L'état de l'État de droit - Elise Bernard

L’Etat de droit comme pilier

mage par Dominic Wunderlich de Pixabay L’Etat de droit comme pilier
mage par Dominic Wunderlich de Pixabay

Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.

L’Etat de droit européen marque de plus en plus clairement le refus de l’Union européenne de s’orienter en faveur d’une puissance dominante dans le monde, mais cela reste encore compliqué de résister.

Oui Laurence, on en a parlé plusieurs fois, les États-Unis, la Chine et la Russie s’accordent sur une conception autoritaire de la souveraineté et dans ce contexte, la place de l’Union sur la scène géopolitique prend tout son sens : elle symbolise un partenaire de choix pour tous ceux qui refusent cette logique de blocs.

Le principal problème qui se pose actuellement, est que plusieurs exécutifs européens promeuvent cette logique de blocs concurrents dans le monde, en se montrant favorables ou conciliants avec chacun, de gré ou “de force”.

C’est vrai que les liens entre les gouvernements slovaque et hongrois avec le Kremlin ne sont plus à prouver. Voyez, en décembre 2025, les 27 s’étaient mis d’accord sur une aide cruciale à Kiev, qui doit continuer de financer son effort de guerre mais le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, en campagne pour sa réélection, conditionne le versement à la reprise des livraisons de pétrole russe par un oléoduc qui traverse l’Ukraine.

Une démonstration indiscutable que ce gouvernement veut favoriser la Russie et décrédibiliser l’Union européenne et l'Ukraine.

La campagne électorale de V. Orban en témoigne, son ennemi est “Bruxelles”, son ami est D. Trump et son fournisseur d’hydrocarbures est Gazprom.

Cependant, de nombreux citoyens européens ne semblent pas alignés avec cette prise de position, alternant rapprochement idéologique avec D. Trump et rester à tout prix client des hydrocarbures en provenance de Russie.

La démonstration dans les rues de Prague, ce 21 mars, dénonçant « les hommes politiques extrémistes qui prennent notre pays en otage », accuse le gouvernement nationaliste du milliardaire Andrej Babis de « minimiser » les menaces représentées par la Russie. Ces derniers jours, le Premier ministre bulgare par intérim, Andrey Gyurov, explique que la participation bulgare au Conseil de la paix créé par D. Trump ne reflète aucun consensus national et ne relève que d’une “action individuelle d’un oligarque (l’ancien Premier ministre) cette décision ne découlait pas de considérations internationales, mais de motivations personnelles.”

En fait, l’opposition de plus en plus marquée des électeurs européens est d’autant plus notable que les cas d’ingérence étrangère se multiplient.

Exactement. A quelques jours des élections législatives, le premier ministre slovène, Robert Golob, déclare avoir été victime d’une « opération d’ingérence étrangère », orchestrée par la société israélienne de renseignement privée Black Cube, dans le but de favoriser son opposant de droite pro-israélien et proche de D. Trump, Janez Jansa.

En Hongrie, un média indépendant dénonce que le Kremlin a mobilisé une équipe d’agents afin d’influencer le scrutin du 12 avril à la faveur de V. Orbán, à la peine dans les sondages.

L’ampleur est telle que Paris annonce avoir demandé à la Commission européenne des lignes directrices pour que les États membres puissent imposer des obligations aux plateformes numériques dans le cadre de la législation de régulation européenne DSA.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.