L'état de l'État de droit - Elise Bernard

Une page se tourne en Hongrie

Image par Jo Stolp de Pixabay Une page se tourne en Hongrie
Image par Jo Stolp de Pixabay

Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.

La vision d’un Etat de droit exigeant semble enfin avoir vaincu en Hongrie et on se réjouit du fait que le système politique construit autour de Viktor Orbán et de son parti, le Fidesz, n'a pas empêché le changement de pouvoir.

Oui Laurence, on peut même parler de défaite cuisante. Aujourd’hui au Parlement hongrois, on dénombre 138 sièges pour Tisza, 55 pour Fidesz et 6 pour Mi Hazank. Pour cette campagne, la méthode Orban reste la même, la nouveauté est notable dans la capacité de son principal adversaire à le contester. Peter Magyar conserve un ton nationaliste, mais il dénonce le haut niveau de corruption. Cette stratégie semble lui avoir permis de toucher des électeurs critiques à l'égard du Fidesz mais qui ne s'identifient pas à l'opposition habituelle hongroise.

Ces dernières semaines dans la presse on pouvait constater une ambiance de fin de règne en Hongrie qui a attiré l’attention de nombreux commentateurs dans le monde.

En effet, et il y a plusieurs raisons à cela. Le cas hongrois doit tous nous alerter car son architecture constitutionnelle et électorale a été progressivement réformée, depuis 2010, dans le but de renforcer les avantages structurels du Fidesz – le parti des jeunes démocrates de Viktor Orban. À cela s'ajoute un découpage électoral favorable au parti au pouvoir, ainsi qu'un paysage médiatique profondément déséquilibré.

C’est aussi parce que le résultat de cette élection peut avoir des conséquences immenses pour l’Union européenne.

C’est vrai que dans l’Express on a pu lire que V. Orban est le “Saboteur en chef de l’Union européenne... et qu’il a dépensé des millions de forints au service de son unique thème de campagne : décrédibiliser le président ukrainien Zelensky. Orban est un opposant acharné au soutien à l’Ukraine, et il est apparu - on en a parlé sur ces ondes - comme le principal cheval de Troie du Kremlin au Conseil européen. Autre point, la Hongrie refuse la compétence du procureur européen, les proches de V. Orban ayant profité de fonds européens ne sont peut-être plus à l’abri pour très longtemps. Enfin, le Premier ministre slovaque, R. Fico, va se retrouver bien seul dans sa croisade anti-Bruxelles et devra donc redoubler d’efforts pour se faire remarquer.

Il semble donc clair maintenant que les démonstrations grandioses de rébellion à Bruxelles assorties de shows affichant la proximité avec le mouvement MAGA ne suffisent plus.

C’est évident! Ces gesticulations ne peuvent pas contrebalancer une inflation qui dépasse les 25 % - le taux le plus élevé de l’Union - et un exode des jeunes qualifiés, supérieur à la moyenne européenne. Ce modèle “orbanien” n’est pas porteur de prospérité.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.