Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
Avec la guerre en Iran, beaucoup de Français épargnants sont très inquiets. Première question, très directe : est-ce que un épargnant anxieux qui nous écoute doit vendre tous ses placements risqués – actions, obligations – et tout mettre en sécurité ?
La question est légitime car depuis le début du conflit, les marchés ont été fortement chahutés. La réponse courte, c’est non : vendre tout dans la panique est presque toujours une mauvaise idée. L’émotion, surtout la peur, est un très mauvais conseiller financier. On a tendance à réagir trop tard, c'est à dire quand les marchés ont déjà beaucoup baissé… et on transforme alors une perte temporaire sur le papier en perte définitive.
Donc on ne touche à rien, quoi qu’il arrive ?
Non plus. Ne rien faire “par principe” n’est pas mieux que tout vendre par peur. La bonne réaction, c’est de reprendre la main sur sa stratégie, calmement, en se posant trois questions simples :
- Quel est mon horizon de placement ?
- De combien de baisse je peux réellement supporter sans perdre le sommeil ?
- Est‑ce que j’ai un vrai besoin de cash dans les 12 à 24 prochains mois ?
Si vous avez un horizon long – 8, 10 ans ou plus – les crises géopolitiques, aussi graves soient-elles humainement, sont souvent des épisodes boursiers temporaires. Historiquement, les marchés ont traversé des guerres, des crises pétrolières, des attentats… et, sur le long terme, ils ont fini par remonter.
Mais pour quelqu’un qui est déjà anxieux, ce n’est pas évident de “penser long terme” quand il voit son portefeuille baisser…
Absolument, et c’est pour ça que la première étape n’est pas financière, elle est psychologique. Si vous savez que vous paniquez à chaque gros titre de journal, il faut adapter votre portefeuille à votre tempérament. Concrètement, cela veut dire vérifier que vous avez une épargne de sécurité suffisante, bien à l’abri sur des supports sans risque, comme un livret A ou un fonds en euros. Ensuite, vous pouvez réduire éventuellement la part des investissements volatils si elle est trop importante par rapport à votre tolérance au risque.
Mais attention : on parle d’un rééquilibrage réfléchi, pas d’un “tout doit disparaître” décidé en lisant une alerte news. Idéalement, ce rééquilibrage se fait avec sang‑froid, parfois en plusieurs étapes, et pas le jour où les marchés chutent de 3 ou 4%.
Et pour ceux qui se demandent : “Est‑ce que ce conflit va faire s’effondrer durablement l’économie mondiale ?”, que répondez‑vous ?
D’abord, il faut distinguer l’émotion de l’analyse. Oui, la guerre est choquante, inquiétante, et a des conséquences humaines dramatiques, c’est indéniable. Mais du point de vue strictement financier, ce qui compte, c’est l’impact sur la croissance mondiale, l’impact sur les prix de l’énergie et la réaction des banques centrales.
Les marchés, eux, essaient en permanence d’anticiper ces effets. Ils vont exagérer à la hausse comme à la baisse, dans un premier temps. C’est précisément pour cela qu’un investisseur individuel a intérêt à garder une approche disciplinée :
- Rester diversifié, sur différents secteurs, différentes zones géographiques.
- Éviter les paris concentrés sur une seule région ou une seule industrie directement impactée.
Donc, même en période de guerre, le message n’est pas “fuyez les marchés”, mais “retrouvez une stratégie cohérente avec votre horizon et votre tempérament”, c’est bien ça ?
Exactement. La pire combinaison, c’est d’entrer sur les marchés quand tout va bien parce que tout le monde en parle, puis de sortir en catastrophe à la première crise.
Un épargnant, même anxieux, doit bâtir un plan réaliste et s’y tenir, même – et surtout – quand l’actualité fait peur. C’est cette discipline qui, sur la durée, fait plus pour son patrimoine que n’importe quelle prédiction sur le conflit du moment.
Enfin, de façon très pratique, cela veut dire pour ceux qui investissent automatiquement une certaine somme donnée tous les mois, de ne surtout pas interrompre cette habitude. Et pour ceux qui n’auraient pas encore mis en place ce type de mécanisme, c’est peut-être le moment idéal de le faire.
Un entretien réalisé par Laurent Pététin.