Chaque semaine, Quentin Dickinson revient sur des thèmes de l'actualité européenne sur euradio.
Votre Édito’, cette semaine, tourne autour de la crainte de voir les États-Unis quitter l’OTAN…
Vu par Donald TRUMP, le premier signe – pour lui jusque-là inimaginable – d’une non-soumission des Européens à ses diverses volontés, cela aura été leur raidissement dès l’annonce de son intention d’annexer le Groënland, au besoin par la force.
Plus récemment, le refus des Européens de soutenir sa guerre au Proche-Orient continue de nourrir son courroux : selon ses multiples déclarations et contributions à la cybersphère, les Européens seraient tous des trouillards, et l’OTAN ne serait plus qu’un tigre de papier – « ce que POUTINE sait pertinemment », ajoute-t-il perfidement.
Alors, dans ces circonstances, va-t-il confirmer son intention, souvent annoncée, de retirer les États-Unis de l’Alliance atlantique, ou au contraire, s’agit-il d’une énième menace sans suite ?
C’est vous qui posez cette question, et donc je vous la repose : que va-t-il décider ?...
Seul peut y répondre la personne qui est la dernière à lui avoir parlé – autant dire que notre avis vaut celui des chefs d’État européens, guère plus informés que nos auditeurs ou nous-mêmes.
Mais, depuis quatre mois, de ce côté-ci de l’Atlantique, l’on a appris à ne jamais bâtir une politique fondée exclusivement sur l’hypothèse la plus favorable pour les Européens. Donc, posons d’abord que le retrait de l’OTAN requiert l’approbation du Congrès des États-Unis – c’est dans leur Constitution. Dans l’hypothèse d’une déconvenue des amis et obligés de M. TRUMP aux législatives du 4 novembre, cette approbation paraît malaisée à obtenir ; en revanche, sans qu’il y ait retrait, la Maison-Blanche peut s’opposer à toute initiative, à tout financement de l’OTAN, et rapatrier comme il l’entend les militaires américains installés en Europe (ils sont au nombre de 68.000) ainsi que leur matériel (dont une centaine d’ogives nucléaires en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, et en Turquie).
M. TRUMP a donc plusieurs façons à sa disposition pour démontrer son ire à l’égard des Européens et pour vider l’OTAN d’une partie de sa substance.
Mais comment les Européens peuvent-ils réagir à semblable lâchage américain de l’OTAN ?...
L’année dernière, à l’approche du retour aux affaires de Donald TRUMP, les capitales européennes ont discrètement commencé à définir un cadre de repli, au cas où…
L’idée est de conserver sans changement les très efficaces structures politiques et militaires de l’OTAN (y compris sa dénomination atlantique, puisque le Canada en ferait encore partie. Les fonctions occupées par des officiers et fonctionnaires américains seraient reprises, certainement en nombre réduit, par leurs homologues européens (et canadiens). Comme à la fin des années 1940, ils pourront récupérer matériel et véhicules laissés sur place par les Américains, le coût du rapatriement étant rédhibitoire.
En l’état, l’intention n’est pas de concurrencer l’OTAN, et tant que les États-Unis demeurent dans l’Alliance atlantique, ce projet d’européanisation ne connaîtra aucun début de mise en œuvre. Toutefois, selon le Secrétaire général de l’OTAN, l’ancien Premier ministre néerlandais Mark RUTTE, il faut s’attendre à davantage d’Européens aux manettes des commandements opérationnels ; de même, la proportion de matériel européen dans les stocks de l’OTAN devrait augmenter – avec, en perspective, d’âpres négociations sur la part des armes vendues par des entreprises américaines dans le matériel affecté à l’OTAN par les Européens.
Mais ce ne sera sans doute pas si simple, Quentin Dickinson…
Vous avez raison. La grosse interrogation, c’est la décrédibilisation de la dissuasion nucléaire américaine en Europe, déjà fortement affaiblie au fil des déclarations de M. TRUMP.
Alors, qui pour en prendre la relève ? Réponse : le parapluie nucléaire britannique est un peu troué, étant donné que sa technologie a été achetée sur l’étagère aux Américains. Reste donc la France.
D’autre part, restent à régler une foule de questions de logistique et de renseignement, en particulier satellitaire. D’autres priorités encore se rattachent au ravitaillement en vol et à la mobilité aérienne.
Enfin, on peut constater dans l’opinion en Europe un début de débat autour du retour du service national, aussi bien civil que militaire, destiné à constituer des unités de réservistes spécialisés dans la défense opérationnelle de leur rue, de leur quartier, de leur région.
Comme pour bien d’autres sujets, on n’attend plus que (l’éventuelle) décision de Donald TRUMP. Mais le message ici, c’est qu’il veuille bien prendre le plus longtemps possible le temps de la réflexion.
Pas son fort. On verra bien.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.