payer pour espérer mieux sur le long terme.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.